Une progression qui se maintient au-dessus de l'inflation

Dans les entreprises de dix salariés ou plus du secteur privé (hors agriculture, particuliers employeurs et activités extraterritoriales), l'indice du salaire horaire de base des ouvriers et des employés (SHBOE) a progressé de 0,9 % au cours du 2e trimestre 2026, selon la note « Dares Indicateurs » n° 35 publiée le 6 août. Sur un an, il augmente de 2,1 % fin juin 2026, contre 1,7 % fin mars, signe d'une légère accélération.

L'indice du salaire mensuel de base (SMB), qui couvre l'ensemble des salariés, progresse un peu moins vite : +0,7 % sur le trimestre et +1,9 % sur un an, après +1,7 % au trimestre précédent.

Ces évolutions doivent être rapportées à la hausse des prix à la consommation, qui atteint 1,7 % entre juin 2025 et juin 2026 (hors tabac). En euros constants, c'est-à-dire une fois l'inflation neutralisée, le SHBOE et le SMB progressent donc respectivement de 0,3 % et de 0,2 % sur un an : un gain de pouvoir d'achat réel, mais modeste.

Des écarts sensibles selon les secteurs et les catégories

La hausse des salaires n'est pas homogène. Par secteur d'activité, le salaire mensuel de base progresse sur un an de 2,1 % dans l'industrie, de 1,9 % dans le tertiaire et de 1,8 % dans la construction. En euros constants, seule l'industrie enregistre un gain notable (+0,4 %), le tertiaire progresse plus modérément (+0,2 %) et la construction est stable.

Secteur

Variation T2 2026

Variation sur un an

En euros constants (1 an)

Industrie

+0,7 %

+2,1 %

+0,4 %

Construction

+0,5 %

+1,9 %

Stable

Tertiaire

+1,0 %

+1,9 %

+0,2 %

Ensemble

+0,7 %

+1,9 %

+0,2 %

Par catégorie socioprofessionnelle, les employés enregistrent la plus forte progression sur un an (+2,3 %), devant les ouvriers (+1,8 %), les cadres (+1,8 %) et les professions intermédiaires (+1,7 %). Une fois l'inflation déduite, seuls les employés voient leur pouvoir d'achat progresser sensiblement (+0,5 %), les professions intermédiaires stagnent et ouvriers comme cadres ne gagnent que +0,1 %.

Catégorie

Variation T2 2026

Variation sur un an

En euros constants (1 an)

Ouvriers

+0,8 %

+1,8 %

+0,1 %

Employés

+1,0 %

+2,3 %

+0,5 %

Professions intermédiaires

+0,5 %

+1,7 %

Stable

Cadres

+0,5 %

+1,8 %

+0,1 %

Champ : France hors Mayotte ; salariés du privé hors agriculture, particuliers employeurs et activités extraterritoriales. Source : Dares, enquête trimestrielle Acemo, résultats provisoires établis sur 11 500 questionnaires reçus au 30 juillet 2026. Résultats définitifs le 25 septembre 2026.

Focus Services à la personne : un secteur qui échappe aux statistiques officielles… et à la dynamique salariale

Précision méthodologique : l'enquête Acemo de la Dares, sur laquelle repose cette note, exclut explicitement les « particuliers employeurs » de son champ et ne publie aucune ventilation propre aux « services à la personne ». Il n'existe donc pas, dans ce document, de chiffre officiel isolé pour ce secteur. Pour l'approcher, on peut s'appuyer sur deux repères indirects tirés de la même note : le tertiaire, secteur d'activité auquel appartiennent la plupart des structures de services à la personne, et la catégorie des employés, à laquelle sont rattachées la majorité des aides à domicile, gardes d'enfants et agents d'entretien salariés d'une entreprise ou d'une association.

Sur ces deux repères, le signal est plutôt favorable : le tertiaire affiche la plus forte hausse trimestrielle (+1,0 %) et les employés cumulent à la fois la plus forte progression annuelle (+2,3 %) et le seul vrai gain de pouvoir d'achat parmi les catégories socioprofessionnelles (+0,5 % en euros constants). Mais ce résultat agrégé masque une réalité beaucoup plus contrastée dès qu'on descend au niveau des branches propres aux services à la personne, qui se répartissent en deux régimes bien distincts : l'emploi « prestataire », via une entreprise ou une association, et l'emploi direct par un particulier employeur.

Dans les entreprises et associations prestataires : des minima rattrapés par le Smic

La convention collective nationale des entreprises de services à la personne (IDCC 3127) fixe une grille de salaires minima horaires qui n'a pas été revalorisée depuis juillet 2024 :

Niveau / emploi-repère

Salaire minimum horaire brut

Niveau I — agent d'entretien, petit bricolage, jardinage

11,68 €

Niveau II — assistant(e) de vie, garde d'enfants

11,77 €

Niveau III — assistant(e) de vie, garde d'enfants

11,85 €

Niveau IV — assistant(e) de vie, garde d'enfants qualifié(e)

12,11 €

Or, au 1er janvier 2026, le Smic horaire brut est passé à 12,02 €. Les minima des niveaux I, II et III se retrouvent donc mécaniquement inférieurs au salaire minimum légal : dans les faits, c'est le Smic qui s'applique pour la grande majorité des postes de ce secteur, en l'attente d'un nouvel avenant salarial. Seul le niveau IV, réservé aux salariés qualifiés, reste (de peu) au-dessus. Concrètement, la quasi-totalité des aides à domicile et gardes d'enfants employées par une structure prestataire sont aujourd'hui rémunérées au niveau du Smic, sans marge de progression conventionnelle.

Chez les particuliers employeurs : une revalorisation qui devance le Smic

La situation est différente pour les 1,2 million de salariés employés directement par les 3,4 millions de particuliers employeurs (emploi à domicile via le Cesu). La Fepem (Fédération des particuliers employeurs de France) a annoncé le 20 février 2026 une 10e revalorisation salariale en cinq ans depuis l'entrée en vigueur de la convention collective unifiée de la branche en 2022.

Cette revalorisation porte les salaires minima conventionnels à la hausse de 3 % en moyenne, à laquelle s'ajoute un maintien de la majoration de 4 % pour les salariés certifiés (par exemple les assistants maternels titulaires du certificat AM-AP, dont le taux horaire passe ainsi de 4,20 € à 4,37 € brut). Cette hausse de 3 % dépasse nettement celle du Smic au 1er janvier 2026, qui n'a progressé que de 1,18 %. C'est l'un des rares cas, cette année, où une branche des services à la personne devance à la fois le Smic et l'inflation.

Un accord complémentaire, négocié avec la CFDT, prévoit une nouvelle revalorisation de l'ensemble des niveaux de salaires au 1er juin 2026, dans l'attente de la publication du décret d'extension correspondant.

Un secteur qui reste structurellement sous-rémunéré

Ces revalorisations, réelles, ne suffisent pas à effacer l'écart de rémunération qui caractérise le secteur dans son ensemble. Il emploie plus d'un million de salariés (4,6 % de l'emploi total en France), auprès de 4 millions de foyers, et affiche un salaire net médian estimé à environ 1 450 € par mois en 2024, soit près de 20 % de moins que le salaire médian national. Le secteur est composé à plus de 90 % de femmes, et beaucoup de salariés doivent cumuler plusieurs employeurs ou statuts (prestataire, mandataire, emploi direct) pour atteindre un temps plein et un revenu décent.

Avec des besoins de recrutement estimés à 600 000 postes d'ici 2035 pour répondre au vieillissement de la population et aux besoins de garde d'enfants, l'attractivité salariale du secteur et sa capacité à dépasser durablement le Smic plutôt que de s'y aligner par défaut reste l'un des principaux défis des services à la personne pour les années à venir.

Sources : Dares Indicateurs n° 35, « Évolution des salaires de base dans le secteur privé, Résultats provisoires du 2e trimestre 2026 », 6 août 2026 ; Fepem, communiqué du 20 février 2026 sur la 10e revalorisation salariale de la branche des particuliers employeurs ; CFDT Services, communiqué sur la revalorisation au 1er juin 2026 ; Juritravail, grille de salaires de la CCN des entreprises de services à la personne (IDCC 3127) ; Aladom, « Les services à la personne, pilier de l'économie française face au défi de la transparence des salaires ».