L'essentiel en chiffres
| Indicateur (France, 2025) | Résultat | Moyenne OCDE |
|---|
| Sciences | 483 points (28e) | 482 points |
| Mathématiques | 458 points (34e) | 463 points |
| Compréhension de l'écrit | 456 points (29e) | 461 points |
| Écart élèves favorisés / défavorisés (sciences) | 100 points | 85 points |
| Élèves en difficulté en mathématiques | 36 % | — |
| Élèves très performants en mathématiques | 5 % | 7 à 8 % |
| Parents demandant chaque semaine « comment était l'école ? » | 63 % (74 % en 2022) | — |
Échantillon : 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays et économies, dont 6 501 élèves français répartis dans 289 établissements.
Une baisse qui n'a plus rien d'accidentel
Il y a trois ans, pour les résultats PISA 2022, l'OCDE qualifiait la chute des résultats de « sans précédent » et l'attribuait largement au choc du Covid-19. L'édition 2025 rend cette explication insuffisante : la baisse continue, au même rythme, alors que les fermetures de classes appartiennent désormais à un passé lointain pour des élèves qui avaient 8 ou 9 ans en 2020.
En trois ans, la France perd 4 points en sciences, 16 points en mathématiques et 18 points en compréhension de l'écrit. Sur dix ans, le recul atteint respectivement 12, 38 et 44 points. Pour donner un ordre de grandeur, l'OCDE estime qu'une vingtaine de points équivaut à peu près à une année d'apprentissage : la France accuse donc près de deux ans de retard en mathématiques et deux ans et demi en compréhension de l'écrit par rapport à sa cohorte de 2015. Le pays se situe aujourd'hui à son niveau le plus bas jamais mesuré depuis sa première participation, en 2001.
Et pourtant, la France reste dans la moyenne de l'OCDE. Ce paradoxe apparent tient à un fait central de cette édition : le décrochage est mondial. L'Allemagne, la Finlande, Hong Kong, Singapour (des systèmes régulièrement cités en modèle) voient eux aussi leurs performances se dégrader. Entre 2015 et 2025, la moyenne OCDE perd 7 points en sciences, 22 en mathématiques et 28 en compréhension de l'écrit, et les trois quarts des systèmes éducatifs enregistrent une chute en lecture entre 2018 et 2025. Se maintenir « dans la moyenne » revient donc à descendre avec tout le monde.
Premier écart : le fossé social, toujours parmi les plus larges de l'OCDE
C'est la donnée la plus dure de cette édition pour la France. L'écart de performance entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés atteint 100 points en sciences, contre 85 points en moyenne dans l'OCDE. Il est de l'ordre de 95 points en mathématiques et de 91 points en compréhension de l'écrit. Traduit en années d'apprentissage, cela représente environ quatre à cinq ans d'écart entre deux élèves du même âge, assis dans le même système scolaire.
Autre chiffre révélateur : seuls 11 % des élèves défavorisés atteignent un niveau de performance élevé. La « résilience scolaire », cette capacité d'un système à faire réussir des élèves malgré un milieu d'origine peu porteur, reste le point faible historique de l'école française, et PISA le confirme cycle après cycle depuis vingt ans.
Le paradoxe de 2025 : les écarts se resserrent, mais par le haut
Voici le résultat le plus contre-intuitif de cette édition, et celui qui mérite le plus d'attention. Pour la première fois, les écarts sociaux se réduisent légèrement en France. Non pas parce que les élèves de milieux modestes progressent, mais parce que ce sont les élèves de milieux favorisés qui décrochent le plus fortement.
C'est un renversement complet de la lecture habituelle. Pendant vingt ans, le débat français a porté sur l'incapacité de l'école à faire progresser les élèves les plus fragiles. En 2025, l'alerte se déplace : le milieu social, longtemps le meilleur bouclier contre la baisse de niveau, protège moins bien qu'avant. Ce qui suggère que les causes du décrochage ne sont plus seulement scolaires ou économiques, mais liées à des transformations qui touchent tous les foyers : rapport à l'attention, aux écrans, au temps consacré au travail personnel.
Un écart qui se resserre n'est donc une bonne nouvelle que s'il se resserre vers le haut. Ce n'est pas le cas ici.
Deuxième écart : filles et garçons, deux trajectoires distinctes
Les différences de genre restent nettes et, sur un point, elles s'aggravent.
En compréhension de l'écrit, les filles devancent les garçons de plus de 30 points.
L'écart se creuse, et il se creuse pour une raison précise : les garçons échouent davantage sur les tâches exigeant une lecture longue, une mise en relation de plusieurs informations et une réflexion approfondie. Fait notable, la dégradation touche particulièrement les garçons de milieux favorisés, ce qui rejoint le constat précédent.
En mathématiques, la hiérarchie s'inverse.
Les garçons obtiennent 464 points contre 451 pour les filles, soit 13 points d'écart, stable depuis 2022. Cette stabilité ne doit pas rassurer : elle masque le fait que les deux groupes baissent, les filles de 18 points et les garçons de 15 points depuis 2022. L'écart tient donc parce que tout le monde recule ensemble.
Troisième écart : entre le tiers en difficulté et une élite qui rétrécit
La distribution des résultats français se déforme par les deux bouts, et pas dans le bon sens.
Du côté des élèves en difficulté, la progression est franche : 36 % des élèves français sont désormais faiblement performants en mathématiques, contre 29 % en 2022. En sciences, ils sont 26 %, « un record depuis la création de PISA ». En compréhension de l'écrit, un tiers des élèves n'atteint pas le seuil de compétence de base. Concrètement, un élève sur trois quitte le collège sans maîtriser les outils de lecture et de calcul nécessaires pour suivre une scolarité ordinaire.
Du côté des meilleurs, l'érosion est tout aussi préoccupante et beaucoup moins commentée. Les élèves très performants ne représentent plus que 7 % en sciences, 5 % en mathématiques et 5 % en compréhension de l'écrit, un niveau inférieur à la moyenne de l'OCDE dans deux matières sur trois. La France ne perd donc pas seulement son socle, elle perd aussi son sommet.
Quatrième écart : entre les établissements
PISA ne mesure pas seulement les élèves, elle interroge aussi les chefs d'établissement, les enseignants et les parents volontaires. Les réponses françaises dessinent des conditions d'apprentissage très inégales d'un établissement à l'autre.
Le climat de classe est le point le plus critique : 47 % des élèves français déclarent que le bruit et le désordre perturbent la plupart ou la totalité des cours de sciences, contre 31 % en moyenne dans l'OCDE, et 23 % disent ne pas pouvoir travailler correctement en raison de problèmes de discipline. À cela s'ajoutent des contraintes matérielles et humaines : 45 % des élèves français fréquentent un établissement déclarant une pénurie d'enseignants (39 % dans l'OCDE), 25 % signalent des locaux inadaptés et 20 % un manque de matériel pédagogique.
La relation pédagogique est également en retrait : seuls 54 % des élèves français estiment que leur professeur s'intéresse à leurs apprentissages, contre 69 % en moyenne dans l'OCDE. L'OCDE rattache ce décalage à des programmes chargés et à un temps de différenciation limité, plus qu'à un déficit d'engagement des enseignants.
Cinquième écart : entre ce que les élèves pensent et ce qu'ils obtiennent
Le portrait-robot de l'élève français de 15 ans est celui d'un jeune plutôt bien disposé mais dont les attitudes ne se traduisent pas en résultats.
Côté positif, 81 % des élèves français croient que l'intelligence se développe par le travail et l'effort, contre 69 % en moyenne dans l'OCDE. Or les élèves dotés de cet « état d'esprit de développement » obtiennent en moyenne 31 points de plus en sciences. Ils sont également 75 % à se dire curieux (73 % dans l'OCDE), une attitude associée à 14 points de performance supplémentaires, et 71 % déclarent aimer travailler sur des sujets scientifiques — contre 55 % seulement dans l'OCDE.
Côté fragilités, les leviers manquent :
- 54 % seulement disent fournir davantage d'efforts quand le travail devient difficile (60 % dans l'OCDE) ;
- 33 % planifient souvent leur manière d'étudier (37 % dans l'OCDE) ;
- 71 % se tournent vers leurs enseignants et 78 % vers leurs camarades en cas d'incompréhension (77 % et 82 % dans l'OCDE) ;
- 26 % estiment que l'école a été une perte de temps (24 % dans l'OCDE).
L'écart entre l'appétence et la méthode est ici l'enseignement central : les élèves français ne manquent ni de confiance en leur capacité à progresser, ni d'intérêt pour les savoirs. Ils manquent d'outils d'organisation et d'un réflexe de demande d'aide. Ces deux compétences ne s'acquièrent pas spontanément — elles s'enseignent et s'accompagnent.
Le facteur qui a le plus bougé : le soutien familial
C'est peut-être le chiffre le plus frappant de l'édition 2025, et l'OCDE parle d'une chute « colossale », observée partout dans le monde mais particulièrement visible en France.
En 2025, 63 % des élèves français déclarent que leurs parents leur demandent au moins une fois par semaine ce qu'ils ont fait à l'école, contre 74 % en 2022. Et 34 % seulement disent avoir chaque semaine une discussion avec eux sur les difficultés rencontrées à l'école, contre 48 % trois ans plus tôt, soit une baisse de 14 points en trois ans.
Or l'effet mesuré est significatif : une hausse d'une unité de l'indice de soutien familial est associée à 5 à 7 points de performance supplémentaires en sciences. Autrement dit, une conversation hebdomadaire régulière sur la scolarité pèse autant, statistiquement, qu'une partie des dispositifs pédagogiques dont on débat depuis des années.
Ce constat déplace le regard. La question n'est plus seulement « que fait l'école ? », mais aussi « que se passe-t-il autour de l'école ? », dans des foyers où la disponibilité parentale s'est réduite, où les rythmes se sont fragmentés, et où l'accompagnement quotidien du travail scolaire est devenu, pour beaucoup de familles, une charge difficile à tenir.
Les parents qui sont moins disponibles peuvent faire appel à des professionnels pour des cours particuliers à domicile.
Écrans et intelligence artificielle : ce que dit précisément PISA
Sur ce terrain, l'OCDE avance des résultats nuancés qu'il vaut la peine de citer avec précision, tant ils sont souvent déformés.
Distraction numérique en classe. Les élèves qui signalent des distractions numériques pendant les cours de sciences obtiennent 24 points de moins. Les pays ayant encadré ou interdit le téléphone en classe y trouvent un argument — à condition, précise l'OCDE, que les règles de l'établissement soient claires et connues.
Écrans de loisir. Jusqu'à une heure par jour, l'effet est légèrement positif. Au-delà, les performances baissent nettement et proportionnellement au temps passé.
Usage pédagogique du numérique. Les performances augmentent jusqu'à une heure quotidienne, stagnent entre une et cinq heures, puis baissent au-delà de cinq heures « en raison des distractions générées ». Une observation qui invite à la prudence les établissements et collectivités ayant massivement basculé vers les manuels numériques.
Intelligence artificielle. L'usage n'est bénéfique que dans un cas de figure : quand l'IA aide l'élève à comprendre, et à condition de ne pas être quotidien. En revanche, les élèves qui déclarent utiliser l'IA pour résumer un texte, faire des recherches ou rédiger un devoir voient leurs performances reculer dès la première utilisation.
L'OCDE relie ces observations à un phénomène mesuré directement dans les copies : la part de « lecteurs pressés » (ces élèves qui expédient la lecture d'un texte pour livrer des réponses hâtives et erronées) a quasiment doublé. À l'heure où il devient indispensable de « savoir évaluer une information, établir des liens entre plusieurs sources et exercer son esprit critique sur ce que nous lisons », la tendance est difficile à ignorer.
Ce qu'il faut retenir
PISA 2025 n'est pas un classement à commenter, c'est un jeu d'écarts à lire.
- La baisse est réelle et durable, et elle n'est plus imputable au Covid seul.
- L'écart social reste l'un des plus larges de l'OCDE (100 points contre 85), et il ne se resserre que parce que les élèves favorisés décrochent à leur tour.
- Les écarts de genre persistent, avec une aggravation nette en lecture au détriment des garçons.
- Le tiers d'élèves en difficulté progresse pendant que l'élite se réduit : la distribution se dégrade par les deux extrémités.
- Les conditions d'apprentissage sont très inégales d'un établissement à l'autre, le climat de classe étant le point noir français.
- Le soutien familial s'effondre, alors même qu'il figure parmi les facteurs les plus fortement corrélés à la réussite.
Ce dernier point est sans doute le plus actionnable. Les élèves français croient en leur capacité à progresser et disent aimer apprendre ; ce qui leur manque, ce sont la méthode, la régularité et un adulte disponible pour reprendre avec eux ce qui n'a pas été compris. Améliorer un système scolaire prend une décennie. Rétablir un temps d'échange hebdomadaire sur la scolarité, aider un adolescent à planifier son travail, ou lui donner un interlocuteur à qui poser ses questions sans crainte du jugement : ces leviers-là sont à portée de main, et PISA vient d'en chiffrer l'effet.