Un vaccin pour traiter le cancer ? L'idée peut sembler surprenante. Pourtant, plusieurs équipes de recherche développent aujourd'hui des vaccins capables d'aider le système immunitaire à reconnaître et combattre les cellules cancéreuses.
Contrairement aux vaccins contre le papillomavirus (HPV) ou l'hépatite B, qui permettent de prévenir certaines infections susceptibles de provoquer des cancers, ces nouveaux traitements sont essentiellement des vaccins thérapeutiques : ils sont administrés à des patients déjà atteints d'un cancer.
UCPVax : des résultats encourageants pour le vaccin développé à Besançon
En France, l'un des projets les plus suivis est UCPVax, développé par des chercheurs de Besançon. Son principe consiste à cibler la télomérase, une enzyme particulièrement active dans de nombreuses cellules cancéreuses, afin de déclencher une réponse du système immunitaire contre la tumeur.
Un premier essai clinique de phase I/II, mené auprès de patients atteints d'un cancer du poumon non à petites cellules métastatique, visait notamment à évaluer la sécurité et la capacité du vaccin à provoquer une réponse immunitaire.
Les résultats présentés en octobre 2026 sont encourageants. Selon RMC, les chercheurs ont notamment observé une réponse immunitaire chez une part importante des patients vaccinés et une association entre cette réponse et une meilleure évolution de la maladie.
Une étape importante, mais qui appelle à la prudence : UCPVax reste un traitement expérimental. Les essais doivent permettre de confirmer son efficacité, de déterminer quels patients peuvent réellement en bénéficier et comment l'intégrer aux traitements existants.
Des vaccins personnalisés conçus à partir de chaque tumeur
Une autre piste consiste à fabriquer un vaccin spécifiquement adapté au cancer de chaque patient. Pour cela, les chercheurs analysent les caractéristiques moléculaires de la tumeur afin d'identifier des mutations capables de servir de cibles au système immunitaire. Un vaccin peut ensuite être fabriqué pour apprendre aux lymphocytes à reconnaître ces « néoantigènes ».
Les technologies à ARN messager, largement connues depuis la pandémie de Covid-19, font partie des pistes les plus avancées.
Comme l'explique Vidal, des résultats encourageants ont notamment été obtenus dans le mélanome avec un vaccin personnalisé associé à une immunothérapie. Des recherches sont également menées contre des cancers du pancréas, du rein, du poumon ou de la vessie.
L'objectif n'est toutefois pas de remplacer la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie ou l'immunothérapie. Ces vaccins pourraient plutôt compléter les traitements existants, notamment après une opération lorsqu'il reste très peu de cellules cancéreuses.
L'intelligence artificielle accélère aussi la lutte contre le cancer
Pendant que les vaccins progressent, une autre révolution se joue dans les laboratoires et les services d'oncologie : celle de l'intelligence artificielle. Ses applications sont multiples. L'IA peut aider à analyser des images médicales, repérer certaines anomalies, étudier les caractéristiques moléculaires d'une tumeur ou encore faciliter la sélection de traitements adaptés.
À Gustave Roussy, plusieurs logiciels sont déjà utilisés pour assister les médecins dans l'analyse des mammographies et des examens d'imagerie. D'autres projets cherchent à identifier les lésions précancéreuses susceptibles d'évoluer vers un cancer.
En avril 2026, l'institut a notamment présenté DuOnco Unity, développé avec Guerbet, Intrasense et le CHU d'Angers. Cet outil d'IA est capable d'identifier automatiquement en trois dimensions les tumeurs et métastases visibles sur un scanner du thorax, de l'abdomen et du pelvis. Son entraînement a nécessité l'annotation de près de 287 000 lésions.
L'intérêt de DuOnco Unity réside notamment dans sa capacité à analyser la charge tumorale globale. Dans le suivi traditionnel, les médecins mesurent généralement quelques lésions considérées comme représentatives de la maladie. Mais certains patients peuvent présenter des dizaines, voire des centaines de lésions.
L'IA permet de changer d'échelle.
Selon Gustave Roussy, DuOnco Unity peut réaliser son analyse en 3 à 15 minutes et prendre en compte l'ensemble des lésions visibles dans les régions examinées. Les médecins pourraient ainsi disposer d'une représentation plus complète de l'évolution du cancer et de la réponse au traitement.
L'outil reste cependant en cours de validation et attend son marquage CE. Il est actuellement utilisé comme prototype dans deux études cliniques. Surtout, l'objectif n'est pas de remplacer le radiologue : le médecin reste indispensable pour vérifier et interpréter les résultats produits par l'algorithme.
Vaccins et IA : vers des traitements toujours plus personnalisés ?
Ces deux domaines commencent également à se rejoindre. Pour fabriquer certains vaccins thérapeutiques personnalisés, il faut analyser une quantité considérable de données génétiques afin d'identifier les caractéristiques de la tumeur les plus pertinentes à cibler. Les outils informatiques et l'intelligence artificielle peuvent participer à cette sélection.
Pour les patients, ces progrès nourrissent un espoir réel : détecter plus précisément la maladie et proposer des traitements davantage adaptés aux caractéristiques de chaque cancer. Mais les chercheurs appellent à ne pas brûler les étapes. Beaucoup de vaccins thérapeutiques sont encore évalués dans des essais cliniques et certaines applications de l'IA restent expérimentales.
Il n'existe donc pas encore un vaccin capable d'éliminer tous les cancers ni une intelligence artificielle capable de les diagnostiquer ou de les guérir seule. Mais, ensemble, ces technologies pourraient contribuer à une oncologie plus précoce, plus précise et surtout de plus en plus personnalisée.