Cet article sera amené à évoluer au fur et à mesure des annonces des candidats. 

Combien gagnent les enseignants aujourd'hui ?

Avant d'examiner les promesses de campagne, un chiffre permet de mesurer ce qu'elles représentent concrètement : les enseignants gagnaient en moyenne 3 090 euros nets par mois en 2024, soit une hausse de 4,3 % en un an une fois l'inflation prise en compte, selon une étude publiée le 20 août 2026 par le service statistique du ministère de l'Éducation nationale (Depp). En intégrant l'ensemble des enseignants à temps complet, fonctionnaires comme contractuels du public et du privé sous contrat, la rémunération nette moyenne s'établissait à 3 180 euros.

Ce chiffre masque toutefois d'importants écarts selon les corps : les professeurs agrégés et de chaire supérieure sont les mieux payés, avec 4 190 euros mensuels en moyenne, contre 3 220 euros pour les certifiés et 2 950 euros pour les professeurs des écoles. Cette hausse récente s'explique surtout par des primes et des revalorisations indiciaires : le dégel du point d'indice de la fonction publique en 2023, l'attribution de cinq points d'indice supplémentaires début 2024, et la montée en charge du pacte enseignant, ce dispositif qui rémunère des missions complémentaires et que près d'un enseignant sur quatre avait choisi de cumuler avec des heures supplémentaires à la rentrée 2024. C'est sur cette base que se mesurent les promesses de campagne : une hausse de 20 % comme celle annoncée par Édouard Philippe porterait, toutes choses égales par ailleurs, la rémunération moyenne à un peu plus de 3 700 euros nets.

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Édouard Philippe (Horizons) : 20 % d'augmentation sur le quinquennat

C'est la proposition qui a relancé le débat cette semaine. Dans un entretien au Figaro, le candidat d'Horizons a annoncé vouloir augmenter la rémunération moyenne des enseignants de 20 % sur cinq ans, avec l'objectif affiché d'atteindre au moins la moyenne européenne, en particulier pour les enseignants en milieu de carrière.

Cette hausse salariale s'accompagne d'un ensemble de mesures plus large :

  • une plus grande autonomie donnée aux établissements pour organiser les classes, les emplois du temps et les méthodes pédagogiques selon les besoins locaux ;
  • la possibilité pour les chefs d'établissement d'ajouter des heures d'enseignement quand cela est nécessaire ;
  • une rentrée avancée d'une à deux semaines pour les élèves ayant besoin de soutien ;
  • une refonte des parcours de carrière, avec des évolutions possibles au sein ou en dehors de l'Éducation nationale, et des aménagements pour les enseignants plus âgés (classes à effectifs réduits) ;
  • le recours à l'intelligence artificielle pour aider les enseignants à préparer leurs cours et corriger les devoirs, avec une gradation selon le niveau (pas d'IA en primaire, sensibilisation au collège, accompagnement généralisé au lycée) ;
  • une "amende de responsabilité éducative", inspirée du modèle britannique, visant les parents d'élèves harceleurs, absentéistes ou violents.

Édouard Philippe insiste sur un triptyque : "les savoirs fondamentaux, le mérite et l'excellence", le rétablissement de l'autorité et de la sécurité à l'école, et la dignité des enseignants.

Gabriel Attal : revalorisation salariale et retour du certificat d'études

L'ancien Premier ministre et ministre de l'Éducation nationale, candidat pour Renaissance, prolonge la ligne qu'il avait engagée avec son "choc des savoirs". Ses propositions pour l'école incluent :

  • une revalorisation des salaires des enseignants, dans la continuité des réformes engagées lorsqu'il était ministre ;
  • le retour du certificat d'études, un examen de fin de primaire supprimé en 1989 ;
    la généralisation des groupes de niveau en français et en mathématiques au collège ;
  • le brevet des collèges rendu obligatoire pour passer en lycée ;
    davantage de pouvoir donné aux enseignants sur les décisions de redoublement ;
  • l'uniforme à l'école et un renforcement de l'encadrement disciplinaire ;
    un souhait que le ministre de l'Éducation nationale reste en poste sur la durée du quinquennat, pour donner de la stabilité aux réformes engagées, contrairement à la valse des ministres observée ces dernières années.

Sa ligne se résume à une école "plus exigeante", avec un retour affirmé aux fondamentaux et à l'évaluation.

Marine Le Pen (Rassemblement National) : revalorisation et recentrage sur les savoirs fondamentaux

Le programme du RN pour 2027 prévoit également une hausse de la rémunération des enseignants, associée à une refonte de leur formation initiale. Les autres mesures mises en avant :

  • un recentrage des programmes sur le français, les mathématiques et l'histoire ;
  • une réduction des tâches administratives pour dégager des marges budgétaires au bénéfice des classes ;
  • l'instauration de l'uniforme en primaire et au collège ;
  • un renforcement du contrôle de l'assiduité et des sanctions en cas de manquement ;
  • la construction de 100 000 logements étudiants supplémentaires en cinq ans ;
  • une réduction des effectifs administratifs pour financer la baisse du nombre d'élèves par classe, sans fermeture d'écoles.

Le parti avait déjà porté, lors des précédentes échéances électorales, une proposition de revalorisation progressive des salaires (de l'ordre de 3 % par an sur le quinquennat en 2022) ; l'ampleur exacte du chiffrage pour 2027 reste à préciser dans le détail du programme.

Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) : 19 élèves par classe et titularisation des contractuels

Le candidat insoumis met l'accent sur les effectifs plutôt que sur un pourcentage de hausse salariale unique. Ses propositions :

  • un plafond de 19 élèves maximum par classe d'ici 2027 ;
  • une augmentation des salaires des enseignants ;
  • la titularisation des enseignants contractuels ;
  • la suppression de Parcoursup, sans qu'une alternative précise n'ait encore été détaillée ;
  • l'extension de l'apprentissage jusqu'à 4 ans et un "chèque formation" de 200 à 300 euros par mois pour les jeunes en formation.

Cette réduction du nombre d'élèves par classe impliquerait la création de dizaines de milliers de postes, un coût qui reste, à ce stade, rarement chiffré précisément par le mouvement.

Raphaël Glucksmann : hausse salariale conditionnée à une réorganisation administrative

Le candidat de la gauche sociale-démocrate propose lui aussi une "augmentation substantielle" des salaires des enseignants, sans avoir encore communiqué de chiffre précis. Il justifie cette priorité par le constat que les enseignants français sont rémunérés en dessous des moyennes de l'OCDE et de l'Union européenne, notamment en début de carrière.

Sa proposition combine trois volets :

  • une hausse des salaires enseignants pour renforcer l'attractivité du métier ;
  • davantage de personnel devant les classes, pour réduire les effectifs ;
  • une réduction du nombre de postes administratifs pour financer ces mesures.

Ce dernier point fait déjà débat, certains observateurs s'interrogeant sur la capacité des seules économies administratives à financer à la fois la baisse des effectifs par classe et la hausse des salaires.

Bruno Retailleau (Les Républicains) : une "révolution culturelle" fondée sur l'autorité et le mérite

Le président des Républicains a présenté le 31 août 2026, à Boulogne-Billancourt, la contribution de son camp à la refondation de l'école, quelques jours après ses concurrents du bloc central. Il revendique une rupture plus radicale que les "ajustements" proposés par Édouard Philippe et Gabriel Attal : "Quand un système ne marche plus, il faut changer le système", affirme-t-il, dénonçant pêle-mêle la baisse du niveau scolaire, la reproduction des inégalités, le recul de l'autorité, la bureaucratisation et l'influence excessive des syndicats.

Sur les salaires, sa proposition est moins ambitieuse en apparence que celle d'Édouard Philippe, mais plus ciblée : les enseignants bénéficieraient d'une hausse de 135 euros nets par mois en début de carrière et d'environ 300 euros en milieu de carrière. Bruno Retailleau écarte en revanche une revalorisation uniforme : les missions supplémentaires, les postes difficiles, le mérite professionnel et l'engagement individuel seraient davantage rémunérés que le reste.

Le reste de son programme s'articule autour de plusieurs axes :

  • Autorité et discipline : rôle renforcé des conseils de discipline, sanctions plus sévères en cas d'agression contre un enseignant, création d'au moins un établissement disciplinaire par académie pour les élèves violents, harceleurs ou multirécidivistes (affectation possible sans que les parents puissent s'y opposer) ; interdiction du téléphone portable jusqu'à la fin du lycée et règle du "zéro écran" au primaire.
  • Responsabilisation des familles : signature d'un contrat d'engagement par les parents portant sur l'assiduité, la laïcité et le respect de l'autorité professorale, avec suspension possible de certaines prestations familiales en cas de violences ou d'absentéisme répété.
  • Pouvoir des enseignants : dernier mot rendu aux professeurs dans les décisions d'orientation, en rupture avec la loi Jospin de 1989.
  • Autonomie des établissements : création de 1 000 établissements publics gratuits et autonomes d'ici 2032, liés au rectorat par contrat, avec une liberté accrue dans l'organisation pédagogique en contrepartie d'une évaluation régulière de leurs résultats ; assouplissement de la carte scolaire.
  • Exigence scolaire : fin des passages automatiques dans la classe supérieure sans validation des acquis, retour du redoublement comme outil pédagogique, brevet rendu obligatoire pour l'accès au lycée général, technologique ou professionnel, niveau du baccalauréat relevé.

Bruno Retailleau résume sa ligne comme une "révolution culturelle", par opposition à ce qu'il présente comme de simples ajustements chez ses rivaux du bloc central. Le sénateur Max Brisson, cheville ouvrière du volet éducatif de son programme, la formule ainsi : rompre avec "l'égalitarisme" et le "pédagogisme" pour bâtir "une école pour chacun" plutôt qu'une école uniforme.

Ce qu'il faut retenir

Sur la forme, presque tous les candidats déclarés s'accordent sur un principe : les enseignants sont insuffisamment payés et leur revalorisation doit être une priorité du prochain quinquennat. 

Les désaccords portent surtout sur l'ampleur du chiffrage (20 % sur le quinquennat chez Édouard Philippe, des montants ciblés de 135 à 300 euros mensuels chez Bruno Retailleau, un pourcentage encore non précisé chez Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou Raphaël Glucksmann), sur le principe même d'une revalorisation uniforme ou différenciée selon le mérite et les missions (Bruno Retailleau s'y oppose explicitement), sur le financement de ces mesures (économies administratives, redéploiement de postes) et sur les contreparties attendues : autonomie des établissements et IA chez Édouard Philippe, exigence académique et stabilité ministérielle chez Gabriel Attal, réduction des effectifs par classe chez Jean-Luc Mélenchon, recentrage disciplinaire chez Marine Le Pen, "révolution culturelle" fondée sur l'autorité et le mérite chez Bruno Retailleau.

Le sujet devrait continuer à s'affiner dans les prochains mois, à mesure que les candidatures se précisent et que les programmes complets sont publiés, notamment sur le chiffrage budgétaire de ces engagements.

Article rédigé à partir de sources de presse datées d'août 2026. Les programmes présidentiels étant encore en cours d'élaboration à ce stade de la campagne, certaines propositions pourront évoluer d'ici le scrutin de 2027.

Sources :