La présentation s'est tenue à Bercy en présence de Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, et Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées. Aladom était présent à la conférence de presse.

Un budget préparé dans un climat d'incertitude

Conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, canicules et sécheresse, loi spéciale en début d'année : les chocs de 2026 ont freiné l'activité et fait remonter l'inflation et les taux d'intérêt. La croissance a été révisée à 0,5 % pour 2026 et le déficit public devrait atteindre 5,4 % du PIB cette année. L'inflation s'établirait à 2,1 % en 2026, puis 1,8 % en 2027.

Le gouvernement insiste pourtant sur la résilience de l'économie française. Il présente un « budget d'action », avec un mot d'ordre : on ne peut pas attendre. Deux comités d'alerte réunis en cours d'année ont déjà permis de prendre des mesures correctrices.

Répartition des dépenses publiques actuelles : 

Objectif : 5 % de déficit en 2027, 3 % en 2029

Le gouvernement vise un déficit de 5 % du PIB en 2027, décomposé en 2,1 % de déficit primaire et 2,9 % de charge de la dette. L'objectif de 3 % en 2029, jugé « ambitieux mais à portée de main », suppose une baisse d'un point par an.

Cette trajectoire repose sur trois hypothèses :

  1. une amélioration de la situation internationale, notamment une baisse du prix du pétrole ;
  2. la poursuite du redressement des comptes publics, avec un pacte de stabilité pour les entreprises ;
  3. l'adoption du budget avant la fin de l'année. À défaut, une loi spéciale empêcherait notamment de modifier le barème de l'impôt sur le revenu.

La trajectoire repose sur une prévision de croissance de 1,0 % en 2027. La dette publique, à 119,3 % du PIB en 2026, atteindrait 121,7 % l'an prochain. Avec la hausse des taux, les intérêts de la dette passeraient de 79,2 milliards d'euros en 2026 à 91,2 milliards en 2027. Les dépenses publiques reculeraient de 57,1 % à 56,9 % du PIB.

43 milliards d'économies nouvelles, sans hausse d'impôts

Le budget prévoit 43 milliards d'euros d'économies nouvelles, pour un effort total de 54 milliards d'euros. Le gouvernement exclut toute hausse d'impôts. « Il ne faut pas mettre la poussière sous le tapis », a résumé David Amiel, tout en affirmant la volonté de préserver le modèle social.

  • Dépenses de l'État : les crédits des ministères sont gelés en euros courants, hors Défense (+6,4 Md€). Les hausses accordées à la Justice, l'Intérieur, la Recherche et l'Éducation sont compensées par des baisses ailleurs. 1 300 AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap) seront recrutés.
  • Fonction publique : le point d'indice est gelé et les mesures catégorielles très limitées. Les suppressions de postes portent sur les opérateurs de l'État (−1 209 ETP), l'administration centrale (−800 ETP) et les caisses de Sécurité sociale (−1 000 postes).
  • Prestations : les aides au logement et la prime d'activité sont gelées, comme les prestations familiales.
  • Fiscalité : pas de hausse générale d'impôts. Le barème de l'impôt sur le revenu est indexé sur l'inflation et la surtaxe d'impôt sur les sociétés des grandes entreprises baisse de 30 %. Les « niches » jugées peu efficaces sont réduites, sans rabot uniforme.
  • Entreprises et transition énergétique : le crédit d'impôt recherche, le pacte Dutreil et le soutien à l'apprentissage sont préservés. Le crédit d'impôt industries vertes est étendu. L'électrification est présentée comme la meilleure réponse à la crise énergétique : les véhicules électriques représentent 40 % des ventes et sont essentiellement fabriqués en France.

Le PLF pour 2027 prévoit de geler le budget des aides personnelles au logement (APL) et d'amorcer des réformes structurelles avec en particulier l’instauration d’un droit d’option, pour les foyers les plus aisés, entre le bénéfice des APL versées aux étudiants et les avantages fiscaux bénéficiant aux parents, associés au rattachement de l’étudiant au foyer fiscal ou au versement d’une pension alimentaire.

Minima sociaux préservés, retraites revalorisées selon le montant

L'AAH, le RSA, le minimum vieillesse et les petites retraites seront revalorisés à 100 % de l'inflation. Ce « bouclier » concerne 5,5 millions de personnes.

Pour les retraites, la revalorisation sera modulée selon le niveau de pension :

Pension totale (base + complémentaire)

Revalorisation 2027

Jusqu'à 1 260 € par mois

 Au niveau de l'inflation

Au-delà de 1 260 €

 Fixée par décret, inférieure ou égale à l'inflation, avec un second seuil possible à 2 000 €

Aucune pension ne baissera. La mesure doit ralentir la dépense d'environ 4 milliards d'euros en 2027.

Le gouvernement parle d'un budget « réversible » : après les élections de 2027, un simple décret suffira pour revenir sur les taux retenus au-dessus de 1 260 €. Il défend « l'absence d'acharnement » sur les retraités, qui représentent un quart de la population mais 10 % de l'effort total. L'abattement de 10 % pour frais professionnels appliqué aux pensions sera plafonné à 3 000 €, contre 4 400 € aujourd'hui. Seul un tiers des foyers comptant un retraité sera concerné.

Emploi, formation et lutte contre la fraude

Le soutien à l'apprentissage est maintenu, tout comme le contrat d'engagement jeune. Le compte personnel de formation (CPF) sera réorienté vers les formations menant aux métiers et secteurs jugés prioritaires. Un titulaire pourra toujours financer un autre projet, mais avec une participation plus importante.

Les indemnités journalières d'arrêt de travail atteindraient 20 milliards d'euros en 2027 pour le seul secteur privé. Le gouvernement prévoit 700 000 actions de contrôle et ouvre une négociation avec les partenaires sociaux pour réduire cette dépense d'1 milliard d'euros.

La lutte contre la fraude doit rapporter 1 milliard d'euros de recettes supplémentaires. Elle s'appuie sur un mécanisme exceptionnel de mise en conformité fiscale, la facturation électronique et une nouvelle procédure de « flagrance sociale » contre le travail dissimulé. La fraude à la formation, notamment au CPF, est également visée.

PLFSS : santé, familles et autonomie

Le déficit de la Sécurité sociale, estimé à 22,6 milliards d'euros sans mesure nouvelle, doit être ramené à 12,7 milliards. L'ONDAM progressera de 2 %, dont 3 % pour les établissements de santé. Une « règle d'or » du médicament permettra à la Haute Autorité de santé de réviser chaque année les médicaments remboursés. Stéphanie Rist a détaillé cinq priorités :

  • Accès aux soins : 3 milliards d'euros supplémentaires pour l'hôpital et 5 000 maisons France Santé d'ici fin 2027, contre 3 000 aujourd'hui.
  • Santé mentale : secourisme en santé mentale et 300 postes supplémentaires en santé scolaire.
  • Prévention : accès renforcé au dépistage et à la vaccination, extension de la taxe sur les boissons sucrées à d'autres produits sucrés.
  • Familles : 90 millions d'euros pour préserver l'offre de crèches et soutenir les assistantes maternelles, un prêt à taux zéro pour les parents de jeunes enfants. Le congé supplémentaire de naissance est en place depuis juillet 2026.
  • Personnes âgées et handicapées : des moyens en hausse de 2,6 %, 3 700 recrutements en EHPAD et la poursuite du plan « 50 000 solutions » (27 000 déjà installées).

Ce qu'il faut retenir pour les services à la personne

Comme ce qui était annoncé, aucun changement n'a été annoncé sur les avantages fiscaux pour les services à la personne. 

Plusieurs annonces concernent directement le secteur :

  • Aide à domicile : le PLFSS poursuit le rapprochement entre services autonomie à domicile et services de soins infirmiers à domicile. Il crée un intéressement financier pour les EHPAD et les services à domicile qui obtiennent des résultats en prévention (chutes, hospitalisations évitables, retours d'hôpital).
  • Financement des départements : une fraction de CSG de 300 millions d'euros leur sera directement attribuée dès 2027 pour la prise en charge de la perte d'autonomie.
  • Garde d'enfants à domicile : le dossier de presse met en avant la réforme du complément de mode de garde (CMG) entrée en vigueur en septembre 2025. Pour les familles qui emploient une garde à domicile, le CMG moyen a augmenté de 35,4 % et leur reste à charge a baissé de 6,8 %.
  • Travail dissimulé : la nouvelle procédure de flagrance sociale renforce les moyens de contrôle.
  • Avantages fiscaux : le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile n'est pas mentionné dans le dossier de presse. Les débats parlementaires sur les « niches » seront à suivre de près.

Les débats parlementaires s'ouvrent dans un calendrier serré, le gouvernement faisant de l'adoption du budget avant la fin de l'année l'une des conditions de sa trajectoire. Aladom suivra leur évolution.