Le réseau national de l'aide et des soins à domicile UNA, composé de 539 structures (437 associations loi 1901 et assimilés, 87 CCAS et CIAS, 10 mutuelles et 5 fondations), employant plus de 62 000 salariés, soutenu par 6400 bénévoles et accompagnant près de 491 000 personnes en 2025, part d'un constat qu'elle juge sans appel : le « virage domiciliaire » est annoncé depuis des années, mais les moyens ne suivent pas. « Pour garantir le droit de vivre chez soi, nous demandons aux candidats d'aller au-delà des promesses », résume Marie-Reine Tillon, présidente de l'union.
Axe 1 : l'autonomie pour tous, partout et à tout âge
Proposition 1 – Garantir un parcours de vie sans rupture à domicile.
UNA pointe le fonctionnement « en silos » du système médico-social, organisé par public, par financeur et par territoire, qui oblige les personnes à naviguer entre des dispositifs sans vision globale. L'union demande que l'accompagnement à domicile devienne un droit universel opposable, que le régime d'autorisation médico-sociale soit réformé pour permettre une offre continue, et qu'une nouvelle loi-cadre organise les politiques publiques autour des parcours de vie plutôt que des catégories administratives. Le livret rappelle que 8 à 11 millions de Français sont aidants d'un proche, et que 25,8 % des personnes handicapées vivent sous le seuil de pauvreté, contre 13,9 % de la population générale.
Proposition 2 – Faire du domicile un lieu de vie accessible à tous.
UNA propose d'abandonner l'opposition historique entre « maintien à domicile » et « institutionnalisation » au profit d'une définition plus large : le domicile, c'est « là où je vis », y compris dans les habitats intermédiaires. Concrètement, l'union suggère de s'appuyer sur les services à domicile pour développer une offre d'habitat diversifiée, de créer un parcours unique d'accompagnement des familles coordonnant Caf, départements, PMI et Assurance maladie, d'organiser le transport vers les lieux de vie sociale pour lutter contre l'isolement et de sécuriser les retours à domicile après hospitalisation. Un enjeu de masse : 80 % des Français souhaitent vieillir chez eux, et les 65 ans et plus représenteront 27 % de la population en 2040, contre 22 % aujourd'hui.
Proposition 3 – Ériger la prévention à domicile en priorité nationale.
Les intervenants à domicile repèrent les fragilités bien avant les services formels, mais ce travail de veille n'est quasiment pas financé. UNA demande des protocoles nationaux d'alerte et de signalement, des formations systématiques au repérage, la reconnaissance des services dans les stratégies nationales de prévention et la création d'un forfait prévention à domicile financé par la Branche Autonomie. L'argument économique est posé : 265 000 hospitalisations par an auraient pu être évitées en 2017 par une meilleure prise en charge en amont (80 % concernaient des personnes de 65 ans et plus), et gagner un an d'espérance de vie sans incapacité représenterait environ 1,5 milliard d'euros d'économies pour l'Assurance maladie.
Axe 2 : des professionnels et des structures reconnus
Proposition 4 – Fonder le financement sur la solidarité nationale.
C'est le cœur du plaidoyer : un modèle économique « à bout de souffle ». Le tarif horaire moyen s'établit à 25,61 € pour un coût réel estimé à 33,70 €.
Conséquence : des demandes refusées, un taux de consommation des plans d'aide notifiés limité à 73,2 % en 2023, et des effectifs en recul de 13 % entre 2018 et 2024 alors que 1,5 million de personnes sont accompagnées chaque année. UNA plaide pour la généralisation d'un financement public du coût réel via une dotation de fonctionnement de la Branche Autonomie, l'intégration des missions aujourd'hui invisibles (coordination, prévention, soutien aux aidants), l'encadrement des restes à charge et un cadre national garantissant l'effectivité de l'APA et de la PCH partout.
Proposition 5 – Valoriser les métiers du domicile à leur juste valeur.
Le diagnostic RH est tout aussi frontal : 46 % des salariés ont 50 ans ou plus, le salaire net mensuel moyen à temps complet atteint 1 860 € contre 2 850 € dans le privé, et le secteur aurait besoin de 54 000 recrutements complémentaires par an. UNA propose de créer un fonds national de convergence salariale, un fonds de prévention de la pénibilité et de l'usure professionnelle, des passerelles de carrière entre domicile, sanitaire et établissements, ainsi qu'une loi de programmation quinquennale fixant des objectifs de recrutement, de formation et de qualité de l'emploi. « Le virage domiciliaire ne se décrète pas : il se finance, se recrute, se fidélise et se protège », résume le livret.
Axe 3 : la 5e branche, une promesse à tenir
Proposition 6 – Intégrer toutes les politiques de l'autonomie à la Sécurité sociale.
Créée en 2021, la Branche Autonomie devait incarner la solidarité nationale ; mais l'aide à domicile est restée dans le champ décentralisé des départements, avec à la clé des inégalités territoriales et des données lacunaires — aucun chiffre officiel n'existe sur les restes à charge réellement facturés. UNA relève que les concours de la CNSA aux départements ne pèsent que 13 % de son budget (5,3 milliards d'euros) quand l'ONDAM en représente 79 % (31,6 milliards). Autre chiffre parlant : entre 2003 et 2023, le nombre de bénéficiaires de l'APA à domicile a été multiplié par 1,9, mais la dépense par bénéficiaire a reculé de 12 % en euros constants. L'union demande un système d'information national, un réseau de caisses locales adossé à la CNSA, une loi de programmation pluriannuelle du financement de l'autonomie et l'intégration des financements nationaux dans l'ONDAM médico-social.
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Ce qui se joue
En filigrane, UNA défend une idée simple : l'autonomie à domicile relève d'un droit national et doit donc être financée nationalement, avec des restes à charge encadrés et des rémunérations alignées sur celles des établissements. Le livret chiffre les bénéfices attendus côté société : moins d'hospitalisations évitables, moins de recours contraint à l'EHPAD, une espérance de vie en bonne santé accrue.
Reste la question que pose le sous-titre du document — « transformer l'intention en réalité ». Le secteur attend depuis plus d'une décennie une grande loi autonomie ; la campagne de 2027 dira si ces six propositions trouvent des relais parmi les candidats.
Sources : Communiqué de presse UNA, 9 septembre 2026 — Livret « Politique de l'autonomie à domicile » (PDF)