Ce n’est pas encore une réforme, ni même un projet de loi. Présenté le 9 septembre 2026, lors d’une conférence de presse, le nouveau modèle de gestion du risque dépendance de la Coalition 2027 pour l’autonomie des personnes âgées se veut avant tout une base de travail destinée aux candidats à l’élection présidentielle.
Indépendante et transpartisane, la coalition rassemble volontairement une quinzaine d’institutions publiques et privées du secteur. Six conférences de consensus ont été organisées au premier semestre 2026 pour construire des propositions communes autour de la prévention, de la gouvernance, du financement et de l’organisation des acteurs.
Cette réflexion prolonge un constat déjà posé en 2025 : la France doit revoir son modèle avant l’accélération du vieillissement attendue à partir de 2030, un enjeu qu’Aladom avait déjà détaillé dans son article consacré au défi du vieillissement et à l’autonomie des seniors.
Un système de prise en charge jugé trop tardif et trop fragmenté
Le diagnostic de la Coalition 2027 est sévère : aujourd’hui, le système intervient essentiellement lorsque la perte d’autonomie est déjà installée. Les dispositifs restent par ailleurs fragmentés entre santé, médico-social, logement et vie sociale, tandis que les personnes âgées et leurs proches doivent composer avec une multitude d’interlocuteurs.
Le problème ne tient donc pas uniquement à l’existence des aides, mais aussi à leur articulation. Une personne âgée peut être identifiée comme fragile sans qu’un professionnel soit ensuite chargé d’organiser durablement son parcours. La Coalition pointe également une offre qui ne correspond pas toujours aux besoins réels et des financements jugés peu lisibles.
Ces difficultés prennent une dimension très concrète lorsque l’état de santé se dégrade brutalement. Un témoignage récemment relayé par Aladom montrait ainsi comment un maintien à domicile pouvait devenir impossible lorsque les besoins augmentent et que les professionnels disponibles ne suffisent plus.
Repérer la fragilité plus tôt pour retarder la dépendance
Premier changement proposé : agir avant l'entrée dans la dépendance. La CNAV organiserait un repérage systématique de la fragilité au moment du départ à la retraite, puis cinq et dix ans plus tard. Cette évaluation prendrait notamment en compte la santé, le logement, la situation sociale et l’environnement de la personne.
Les seniors identifiés comme fragiles pourraient ensuite entrer dans un programme de prévention coordonné. Lorsqu’une prise en charge devient nécessaire, un Contrat de prise en charge de l’autonomie (CPCA) formaliserait les besoins de la personne et serait réévalué régulièrement.
Autre nouveauté structurante : le care manager, référent chargé de coordonner les différents professionnels et de suivre le parcours. Lors de la conférence de presse, le directeur général de la CNSA a estimé qu’un tel métier pourrait devenir indispensable pour éviter que les personnes âgées et leurs familles aient à organiser seules des interventions aujourd’hui dispersées.
Le modèle repose également sur un important virage domiciliaire. L’objectif n’est toutefois pas d’opposer domicile et EHPAD, mais de construire un parcours plus progressif entre trois solutions : domicile, habitat intermédiaire et établissement spécialisé.
Surtout, la Coalition souhaite dissocier le logement des services. Une personne pourrait ainsi bénéficier d’un accompagnement renforcé sans devoir automatiquement changer de lieu de vie.
Selon le scénario présenté, environ 1,4 million de personnes dépendantes pourraient vivre à domicile ou en résidence services en 2050, contre environ 800 000 en 2026. Dans le même temps, les EHPAD seraient recentrés sur la dépendance lourde, aux côtés d’unités de soins prolongés destinées aux personnes nécessitant une médicalisation importante.
Ce virage suppose néanmoins des moyens humains et financiers conséquents. Comme le rappelle Aladom dans son espace consacré à l’aide aux personnes âgées à domicile, rester chez soi nécessite souvent un logement adapté, mais aussi une continuité suffisante des services d’accompagnement.
Pour simplifier le système, la Coalition propose de renforcer le Service public départemental de l’autonomie (SPDA). Placé sous l’autorité du Conseil départemental, il deviendrait le guichet de référence des personnes âgées et de leurs proches.
L’État conserverait la définition des droits, des normes et de la stratégie nationale, tandis qu’une CNSA renforcée garantirait notamment l’équité entre les territoires. Les départements piloteraient concrètement l’évaluation des besoins et la coordination des parcours.
Un point reste toutefois à clarifier : la place des agences régionales de santé (ARS). Leur rôle limité dans le modèle a d'ailleurs été interrogé pendant la conférence de presse. Les intervenants ont reconnu que cette articulation méritait encore d’être approfondie.
C’est le nerf de la guerre. Dans le scénario intermédiaire retenu par la Coalition, les dépenses publiques consacrées à l’autonomie passeraient d'environ 34 milliards d’euros en 2025 à 56 milliards en 2035, puis 103 milliards en 2050, en euros courants.
Pour rendre le système plus lisible, chaque financeur aurait une mission principale : l’Assurance maladie financerait les soins, la CNSA et les départements la dépendance et l’accompagnement, tandis que l’hébergement resterait à la charge du résident, avec des aides pour les ménages modestes.
La Coalition souhaite également que les plans d’aide soient déterminés à partir des besoins réels de la personne, et non d’abord par un plafond budgétaire. Appliquer pleinement cette logique nécessiterait, selon les estimations présentées, environ 4 milliards d’euros supplémentaires aujourd’hui et 11 milliards à l’horizon 2050.
Cette question s’inscrit dans un débat plus large sur la répartition du coût du vieillissement, que nous avions analysé dans notre article « Protection sociale : qui paie vraiment le coût du vieillissement ? ». Le financement de la protection sociale repose désormais davantage sur l’ensemble des revenus, dont ceux des retraités, et non plus seulement sur les cotisations des actifs.
Les retraités les plus aisés davantage mis à contribution
Parmi les pistes les plus sensibles figure justement une augmentation progressive de la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (CASA) pour les retraités les plus aisés.
Son taux pourrait atteindre 3,45 % à l’horizon 2050, contre 0,3 % aujourd’hui pour les retraités concernés. Dans le scénario de la Coalition, environ 45 % des retraités seraient concernés et cette contribution rapporterait 20,4 milliards d’euros en 2050.
Cette proposition devra évidemment faire l’objet d’arbitrages politiques. Elle intervient alors que d’autres mécanismes participant au financement de l’accompagnement à domicile, comme le crédit d’impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile, font eux aussi régulièrement débat. Or, comme Aladom l’a rappelé dans son analyse sur les niches fiscales liées à la santé et à la dépendance, ces dispositifs jouent également un rôle direct dans l’accessibilité financière des services à la personne.
Un modèle ambitieux qui doit désormais passer l’épreuve politique
Repérage précoce, care manager, priorité au domicile, guichet départemental unique, financement clarifié : la Coalition 2027 présente un modèle volontairement global. Mais plusieurs questions restent ouvertes, notamment le partage exact des dépenses entre CNSA et départements, le rôle des ARS ou encore la transition pour les millions de personnes déjà prises en charge dans le système actuel.
Le prochain défi sera surtout politique. La Coalition entend désormais présenter son modèle aux candidats à l’élection présidentielle de 2027 afin de faire de l’autonomie et de la dépendance un sujet majeur de la campagne.