Le premier tour de l'élection présidentielle aura lieu le 18 avril 2027, suivi d'un second tour le 2 mai. Mais la campagne est déjà bien engagée. Plusieurs candidats ont présenté leurs premières propositions et les retraites apparaissent, sans surprise, comme l'un des principaux sujets de confrontation.
Santé, vieillissement, école ou accompagnement à domicile restent en revanche beaucoup moins documentés chez certains candidats. Le comparateur Poligraph recensait mi-septembre plus de 4 000 mesures, mais précise lui-même que son corpus ne représente pas la totalité de la campagne.
Retraites : de 60 à 65 ans selon les candidats
C'est actuellement le dossier où les différences sont les plus nettes :
Jean-Luc Mélenchon défend l'abrogation de la réforme portant l'âge légal à 64 ans et un retour à 60 ans avec 40 annuités.
Olivier Faure veut également abroger la réforme de 2023 et introduire davantage de modulation selon la pénibilité. Raphaël Glucksmann souhaite lui aussi revenir sur cette réforme, mais privilégie une approche fondée sur la durée de cotisation, la pénibilité et les carrières.
À l'autre extrémité, Édouard Philippe propose de porter progressivement l'âge légal à 65 ans et la durée de cotisation à 45 ans, tout en conservant des départs anticipés dans certaines situations. Bruno Retailleau envisage un âge minimal de 63 ans et un taux plein à 65 ans. Tous deux souhaitent développer une part de retraite par capitalisation.
Gabriel Attal propose une rupture différente : supprimer l'âge légal et faire de la durée de cotisation le critère central, avec décote en cas de départ précoce et surcote pour ceux qui travaillent plus longtemps. Il défend lui aussi l'introduction d'une part de capitalisation.
Marine Le Pen propose pour sa part un âge minimal général de 62 ans et un départ à 60 ans pour certaines carrières longues. Au-delà de l'âge de départ, l'emploi des seniors et la pénibilité devraient donc occuper une place centrale dans la campagne.
Santé : accès aux soins et financement au centre des propositions
Sur la santé, les programmes sont plus inégalement avancés. Jean-Luc Mélenchon défend notamment un « 100 % Sécu », avec remboursement intégral des soins prescrits et intégration des complémentaires au système de Sécurité sociale.
Raphaël Glucksmann propose de renforcer la rémunération des soignants, les structures de soins regroupées et la prévention territoriale. Jérôme Guedj place lui aussi parmi ses engagements la prévention, l'accès aux soins de proximité et l'accompagnement des personnes âgées.
À droite, David Lisnard propose notamment le conventionnement différencié des médecins selon les besoins des territoires, la généralisation des maisons de santé et un accès plus direct aux infirmiers, kinésithérapeutes et pharmaciens. Marine Le Pen propose notamment de supprimer les ARS et d'augmenter les capacités de formation des infirmiers et aides-soignants.
Ces débats rejoignent directement les préoccupations des professionnels : MG France a déjà adressé40 propositions aux candidats, avec trois priorités pour les cent premiers jours du quinquennat, autour du rôle du médecin traitant, de la préservation des soins primaires et d'une offre publique facultative d'assurance complémentaire santé.
Grand âge, EHPAD et aide à domicile : encore peu de propositions précises
Sur l'autonomie, le constat est pour l'instant plus frustrant : les programmes détaillés consacrés aux EHPAD, aux services d'aide à domicile et au financement de la perte d'autonomie restent encore rares.
La question sera d'autant plus importante que les politiques du grand âge ne concernent pas uniquement les établissements. Elles englobent les métiers du soin, les aidants, l'adaptation des logements et les professionnels des services à la personne qui permettent quotidiennement de rester chez soi.
Handicap et aidants : quelques propositions commencent à émerger
Le handicap demeure lui aussi encore relativement peu détaillé dans plusieurs programmes.
Raphaël Glucksmann propose notamment de transférer les missions des MDPH à la Sécurité sociale et de créer une indemnité pour les aidants familiaux réduisant ou interrompant leur activité professionnelle pour accompagner un proche.
Mais les associations attendent surtout que la campagne permette d'aborder des sujets très concrets : compensation du handicap, accessibilité, logement, emploi, accompagnement médico-social ou simplification de l'accès aux droits. Le Collectif Handicaps a d'ailleurs appelé à éviter qu'une année électorale ne conduise à une « année blanche » sur les réformes attendues.
Petite enfance : la crèche reste encore dans l'angle mort
Même constat pour la petite enfance : à ce stade de la campagne, les propositions structurées restent beaucoup moins nombreuses que sur les retraites.
Parmi les mesures déjà documentées, Raphaël Glucksmann propose notamment la création d'un statut de « crèche sous contrat », destiné à renforcer le contrôle de ces établissements.
Gabriel Attal souhaite de son côté instaurer une couverture santé obligatoire pour les salariés de particuliers employeurs, une mesure qui concernerait notamment les assistantes maternelles, mais aussi les aides à domicile et employés de maison.
La place donnée à la petite enfance dans les futurs programmes sera donc à surveiller, notamment sur le nombre de places en crèche, l'attractivité des métiers, le coût pour les familles et les différents modes de garde.
Éducation : rémunération, organisation et rôle de l'école
L'école est davantage présente dans les premières propositions. Édouard Philippe veut notamment revaloriser le métier d'enseignant, revoir recrutement et formation et modifier les rythmes scolaires avec des journées plus courtes, davantage de sport et de culture et des vacances estivales raccourcies.
Gabriel Attal met notamment en avant l'apprentissage de l'intelligence artificielle à l'école, une meilleure articulation des formations avec les besoins économiques et plusieurs mesures relatives à l'autorité scolaire.
Des programmes encore en construction à six mois du scrutin
Impossible, début octobre 2026, de parler de programmes définitivement arrêtés. Certaines candidatures restent conditionnées à des primaires ou aux 500 parrainages, tandis que plusieurs candidats n'ont encore publié que des orientations partielles.
Et les candidats ne sont pas les seuls à vouloir peser sur la campagne. Associations, syndicats et organisations professionnelles multiplient leurs propositions. L'U2P a ainsi présenté ses priorités pour l'économie de proximité, tandis que les acteurs du social et du médico-social demandent aux candidats des engagements sur le financement, les métiers et l'accès aux droits.
Retraites et santé permettent déjà d'identifier de véritables lignes de fracture. Pour le grand âge, le handicap, la petite enfance et l'aide à domicile, la campagne présidentielle 2027 doit encore entrer dans le concret. Ces sujets pourraient pourtant devenir déterminants à mesure que les candidats détailleront leurs programmes et leur financement.