L'ASS, c'est quoi exactement ?

L'allocation de solidarité spécifique concerne les demandeurs d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'assurance chômage. Pour la toucher, il faut avoir travaillé au moins cinq ans au cours des dix dernières années, chercher activement un emploi et rester sous un plafond de ressources (1 353,10 € par mois pour une personne seule). Le montant maximal est de 587,95 € par mois.

Fin 2024, 265 000 personnes la percevaient.

Un profil qu'on n'attendait pas

On pourrait penser que les allocataires de l'ASS sont les plus éloignés du monde du travail. Sur le papier, c'est l'inverse :

  • Ils sont plus diplômés que les bénéficiaires du RSA inscrits à France Travail (25 % ont un diplôme du supérieur, contre 21 %).
  • Ils visent plus souvent des postes de cadre (7 % contre 5 %).
  • Beaucoup n'ont pas quitté leur dernier emploi par choix : 34 % ont été licenciés, contre 12 % pour les bénéficiaires du RSA. Parmi eux, 9 % l'ont été pour inaptitude.

Mais deux caractéristiques changent tout : l'âge et la santé. 54 % ont 50 ans ou plus (contre 26 % de l'ensemble des inscrits à France Travail), et 22 % ont une reconnaissance administrative de handicap, soit presque trois fois plus que la moyenne des inscrits.

Le chiffre qui fait mal

Parmi les allocataires de l'ASS sans emploi en janvier 2024 :

  • 2 % travaillent un mois plus tard,
  • 10 % au bout de six mois,
  • 11 % au bout d'un an.

À titre de comparaison, le taux atteint 16 % pour les bénéficiaires du RSA inscrits à France Travail et 26 % pour l'ensemble des inscrits. Autrement dit, près de 9 allocataires de l'ASS sur 10 sont toujours sans emploi salarié un an plus tard.

Autre indicateur frappant : 85 % des allocataires n'ont pas travaillé un seul jour entre décembre 2023 et novembre 2024. Et ceux qui ont travaillé ne l'ont fait que 72 jours en moyenne sur l'année, contre 188 jours pour l'ensemble des inscrits.

Coincés en catégorie A

Fin 2024, 87 % des allocataires de l'ASS étaient inscrits en catégorie A, c'est-à-dire sans aucune activité dans le mois, contre 50 % de l'ensemble des inscrits. Et 80 % n'avaient pas changé de catégorie en un an.

L'étude avance une explication liée aux règles elles-mêmes : l'ASS ne peut être cumulée avec un emploi que pendant trois mois. Au-delà, le versement s'arrête. Le cumul avec des petites missions ou une activité réduite est donc peu intéressant, et beaucoup restent en dehors de toute activité.

Les seniors, grands perdants

Tous les allocataires ne sont pas logés à la même enseigne. Le retour à l'emploi est nettement plus faible pour :

  • les 50 ans et plus : leur part parmi ceux qui retrouvent un emploi est inférieure de 24 points à leur part parmi l'ensemble des allocataires sans emploi. Chez les bénéficiaires du RSA inscrits à France Travail, l'écart n'est que de 10 points ;
  • les peu diplômés ;
  • les allocataires de longue durée : ceux qui touchent l'ASS depuis plus de cinq ans sont très sous-représentés parmi les personnes qui retrouvent un emploi.

L'enquête Emploi de l'Insee confirme ce tableau : parmi les allocataires inactifs, 45 % citent la santé ou le handicap comme principale raison de ne pas chercher d'emploi.

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Un angle mort : l'emploi chez les particuliers

C'est un détail de méthode, mais il compte. Les données administratives utilisées par la Dares (base Midas) ne comptent pas les salariés des particuliers employeurs ni les indépendants. D'après l'enquête Emploi, ces deux formes d'emploi représentent pourtant 44 % des emplois occupés par les allocataires de l'ASS, contre 19 % pour l'ensemble des inscrits à France Travail.

Selon cette enquête, le taux d'emploi des allocataires de l'ASS atteint ainsi 13 %, contre 5 % dans les données administratives. En clair, une partie non négligeable de ceux qui reprennent une activité le font via les services à la personne ou à leur compte, deux formes d'emploi souples qui peuvent convenir à un public senior qui connaît le monde du travail.

Ce qu'il faut retenir

Les allocataires de l'ASS ne manquent ni d'expérience ni de qualifications. Leur difficulté à rebondir tient surtout à l'âge, à la santé et à la durée passée hors de l'emploi. Plus la période sans emploi dure, plus il devient difficile d'en sortir.

Source : Dares Analyses n° 41, « Quelles sont les trajectoires de retour à l'emploi des bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) ? », Vivien Guérin et Guillaume Roulleau, septembre 2026.