Deux points d'écart avec l'Europe, mais treize avec les Pays-Bas
La France partage avec ses voisins européens l'ambition d'un taux d'emploi élevé, inscrite notamment dans le plan d'action sur le socle européen des droits sociaux. Les résultats, eux, la situent au 21e rang des 27 États membres : 69 % des 15-64 ans occupent un emploi, contre 71 % en moyenne dans l'UE27.
L'écart se creuse nettement avec les pays de tête : 13 points avec les Pays-Bas (82 %), 8 points avec l'Allemagne et le Danemark (77 % chacun). L'intérêt de l'étude publiée par la Dares (Dares Analyses n° 38, septembre 2026, signée Thibault Cruzet) est de montrer que cet écart global masque des situations très contrastées selon l'âge. La tranche intermédiaire des 25-54 ans se situe dans la moyenne européenne. Ce sont les jeunes et les seniors qui font le décrochage.
Les 15-24 ans : un temps partiel étudiant quasi inexistant
Le taux d'emploi des 15-24 ans s'élève à 35 % en France en 2025, ce qui la place au 8e rang européen et à hauteur de la moyenne de l'UE. Il a progressé de 4 points en vingt ans, davantage que la moyenne européenne (+1 point), et cette hausse est entièrement concentrée sur la période récente : +5 points depuis 2018, en lien avec la réforme de l'apprentissage. Mais l'écart avec les pays de tête reste considérable : plus de 40 points avec les Pays-Bas, 26 points avec le Danemark, 16 points avec l'Allemagne et l'Autriche.
L'explication tient presque entièrement au temps partiel. Le taux d'emploi à temps plein des jeunes Français (27 %) dépasse la moyenne européenne (23 %). En revanche, le taux d'emploi à temps partiel plafonne à 8 %, contre 12 % dans l'UE.
Derrière ce chiffre se joue une différence de modèle : la place du cumul entre études et emploi. La part des jeunes qui cumulent emploi et formation atteint 18 % en France, proche de la moyenne européenne (17 %) — mais 42 % au Danemark et 58 % aux Pays-Bas. Symétriquement, 54 % des jeunes Français sont en formation sans emploi, contre 32 % au Danemark et 20 % aux Pays-Bas. À cela s'ajoute une part de NEET (ni en emploi, ni en formation) élevée en France : 11 %, que la Dares relie en partie aux sorties précoces du système scolaire peu ou pas qualifiées, cohérentes avec les résultats français aux enquêtes Pisa.
Conséquence : l'insertion professionnelle est plus lente. Trois ans ou moins après l'obtention du plus haut diplôme, le taux d'emploi des 15-34 ans sortis du système éducatif est de 71 % en France contre 76 % dans l'UE27 — un écart de 5 points qui se résorbe partiellement avec le temps. Les pays où le cumul emploi-formation dépasse 20 % affichent, à une exception près, une insertion plus rapide que la moyenne.
Les seniors : une progression spectaculaire, un retard persistant
Le taux d'emploi des 55-64 ans atteint 62 % en France en 2025, au 17e rang européen, soit 5 points sous la moyenne de l'UE, 13 points sous le Danemark et 14 points sous les Pays-Bas et l'Allemagne.
Là encore, la moyenne masque une rupture nette. Le taux d'emploi des 55-59 ans (79 %) reste homogène entre pays, dans la continuité de celui des 25-54 ans. C'est sur les 60-64 ans que tout se joue : 44 % en France, soit 11 points de moins que la moyenne européenne et très loin des Pays-Bas (70 %), du Danemark (69 %) et de l'Allemagne (68 %).
La dynamique de vingt ans est pourtant impressionnante : +31 points pour les 60-64 ans depuis 2005. Mais les Pays-Bas (+47 points) et l'Allemagne (+39 points) ont progressé davantage, en partant déjà de plus haut. Il n'y a donc pas eu de convergence : l'effort français n'a pas comblé l'écart.
La Dares, s'appuyant sur le Panorama des pensions 2025 de l'OCDE, rattache principalement ce retard à un âge effectif de sortie du marché du travail plus précoce : environ 62 ans pour les hommes français, contre 64 ans en moyenne européenne, quand Pays-Bas et Danemark combinent sortie au-delà de 65 ans et taux d'emploi supérieur à 74 %. L'écart est plus marqué chez les hommes (45 % d'emploi à 60-64 ans, 16 points sous la moyenne européenne) que chez les femmes (43 % contre 49 %), ces dernières bénéficiant d'un taux d'emploi français relativement élevé tout au long de la vie active.
Les 25-54 ans : dans la moyenne, sauf pour deux publics
Pour la tranche intermédiaire, la France fait jeu égal avec l'Europe : 83 % de taux d'emploi, comme la moyenne de l'UE27, mais derrière les Pays-Bas (87 %) et l'Allemagne (85 %). La répartition temps plein / temps partiel y est également très proche de la moyenne (71 % et 13 %), là où les Pays-Bas (57 % / 30 %), l'Autriche (60 % / 25 %) et l'Allemagne (61 % / 24 %) reposent bien davantage sur le temps partiel — avec, dans ces trois pays, l'écart femmes-hommes de temps partiel le plus élevé d'Europe (plus de 30 points).
Sur vingt ans, la progression française a toutefois été plus faible : +2 points contre +6 points dans l'UE.
Deux sous-populations expliquent l'essentiel du retard résiduel :
- Les moins diplômés (niveau CITE 0-2) : 60 % de taux d'emploi en France, contre 63 % dans l'UE, 64 % en Allemagne et 70 % aux Pays-Bas. L'écart se réduit à mesure que le diplôme s'élève, jusqu'à devenir quasi nul pour les diplômés du supérieur. La France est d'ailleurs sauvée par sa structure de qualification : 50 % de diplômés du supérieur, contre 41 % dans l'UE.
- Les immigrés extra-européens : 66 % de taux d'emploi, contre 72 % dans l'UE, 71 % en Allemagne, 73 % aux Pays-Bas et 74 % au Danemark. Pour les immigrés européens et les personnes nées en France, le taux est supérieur ou égal à la moyenne. La Dares souligne que le niveau de qualification n'explique pas cet écart, la part de personnes étrangères peu diplômées étant plus faible en France que dans l'UE.
Femmes, garde d'enfants : le point où la France est en avance
C'est l'un des rares graphiques où la France se situe du bon côté. Chez les 25-44 ans — les âges les plus concernés par la présence de jeunes enfants — l'écart de taux d'emploi entre femmes et hommes est de 7 points en France, contre 10 points dans l'UE27. Et 40 % des enfants de moins de 3 ans sont gardés hors du système formel, contre 59 % en moyenne européenne.
La Dares met les deux séries en regard : plus la proportion d'enfants de moins de 3 ans hors du système formel de garde est élevée, plus l'écart d'emploi femmes-hommes est important. La France se range aux côtés des Pays-Bas et du Danemark, à l'opposé de l'Italie, de la Roumanie ou de la Tchéquie. Une corrélation, précisons-le, n'est pas une démonstration de causalité, et l'étude rappelle que les différences de modèles sociaux — les pays du Sud s'appuyant davantage sur les mères et les grands-parents — pèsent aussi lourd.
Ce que cela dit au secteur des services à la personne
Quatre lectures s'imposent pour notre secteur.
La garde d'enfants est un levier d'emploi, pas seulement un service. Le graphique croisant modes de garde et écart femmes-hommes confirme ce que le secteur avance de longue date : l'offre de garde conditionne la participation des femmes au marché du travail. La France est aujourd'hui bien positionnée — c'est un acquis à documenter et à défendre, pas un état de fait garanti.
Le vieillissement transforme le marché deux fois. D'un côté, la population européenne vieillit et la population en âge de travailler commence à décliner en Allemagne comme en Italie : la demande d'aide à domicile et d'accompagnement de l'autonomie va mécaniquement croître. De l'autre, le secteur emploie lui-même beaucoup de seniors ; le retard français sur les 60-64 ans est aussi un gisement de main-d'œuvre pour des métiers en tension.
Le temps partiel n'est pas qu'un problème. Le modèle néerlandais montre qu'un taux d'emploi record peut se construire sur une forte proportion de temps partiel, notamment chez les jeunes en cumul études-travail. Les services à la personne, structurellement organisés autour d'horaires fractionnés, contribuent à ce type d'emploi. Reste la question de la qualité et du temps partiel subi, que l'étude ne traite pas.
Les publics en retard d'emploi sont ceux du secteur. Personnes peu diplômées, personnes immigrées extra-européennes : ce sont précisément les profils sur lesquels la France décroche, et ceux que les métiers du domicile recrutent en nombre. L'enjeu de qualification, de reconnaissance des acquis et d'accès aux parcours d'apprentissage est donc directement un enjeu de taux d'emploi national.
Source : Dares, « Comment se situe la France à l'échelle européenne en matière de taux d'emploi ? », Dares Analyses n° 38, septembre 2026. Données Eurostat, Labour Force Survey, extraites en juillet 2026. Les données françaises proviennent de l'enquête Emploi en continu de l'Insee, transmise à Eurostat, et peuvent légèrement différer des publications de l'Insee du fait de traitements distincts.