Une activité hospitalière toujours en hausse
En 2024, 13,6 millions de patients ont été pris en charge en hospitalisation ou pour une séance de dialyse, de radiothérapie ou de chimiothérapie, dans l'un des 2 962 établissements de santé que compte la France. Cette activité se répartit notamment entre 10,8 millions de séjours en hospitalisation complète (+1,4 % par rapport à 2023, mais encore 8,4 % en dessous du niveau d'avant-Covid), 20,5 millions de journées d'hospitalisation partielle (+5,7 %) et 21,3 millions de passages aux urgences (+2,5 %). L'hospitalisation à domicile poursuit elle aussi sa progression, avec 7,7 millions de journées et une hausse de 5,5 % en un an.

Côté personnel, le secteur hospitalier employait 1,41 million de salariés fin 2024, en hausse de 0,7 %, tirée notamment par une progression de 2,7 % des effectifs médicaux. En 2026, il y aura 10 260 postes d'internes en médecine.
Le virage ambulatoire se confirme
Le trait le plus marquant de ce panorama est la poursuite du basculement vers des prises en charge plus courtes. Au 31 décembre 2024, la France disposait de 367 100 lits d'hospitalisation complète, soit 2 300 de moins qu'un an plus tôt (-0,6 %), tandis que le nombre de places d'hospitalisation partielle (chirurgie ambulatoire, hôpitaux de jour) augmentait de 2 600, soit +2,9 %, pour atteindre 91 000 places.
Ce mouvement n'est pas nouveau. Il s'inscrit dans une tendance de fond documentée depuis les années 1980 : selon les données de cadrage de l'Irdes, la durée moyenne de séjour en médecine-chirurgie-obstétrique (MCO) a été divisée par deux entre 1980 et 2011, passant de 10,2 jours à 5,1 jours. Cette évolution s'explique par les progrès des techniques médicales (chirurgie mini-invasive, anesthésie, imagerie), qui permettent de traiter davantage de pathologies sans nuit d'hospitalisation, ainsi que par des politiques volontaristes de développement de l'ambulatoire, jugé à la fois moins risqué pour le patient (infections nosocomiales, perte d'autonomie) et moins coûteux à l'acte.
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Des séjours plus courts, mais pas moins de dépenses
L'idée selon laquelle raccourcir les séjours permettrait de réduire les dépenses de santé se vérifie... jusqu'à un certain point. Elle est juste au niveau du séjour individuel : une hospitalisation plus courte, ou remplacée par une prise en charge ambulatoire, coûte en principe moins cher qu'une hospitalisation classique avec plusieurs nuitées. C'est d'ailleurs l'un des ressorts recherchés par les pouvoirs publics à travers le développement de la chirurgie ambulatoire et de l'hospitalisation à domicile.
Mais au niveau global, cette logique ne se retrouve pas dans les chiffres. Selon le panorama Les dépenses de santé en 2024 également publié par la DREES, la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM) a atteint 254,8 milliards d'euros en 2024, en progression de 3,7 % sur un an, portée à la fois par les volumes de soins (+3,0 %) et par les prix (+0,6 %). Les soins hospitaliers en représentent près de la moitié : 120,8 milliards d'euros, soit 47 % de la CSBM, dont 93,6 milliards pour le seul secteur public. Cette dépense progresse malgré la baisse du nombre de lits et le raccourcissement des séjours, pour plusieurs raisons qui se combinent : une population plus nombreuse et plus âgée, davantage de patients pris en charge chaque année, des innovations thérapeutiques souvent coûteuses, et un effet mécanique lié au développement de l'ambulatoire lui-même, qui démultiplie le nombre de venues même lorsque chacune coûte moins cher qu'une hospitalisation classique.
La situation financière des hôpitaux publics illustre cette tension : leur déficit global a atteint 2,4 milliards d'euros en 2023 (contre 1,3 milliard en 2022), soit 2,3 % de leurs recettes, alors même que la durée des séjours continue de se réduire. Les progrès de la médecine permettent donc bien de soigner plus vite et, à l'échelle d'un patient, à moindre coût — mais ils s'accompagnent d'une hausse des volumes de soins et de leur sophistication qui, globalement, tire les dépenses de santé vers le haut plutôt que vers le bas.
Ce qu'il faut retenir
Le panorama 2024 de la DREES confirme une transformation profonde et durable du paysage hospitalier français : des capacités en lits classiques qui diminuent, une activité ambulatoire et à domicile en forte croissance, des durées de séjour plus courtes rendues possibles par les progrès médicaux, mais dans le même temps un secteur qui continue d'absorber davantage de patients, d'emplois et de moyens financiers.
Réduire la durée des hospitalisations reste un levier d'efficacité individuelle réel, mais il ne suffit pas, à lui seul, à inverser la trajectoire haussière des dépenses de santé en France, qui représentent désormais 8,7 % du PIB.