Santé publique France a publié, le 19 août, un premier bilan de l'impact des canicules sur la mortalité. Ces données, encore provisoires et non consolidées, permettent néanmoins de dresser un constat sans ambiguïté : ce sont, une fois encore, les personnes âgées qui payent le tribut le plus lourd à la chaleur, qu'elles vivent à leur domicile ou en établissement.

Un bilan provisoire : 1 243 décès en excès en vingt jours

Sur la période du 3 au 22 juillet, dans les 78 départements concernés et pour les seuls jours de canicule, 14 713 décès toutes causes ont été observés, contre 13 470 décès attendus en l'absence de canicule. L'écart, soit 1 243 décès en excès, correspond à une hausse de 9,2 % de la mortalité par rapport à une situation normale. Ce chiffre s'ajoute aux 5 764 décès en excès déjà estimés pour la canicule précédente du 17 juin au 2 juillet, portant le bilan cumulé de l'été à plusieurs milliers de décès en surmortalité.

Sur le plan géographique, seule la Corse a échappé à cette surmortalité, sa population ayant été exposée de façon moins intense à la chaleur. À l'inverse, les Pays de la Loire concentrent le nombre de décès en excès le plus élevé (236 décès, soit +21,4 %), tandis que les Hauts-de-France affichent la hausse relative la plus forte (+24,7 %), la Bretagne (+17,6 %) et le Centre-Val de Loire (+16 %) figurant également parmi les régions les plus touchées.

Les personnes âgées, très largement les plus touchées

L'excès de mortalité est observé dans toutes les classes d'âge à partir de 45 ans, mais son ampleur croît nettement avec l'âge. Les personnes de 75 ans et plus concentrent à elles seules les trois quarts des décès en excès de ce bilan, avec au moins 917 décès supplémentaires, soit une hausse de 9,7 % par rapport à la mortalité attendue pour cette classe d'âge.

Classe d'âge

Décès observés

Décès attendus

Excès (%)

45-64 ans

1 651

1 487

+164 (+11 %)

65-74 ans

2 235

2 072

+163 (+7,9 %)

75 ans et plus

10 418

9 501

+917 (+9,7 %)

Tous âges

14 713

13 470

+1 243 (+9,2 %)

Source : Insee, Santé publique France - estimation non consolidée, données de mortalité arrêtées le 18 août 2026.

Focus seniors : domicile et EHPAD, deux lieux de vie particulièrement exposés

Santé publique France a également détaillé, pour la première fois dans ce point, la répartition des décès selon le lieu où ils sont survenus. Sur les 14 713 décès toutes causes enregistrés pendant l'épisode, 51,1 % sont survenus en établissement hospitalier, 25,9 % au domicile et 18,5 % en EHPAD ou maison de retraite. Autrement dit, plus de 4 décès sur 10 durant cette canicule sont survenus hors de l'hôpital, à domicile ou en établissement pour personnes âgées, deux lieux de vie qui concentrent une large part des seniors les plus fragiles ou les plus isolés.

Lieu de décès

Part des décès observés

Repère

Établissement hospitalier

51,1 %

plus d'un décès sur deux

Domicile

25,9 %

environ 1 décès sur 4

EHPAD / maison de retraite

18,5 %

près de 1 décès sur 5

Source : Insee, traitement Santé publique France. Ces données ne sont pas ajustées par âge et doivent être interprétées avec prudence : la distinction entre domicile et EHPAD peut prêter à confusion selon la manière dont le lieu de décès est renseigné par l'officier d'état civil, et certains décès survenus à l'hôpital font suite à une exposition à la chaleur initialement subie au domicile ou en EHPAD.

À domicile : le risque de l'isolement

Le domicile reste, avec plus d'un quart des décès observés durant l'épisode, le lieu où la vigilance doit être la plus forte. Les personnes âgées vivant seules, sans climatisation, ou dont l'entourage ne perçoit pas toujours les signes d'alerte, sont particulièrement exposées. Le bulletin souligne que la mortalité à domicile s'est maintenue à un niveau élevé sur l'ensemble de la période de canicule, et non lors d'un seul pic ponctuel, ce qui illustre l'effet cumulatif de plusieurs jours consécutifs de chaleur sur un organisme déjà fragile.

Pour les proches, les aidants et les professionnels intervenant au domicile des personnes âgées, cet épisode rappelle l'importance de maintenir une présence ou des points de contact réguliers pendant les périodes de chaleur : appels ou visites quotidiennes aux personnes isolées, vérification de l'accès à une pièce fraîche et à de l'eau, surveillance des signes de déshydratation ou de coup de chaleur, et recours sans délai aux services d'urgence en cas de doute.

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En EHPAD : une vigilance collective indispensable

En établissement pour personnes âgées dépendantes, la proportion de décès reste également significative (18,5 % des décès observés), alors même que ces structures disposent en principe de plans de gestion de la chaleur, de pièces climatisées et d'un encadrement médical. Ce constat rappelle que la vigilance des équipes - rafraîchissement des résidents, hydratation renforcée, adaptation des traitements en lien avec les médecins, surveillance accrue des personnes les plus dépendantes - doit rester constante tout au long d'un épisode de canicule, y compris lorsque celui-ci se prolonge sur plusieurs semaines comme cela a été le cas cet été.

Santé publique France insiste d'ailleurs sur un point méthodologique important pour l'interprétation de ces chiffres : la frontière entre "domicile" et "EHPAD/maison de retraite" peut être floue selon la façon dont le lieu de décès est déclaré, certains établissements étant parfois considérés comme le domicile du résident. Les deux catégories doivent donc être lues ensemble plutôt qu'isolément pour mesurer le poids réel de la chaleur sur les personnes âgées vivant hors de l'hôpital.

Des gestes de prévention à ne pas relâcher

Au-delà des chiffres, ce bulletin rappelle que l'essentiel des décès en excès concerne des populations pour lesquelles des mesures de prévention simples peuvent faire une différence. Santé publique France appelle ainsi à ne pas attendre l'apparition d'impacts sanitaires pour agir. Pour les personnes âgées à domicile comme en établissement, quelques réflexes restent particulièrement utiles pendant un épisode de chaleur prolongé :

  • s'assurer que la personne âgée boit régulièrement, même sans sensation de soif, et limite les efforts physiques aux heures les plus chaudes ;
  • maintenir un accès à une pièce fraîche dans la journée, en fermant volets et rideaux côté soleil et en aérant tôt le matin ou tard le soir ;
  • prendre régulièrement des nouvelles des personnes âgées isolées, en particulier celles vivant seules à domicile, et solliciter le dispositif local de repérage (registre canicule des mairies, réseaux de voisinage, services d'aide à domicile) ;
  • surveiller l'apparition de signes d'alerte - fatigue inhabituelle, confusion, crampes, maux de tête, fièvre - et consulter sans attendre en cas de doute ;
  • en EHPAD, veiller à l'application continue du plan de gestion de la chaleur et à l'adaptation, en lien avec le médecin, des traitements pouvant aggraver les effets de la déshydratation.
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Un bilan encore provisoire

Santé publique France rappelle que ces résultats, publiés trois semaines après la fin de l'épisode de canicule, reposent sur des données de mortalité non consolidées, issues d'un échantillon d'environ 5 000 communes couvrant 84 % de la mortalité nationale, puis extrapolées à l'ensemble de la population. Le nombre définitif de décès en excès pourra donc encore évoluer. Un bilan estival complet, consolidé et détaillé par vague de chaleur, sera publié par l'agence à l'issue de la période de surveillance et du délai de consolidation des données de mortalité.

En attendant ce bilan définitif, les chiffres déjà connus confirment une tendance de fond : à mesure que les épisodes de canicule se multiplient et s'allongent sous l'effet du changement climatique, la protection des personnes âgées - qu'elles vivent à domicile ou en établissement - devient un enjeu de santé publique majeur, qui appelle une mobilisation continue des familles, des aidants professionnels et des équipes soignantes.

Source : Santé publique France, Bulletin "Canicule et santé"- Synthèse nationale relative à l'excès de mortalité toutes causes observé durant l'épisode de canicule du 3 au 22 juillet 2026, publié le 19 août 2026.