Qui est l'U2P et pourquoi elle interpelle les candidats

L'U2P représente plus de 3,5 millions d'entreprises et près de 6 millions d'actifs. Elle réunit la CAPEB (bâtiment), la CGAD (alimentation, hôtellerie-restauration), la CNAMS (fabrication et services), l'UNAPL (professions libérales) et, comme membre associé, la CNATP (travaux publics et paysage). Au total, 120 organisations professionnelles et plus de 400 métiers.

Son diagnostic tient en quelques paradoxes. La France taxe le plus le travail et la production, mais le travail « ne paie plus assez ». Elle produit beaucoup de diplômés, mais 87 000 jeunes quittent chaque année l'école sans diplôme ou avec le seul brevet. Et elle consacre 56 % de sa dépense publique à la protection sociale, soit 932 milliards d'euros sur 1 670.

En préambule, l'organisation réclame aussi une réforme de la représentativité patronale. Elle veut que l'adhésion des entreprises compte avant le nombre de salariés, et un droit d'opposition pour les organisations représentant plus de 50 % des entreprises adhérentes. Selon elle, la voix des plus petites entreprises est aujourd'hui « confisquée par les plus grandes ».

Six priorités, 27 propositions

1. Orientation, éducation et formation

L'U2P veut « connecter l'orientation au monde professionnel ». Elle propose de réserver la majorité des heures d'orientation à des présentations de métiers par ceux qui les exercent, avec un pool de chefs d'entreprise par département dès la 4e. Les familles devraient obligatoirement consulter les taux d'emploi à six mois et les salaires d'embauche de chaque formation avant de choisir.

Les lycées professionnels et CFA dont le taux d'emploi à six mois est inférieur à 50 % seraient reconvertis. La période de reconversion recevrait un budget annuel de 2 milliards d'euros. Enfin, un crédit d'impôt IA de 50 % (dépenses plafonnées à 5 000 euros) aiderait les entreprises de moins de 50 salariés, à condition d'utiliser des solutions européennes.

2. Fiscalité et modalités d'exercice

La France est le pays européen qui taxe le plus la production : 2,9 % du PIB en impôts de production, contre 1,4 % en zone euro. L'Insee documente aussi un taux effectif d'imposition plus élevé pour les petites entreprises que pour les grandes.

  • Impôt sur les sociétés : relever le seuil du taux réduit de 15 % jusqu'à 100 000 euros de bénéfices.
  • Cotisations : étendre à toutes les formes d'entreprise (EI, SARL, SAS, SEL) la simplicité de paiement propre à la micro-entreprise.
  • Micro-entreprise : limiter à deux ans son exercice à titre principal dans le bâtiment, la fabrication, les services artisanaux et l'alimentation de proximité. Le nombre de micro-entrepreneurs a bondi de 838 % depuis la création du régime.

3. Reprise et transmission d'entreprise

Environ 500 000 entreprises changeront de mains dans les dix ans, avec près de 3 millions de salariés concernés. En 2024, seules 26 000 entreprises employeuses ont été transmises, pour un potentiel de 74 000. L'U2P propose :

  • un fonds d'amorçage avec Bpifrance et la Banque des territoires, garantissant 30 % de l'apport personnel des repreneurs ;
  • un pacte Dutreil renforcé en zone rurale et en quartier prioritaire, avec exonération de CFE et de cotisations patronales les trois premières années ;
  • un module obligatoire sur la reprise dans les formations initiales et un congé « accompagnement à la reprise » pour les salariés ;
  • le retour des stages préalables à l'installation.

4. Rémunération et attractivité du travail

Le pouvoir d'achat ne progresse plus que de 0,8 % par an depuis 2010 : il faudrait 84 ans pour doubler son niveau de vie. La mesure la plus forte est la suppression progressive de la CSG sur les revenus d'activité, compensée par la fiscalité de la consommation et des revenus du capital. S'y ajoutent des chèques garde d'enfant, mobilité et formation exonérés de charges, des foncières locales pour loger les salariés et une lutte renforcée contre la fraude fiscale et sociale.

5. Protection sociale et finances publiques

Pour l'U2P, la France n'a « pas un problème de recettes, mais un problème de dépenses ». Ses propositions sont les plus clivantes du document :

  • report de l'âge légal de départ au-delà de 64 ans, avec départ anticipé en cas d'usure professionnelle ;
  • désindexation partielle des pensions pendant cinq ans, avec un seuil de protection pour les plus modestes ;
  • aucune revalorisation des retraites supérieure à celle des salaires, inscrite dans la loi ;
  • conditions durcies et durée raccourcie pour l'assurance chômage ;
  • prime d'activité recentrée sur les revenus les plus modestes ;
  • prévention de l'usure professionnelle renforcée, notamment dans les métiers physiques.

6. Économie de proximité et croissance durable

Les entreprises du bâtiment de moins de dix salariés réalisent 87,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont près des deux tiers en rénovation. L'U2P demande des taux réduits de TVA stables sur la rénovation énergétique et une visibilité pluriannuelle sur les aides, après une chute de 52 % des volumes MaPrimeRénov' en deux ans. Elle veut aussi une commande publique plus ouverte aux TPE (allotissement, clauses RSE), une fiscalité incitative au réemploi et des obligations comme la REP ou le décret tertiaire proportionnées à la taille des entreprises.

Quels effets pour les services à la personne ?

La contribution ne cite pas explicitement les services à la personne. Plusieurs mesures toucheraient pourtant directement les particuliers employeurs, les entreprises du secteur et leurs intervenants.

  • Pouvoir d'achat des intervenants. Supprimer la CSG sur les revenus d'activité augmenterait le net des aides à domicile, gardes d'enfants ou assistants de vie, sans hausse du coût employeur. Un levier d'attractivité pour des métiers en forte tension.
  • Chèques garde d'enfant. Leur généralisation, exonérée de charges, rejoint la logique du CESU préfinancé et pourrait soutenir la demande de garde à domicile.
  • Micro-entreprise. La limite de deux ans vise les métiers artisanaux. Son périmètre exact reste à préciser pour les activités de jardinage, de bricolage ou de ménage exercées en micro-entreprise.
  • Orientation et reconversion. Des présentations de métiers par des professionnels et un budget de reconversion de 2 milliards d'euros pourraient orienter davantage de candidats vers l'aide à domicile et la petite enfance.
  • Usure professionnelle et retraites. Le report de l'âge légal concerne des métiers physiquement exigeants. Le départ anticipé et la prévention de l'usure promis en contrepartie seront décisifs pour eux.

Le texte reste en revanche silencieux sur le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile, pilier du modèle. Dans un programme centré sur la maîtrise des dépenses, ce dispositif pourrait revenir dans le débat.

Un appel au courage politique

L'U2P présente ses 27 propositions comme « précises, chiffrables et applicables », et non comme un catalogue. Elle demande aux candidats d'inscrire ces réformes structurelles dès les premiers mois du quinquennat.

Certaines mesures devraient faire consensus, comme la simplification pour les indépendants, la transmission ou la stabilité des aides à la rénovation. D'autres, comme le report de l'âge de départ, la désindexation des pensions ou le durcissement de l'assurance chômage, promettent des débats vifs. Reste à voir lesquelles les candidats reprendront dans leurs programmes.

Source : U2P, « Ceux qui font la France – La contribution des entreprises de proximité pour 2027 ».