Alors que le vieillissement de la population place la prévention du déclin cognitif au cœur des enjeux de santé, les chercheurs s'intéressent de plus en plus aux habitudes susceptibles de favoriser un vieillissement en bonne santé. Activité physique, relations sociales, alimentation ou exercices cognitifs sont régulièrement étudiés. La lecture trouve elle aussi sa place parmi ces activités.
Pourquoi la lecture stimule-t-elle autant le cerveau ?
Lire paraît naturel une fois l'apprentissage acquis. Pourtant, cette activité mobilise simultanément de nombreuses fonctions cognitives.
Il faut reconnaître les mots, comprendre leur sens, maintenir son attention, mémoriser des informations et établir des liens avec ce qui a été lu quelques pages auparavant. Un roman sollicite également l'imagination et la compréhension des émotions ou des intentions des personnages.
Cette stimulation répétée pourrait participer à la constitution et à l'entretien de ce que les chercheurs appellent la réserve cognitive, c'est-à-dire la capacité du cerveau à mieux faire face aux effets du vieillissement ou de certaines atteintes neurologiques.
Comme l'explique Cerveau & Psycho, plusieurs travaux se sont ainsi intéressés au lien entre habitudes de lecture, maintien des capacités cognitives et vieillissement.
Lire pour le plaisir pourrait avoir des bénéfices durables
L'intérêt de la lecture ne commencerait pas nécessairement à 60 ou 70 ans. Une étude relayée par Courrier international s'est intéressée à plus de 10 000 adolescents américains. Les chercheurs ont observé que ceux ayant commencé à lire pour le plaisir relativement jeunes présentaient ensuite de meilleures performances à certains tests cognitifs ainsi que des différences dans certaines structures cérébrales.
Il s'agit toutefois d'une association statistique, et non de la preuve que lire suffirait à provoquer à lui seul ces différences.
Peut-on entraîner son cerveau en vieillissant ?
Le cerveau conserve une certaine capacité d'adaptation avec l'âge. C'est le principe de la neuroplasticité.
Des travaux récents sur l'entraînement cognitif continuent d'explorer cette capacité. Une étude relayée par Le Devoir suggère ainsi que certains exercices cognitifs intensifs peuvent entraîner des modifications mesurables du fonctionnement cérébral chez des adultes plus âgés.
La technologie tente également de transformer ces connaissances en outils de prévention. Aladom avait présenté Samsung Health Brain Health, une initiative visant à utiliser les données issues d'appareils connectés pour mieux repérer certains changements susceptibles d'être associés au déclin cognitif.
Mais entretenir son cerveau ne signifie pas nécessairement résoudre chaque jour des exercices complexes. Lire, apprendre une langue, jouer, écrire, pratiquer une activité artistique ou découvrir régulièrement de nouvelles choses constituent autant de manières de solliciter différentes capacités.
Lecture, activité physique, lien social : il n'existe pas d'habitude miracle
La santé cognitive ne dépend évidemment pas du nombre de livres lus dans l'année. Les recherches actuelles invitent plutôt à considérer plusieurs habitudes complémentaires. Cap Retraite revient notamment sur une étude consacrée à quatre comportements associés à une meilleure préservation de la mémoire après 60 ans : activité cognitive, activité physique, alimentation et vie sociale.
Autrement dit, protéger son cerveau en vieillissant ne repose probablement pas sur un « exercice magique », mais sur un mode de vie combinant mouvement, stimulation intellectuelle et interactions sociales.
Comment maintenir une stimulation cognitive chez une personne âgée ?
Avec l'avancée en âge, la baisse de mobilité, l'isolement ou certaines difficultés visuelles peuvent progressivement éloigner une personne de ses anciennes habitudes.
L'objectif n'est pas de transformer chaque moment de loisir en exercice cérébral. Il s'agit plutôt de conserver des activités qui procurent du plaisir et donnent envie de rester actif.
Lecture du journal, romans, mots croisés, jeux de société, musique, jardinage, discussions ou promenades peuvent ainsi rythmer le quotidien. Pour une personne qui aime les livres mais éprouve davantage de difficultés à lire, les livres audio peuvent également constituer une alternative.
L'accompagnement humain joue ici un rôle important. Une auxiliaire de vie peut contribuer au maintien de certaines activités quotidiennes et du lien social, en fonction des besoins et des habitudes de la personne accompagnée.
La lecture peut-elle prévenir la maladie d'Alzheimer ?
C'est probablement la question qui demande le plus de prudence : aucune activité intellectuelle ne permet aujourd'hui de garantir qu'une personne ne développera pas la maladie d'Alzheimer.
La lecture peut participer à un mode de vie favorable à la santé cognitive, mais elle ne constitue ni un traitement ni une méthode de prévention absolue.
La recherche progresse parallèlement sur les traitements de la maladie. L'arrivée en Europe de nouvelles thérapies ciblant certains mécanismes d'Alzheimer, évoquée par Aladom avecl'approbation du Leqembi, illustre cette évolution, même si ces traitements concernent des patients répondant à des critères précis.
Lire, surtout parce qu'on aime lire
C'est peut-être finalement le principal intérêt de la lecture : elle stimule le cerveau sans nécessairement donner l'impression de l'entraîner.
Un roman fait travailler la mémoire tout en racontant une histoire. Un journal sollicite l'attention tout en permettant de comprendre le monde. Un livre peut aussi susciter une conversation, créer un rituel ou simplement offrir un moment de plaisir.
Lire ne suffira pas à empêcher le cerveau de vieillir. Mais associée à l'activité physique, au lien social et à d'autres stimulations intellectuelles, la lecture peut participer à une hygiène de vie favorable à la santé cognitive, à tout âge.