Les jeunes accordent-ils encore de l'importance au travail ? 

Oui, et les chiffres permettent de dépasser certains clichés générationnels. Une vaste enquête de l'Institut Montaigne, réalisée auprès de 6 000 jeunes âgés de 16 à 30 ans, montre que 80 % des jeunes actifs continueraient à travailler même s'ils n'en avaient pas financièrement besoin. 

Le travail reste donc important, mais les critères permettant de juger qu'un emploi est satisfaisant évoluent. La rémunération, l'équilibre entre temps de travail et temps libre, l'absence de stress et les possibilités d'évolution occupent notamment une place importante. 

Cette relation au travail commence d'ailleurs à se construire avant même l'entrée définitive dans la vie active. Un jeune sur deux travaille aujourd'hui en parallèle de ses études, une expérience qui confronte très tôt une partie de cette génération aux réalités de l'emploi. 

Des jeunes satisfaits… mais prêts à changer d'emploi 

C'est tout le paradoxe mis en évidence par le Céreq : être satisfait de son emploi n'empêche plus nécessairement d'envisager le suivant. 

Plus d'un jeune actif sur cinq recherche un autre emploi alors qu'il travaille déjà et 36 % souhaitent se réorienter professionnellement. Parmi ceux qui souhaitent changer de voie, 23 % engagent réellement des démarches et seulement 4 % voient leur projet aboutir au cours de la période étudiée. 

Lorsqu'une réorientation est envisagée, elle va bien au-delà d'un changement d'entreprise : 92 % des démarches visent un changement de métier et 84 % un changement de secteur. 

L'Institut Montaigne observe cette mobilité sous un autre angle : 60 % des jeunes salariés interrogés envisagent de quitter leur entreprise dans les cinq prochaines années, alors même que la majorité recherche une certaine stabilité professionnelle. 

Pourquoi les jeunes veulent-ils changer de travail ? 

Le Céreq avance trois grandes explications : un système éducatif laissant relativement peu de place à l'expérimentation, un marché du travail devenu plus flexible et des conditions de travail parfois difficiles en début de carrière. 

En France, les jeunes doivent effectuer assez tôt des choix d'orientation qui peuvent avoir des conséquences durables. L'Institut Montaigne constate que 52 % des jeunes portent un regard critique sur leur orientation. La reconversion peut alors permettre de revenir sur un choix initial et de reprendre la main sur son parcours. 

Dans le même temps, les débuts de carrière sont loin d'être synonymes de stabilité. Les jeunes restent davantage exposés aux contrats précaires, au temps partiel subi et au chômage. Un jeune de moins de 25 ans sur quatre craint ainsi de perdre son emploi dans l'année, selon le Céreq. 

Cette mobilité est aujourd'hui facilitée par l'accès permanent aux opportunités professionnelles en ligne. Consulter des offres, comparer les métiers ou regarder ce qui existe ailleurs peut se faire sans même avoir décidé de quitter son poste. Les annonces de services et d'emploi disponibles sur Aladom participent notamment à cette mise en relation entre particuliers, candidats et professionnels. 

Rémunération, équilibre, stress : qu'attendent vraiment les jeunes du travail ? 

La « quête de sens » est souvent présentée comme la grande priorité professionnelle de la génération Z. La réalité est plus nuancée. Les résultats de l'Institut Montaigne font également apparaître des attentes très concrètes : être correctement rémunéré, préserver un équilibre entre travail et vie personnelle, limiter le stress et pouvoir évoluer professionnellement. 

Le décalage entre attentes et réalité peut cependant être important : 66 % des jeunes ayant déjà travaillé estiment qu'il existe un écart entre leurs aspirations et leur expérience professionnelle. 

La quête de sens existe néanmoins, notamment chez les plus diplômés. Le Céreq constate que les titulaires d'un bac+5 ou plus recherchent davantage de sens lorsqu'ils envisagent une réorientation et sont moins souvent motivés par l'amélioration de leur rémunération ou de leurs conditions de travail. 

Il n'existe donc pas un rapport unique des jeunes au travail. Les attentes varient selon le diplôme, le parcours, la situation professionnelle et les expériences déjà vécues. 

Les jeunes rejettent-ils l'autorité et le management ? 

Là encore, les données contredisent certains stéréotypes. Selon l'Institut Montaigne, 90 % des jeunes acceptent l'autorité hiérarchique, soit sans réserve, soit lorsqu'ils sont convaincus par les décisions prises. Seuls 10 % la rejettent totalement. Le problème semble donc moins être l'existence d'une hiérarchie que la manière dont celle-ci s'exerce. 

Dans son plaidoyer sur Linkedin consacré au sujet, Agathe Potel, professeure en leadership à emlyon business school, estime que certaines pratiques peuvent accentuer le sentiment d'absurdité au travail : multiplication des reportings, décisions très centralisées, manque d'autonomie ou décalage entre les valeurs affichées et le fonctionnement réel de l'entreprise. 

Dans les services à la personne, cette réflexion concerne aussi la formation et l'accompagnement des équipes. Un webinar consacré à la formation des professionnels des services à la personne rappelait notamment l'importance de développer les compétences pour accompagner les évolutions du secteur et favoriser l'engagement des professionnels. 

Une génération moins fidèle à l'entreprise ? 

Les jeunes actifs entrent surtout sur un marché du travail très différent de celui qu'ont connu les générations précédentes. Le Céreq souligne qu'ils ont intégré les nouvelles normes de flexibilité de l'emploi. Lorsque les entreprises elles-mêmes ne garantissent plus nécessairement une carrière longue et linéaire, changer d'employeur lorsqu'une meilleure opportunité se présente devient un comportement rationnel. 

Le podcast du Céreq consacré à l'étude résume ainsi un phénomène qui dépasse largement une supposée impatience générationnelle : les jeunes composent avec un marché où la mobilité professionnelle est devenue beaucoup plus ordinaire. 

Cette évolution s'inscrit aussi dans une transformation plus générale du quotidien des nouvelles générations, façonné par le numérique. Les usages des réseaux sociaux, du smartphone et désormais de l'intelligence artificielle, abordés dans l'article d'Aladom sur la vie numérique des adolescents, participent à un environnement où l'accès à l'information, à la formation et aux opportunités professionnelles est permanent. 

Plutôt qu'un rejet du travail, une nouvelle conception de la carrière 

Les différentes enquêtes convergent finalement sur un point : les jeunes ne semblent pas avoir perdu le goût du travail. Ils remettent davantage en question les conditions dans lesquelles celui-ci s'exerce et la place qu'il doit occuper dans leur vie. 

Ils peuvent aimer leur métier et envisager d'en changer, rechercher la stabilité tout en restant attentifs aux opportunités, accepter l'autorité tout en souhaitant comprendre les décisions, ou chercher du sens sans oublier le salaire et les conditions de travail. 

Leur mobilité traduit ainsi autant leurs aspirations personnelles qu'une adaptation à un marché du travail devenu plus flexible et incertain. 

Pour les employeurs, la question n'est donc peut-être plus seulement de savoir comment « fidéliser les jeunes ». Elle consiste davantage à comprendre ce qui leur donne envie de rester : des conditions satisfaisantes, des perspectives d'évolution, de l'autonomie, de la reconnaissance et un management cohérent. 

La nouvelle génération n'annonce pas nécessairement la fin de la valeur travail. Elle pourrait surtout marquer la fin d'une idée longtemps associée à celle-ci : celle selon laquelle réussir sa carrière signifie accepter durablement un emploi, même lorsqu'il ne correspond plus à ses attentes.