Une semaine de travail bien remplie… et pas seulement de consultations

La cinquième édition du Panel d'observation des pratiques et conditions d'exercice en médecine générale, menée par la DREES auprès de 8 020 médecins (environ 4 300 réponses, soit un taux de réponse de 54 %), livre une photographie précise d'une semaine « ordinaire », c'est-à-dire sans congés, ni jours fériés, ni formation.

Sur les 46 heures déclarées, réparties sur 8,6 demi-journées, le temps réellement passé auprès des patients (consultations au cabinet, visites à domicile, téléconsultations, temps de trajet inclus) représente 36 heures et 30 minutes. Le reste ? Près de 6 heures de gestion du cabinet et de coordination avec les autres professionnels de santé : secrétariat, comptabilité, échanges avec les infirmiers, les pharmaciens ou les services d'aide à domicile. S'y ajoutent 2 heures 30 de formation et de mise à jour des connaissances, et environ 1 heure 30 d'autres activités (exercice salarié pour les praticiens à activité mixte, enseignement, etc.).

Décomposition du temps de travail hebdomadaire déclaré, en 2025

PosteEnsembleFemmesHommes
Temps de travail total46,2 h44,0 h48,4 h
dont temps médical (patients)36,4 h34,4 h38,5 h
dont gestion et coordination5,9 h6,0 h5,9 h
dont formation2,4 h2,4 h2,5 h
Nombre de demi-journées8,68,38,9


Source : DREES, Études et Résultats n° 1381, août 2026.

Des écarts marqués selon l'âge et le sexe

Cette moyenne masque de fortes disparités. Les femmes médecins généralistes déclarent 44 heures par semaine, contre 48 heures 30 pour les hommes. Les praticiens de moins de 45 ans travaillent en moyenne 43 heures, soit 5 heures 30 de moins que leurs aînés — un écart qui reflète à la fois l'évolution du temps de travail au fil de la carrière et des choix d'exercice différents d'une génération à l'autre.

Les plus jeunes consacrent aussi moins de temps à l'administratif (5 h 30 contre 6 h 30 pour les 45-59 ans) et recourent davantage à la téléconsultation : 37 % des moins de 45 ans en réalisent lors d'une semaine ordinaire, contre 24 % des 60 ans ou plus.

19 minutes par consultation, 40 minutes par visite à domicile

La durée moyenne déclarée d'une consultation au cabinet est de 19 minutes. Une visite à domicile mobilise 40 minutes déplacement compris, et une téléconsultation 14 minutes. Les femmes déclarent des consultations légèrement plus longues que les hommes (19 contre 18 minutes), et les médecins de 60 ans ou plus des durées supérieures à celles de leurs jeunes confrères.

Point notable pour le secteur du domicile : près des trois quarts des généralistes (73 %) réalisent encore des visites au domicile de leurs patients lors d'une semaine ordinaire. Le maintien à domicile reste donc un axe central de la médecine de ville — et il repose largement sur la présence, autour du patient, d'auxiliaires de vie, d'aides à domicile et d'aides-soignants.

Un temps médical qui se contracte ?

En 2018, le panel précédent mesurait 54 heures de travail hebdomadaire, dont 44 h 30 auprès des patients. La DREES rappelle que, pour des raisons méthodologiques, les éditions du panel ne sont pas directement comparables. Mais le sens de l'évolution — une baisse — est cohérent avec le recul du nombre d'actes constaté dans les données de l'Assurance maladie (environ 500 actes de moins par médecin). Une part de cette baisse est structurelle : la profession s'est rajeunie (43 % de moins de 45 ans en 2025, contre 29 % en 2018) et féminisée (49 % de femmes contre 40 %), deux profils dont le temps de travail déclaré est plus faible. À structure d'âge et de sexe identique, le temps de travail 2018 aurait été de 52 heures, et non 54.

Concilier vie professionnelle et vie personnelle : un enjeu d'attractivité

58 % des généralistes estiment que leurs horaires s'adaptent plutôt bien ou très bien à leurs engagements familiaux et sociaux. La proportion tombe à 51 % chez les 45-59 ans, la tranche d'âge la plus chargée. Plus d'un médecin sur deux (53 %) termine sa journée après 20 heures au moins une fois par semaine ; 43 % chez les moins de 45 ans, contre 59 % chez leurs aînés.

L'analyse « toutes choses égales par ailleurs » de la DREES est sans ambiguïté : la durée hebdomadaire de travail est le facteur le plus fortement associé à une bonne conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle. Autrement dit, alléger la charge ( déléguer l'administratif, mieux répartir le suivi entre professionnels) est le premier levier d'attractivité du métier.

Un besoin d'emploi qui se chiffre en dizaines de milliers de postes

Moins de temps médical disponible par praticien, une population qui vieillit, un maintien à domicile encouragé : la conséquence est directe sur le marché du travail. Selon l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026 de France Travail, les aides à domicile et aides ménagères représentent 69 500 projets de recrutement sur l'année, en hausse de 13,3 % par rapport à 2025. Les aides-soignants en établissement en comptent 62 100. Ces métiers figurent parmi les plus recherchés de France, tous secteurs confondus.

Autour du médecin généraliste, ce sont ces professionnels qui assurent le quotidien : lever et coucher, aide à la toilette, préparation des repas, surveillance de l'état général, alerte en cas de dégradation, accompagnement aux rendez-vous médicaux. Autant de missions qui, faute de bras, retombent sur les familles — ou sur des délais d'intervention qui s'allongent, notamment en zone rurale et périurbaine.

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Pour les structures qui recrutent comme pour les candidats, le message de l'étude est le même : le temps médical est une ressource rare, et chaque heure gagnée sur la coordination ou l'administratif est une heure rendue au patient. Les professionnels du domicile sont au premier rang de cette équation. À lire également sur Aladom : Aide et soins à domicile : la pénurie de personnel atteint un niveau critique et Recrutement dans les services à la personne : quelles sont les attentes des candidats en 2026 ?