Chaque hiver, la grippe saisonnière provoque plusieurs milliers d'hospitalisations et de décès, en particulier chez les personnes âgées, immunodéprimées ou souffrant de maladies chroniques. Pour limiter ces risques, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié, le 20 juillet 2026, un avis important : elle recommande d'instaurer une obligation vaccinale contre la grippe pour certains professionnels de santé.
Cette recommandation concerne notamment les soignants travaillant dans les établissements accueillant des personnes vulnérables, mais pourrait également avoir des conséquences pour les professionnels intervenant à domicile. Si cette mesure n'est pas encore une obligation légale, elle constitue une étape importante dans la réflexion des pouvoirs publics.
Pourquoi la HAS souhaite-t-elle rendre cette vaccination obligatoire ?
Dans son avis, la HAS rappelle que les professionnels de santé peuvent transmettre le virus de la grippe avant même de présenter des symptômes, voire sans en développer. Les patients les plus fragiles sont alors exposés à un risque accru de complications graves. Selon la HAS, la vaccination des soignants poursuit un double objectif :
- protéger les professionnels eux-mêmes ;
- réduire la transmission du virus aux patients les plus vulnérables.
L'autorité sanitaire souligne également que les campagnes de vaccination reposant uniquement sur le volontariat atteignent difficilement des niveaux de couverture suffisants. Malgré les recommandations répétées depuis plusieurs années, la vaccination des soignants reste très inégale selon les professions et les établissements. Dans ce contexte, la HAS estime que l'obligation vaccinale représente aujourd'hui le moyen le plus efficace de protéger les personnes à risque. La recommandation cible principalement les professionnels exerçant au contact direct de personnes particulièrement vulnérables :
- les personnels des EHPAD ;
- les soignants hospitaliers ;
- les professionnels des établissements médico-sociaux ;
- les professionnels de santé libéraux intervenant auprès de publics fragiles.
Les auxiliaires de vie, aides-soignants à domicile et autres intervenants accompagnant quotidiennement des personnes âgées ou dépendantes pourraient donc être directement concernés si le Gouvernement décidait de suivre cet avis.
Les métiers de l'accompagnement occupent déjà une place essentielle dans la prévention des risques sanitaires. Les professionnels exerçant comme aides-soignants ou dans les services d'aide à domicile interviennent souvent auprès de personnes particulièrement exposées aux complications de la grippe.
Une recommandation, pas encore une obligation
Il est important de distinguer l'avis de la HAS de la loi. La Haute Autorité de santé n'a pas le pouvoir de rendre une vaccination obligatoire. Son rôle consiste à évaluer les données scientifiques disponibles et à formuler des recommandations aux pouvoirs publics. La décision finale appartient désormais au Gouvernement et au Parlement, qui devront déterminer :
- si cette obligation sera effectivement instaurée ;
- quels professionnels seront concernés ;
- selon quelles modalités elle sera mise en œuvre.
Chez une personne en bonne santé, la grippe est souvent perçue comme une maladie hivernale bénigne. Chez les seniors ou les personnes fragiles, les conséquences peuvent être beaucoup plus graves. La grippe peut entraîner :
- une aggravation des maladies chroniques ;
- des complications respiratoires sévères ;
- une perte d'autonomie durable ;
- une hospitalisation ;
- voire un décès.
C'est pourquoi la vaccination des personnes âgées est déjà fortement recommandée chaque année. Limiter les risques de transmission passe également par les professionnels qui les accompagnent quotidiennement, que ce soit en établissement ou à domicile.
Cette réflexion s'inscrit dans une démarche plus globale d'amélioration de la qualité des soins. La HAS publie régulièrement des recommandations concernant l'accompagnement des personnes vulnérables, comme elle l'avait déjà fait pour le répit des aidants.
Une question qui dépasse la seule vaccination
L'avis de la HAS relance un débat déjà connu depuis la pandémie de Covid-19 : jusqu'où peut aller l'obligation vaccinale pour les professionnels de santé ? Pour les partisans de cette mesure, le principe est simple : exercer auprès de personnes vulnérables implique une responsabilité particulière. La vaccination constitue alors un moyen supplémentaire de protéger les patients.
Le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), interrogé par Franceinfo, estime ainsi que cette recommandation va dans le sens de la sécurité des soins. À l'inverse, certains professionnels ou organisations syndicales rappellent que la vaccination relève aussi de la liberté individuelle et qu'une obligation pourrait susciter des tensions dans un secteur déjà confronté à des difficultés de recrutement.
Le défi consiste donc à trouver un équilibre entre protection collective, acceptabilité de la mesure et attractivité des métiers du soin.
Les professionnels du domicile également concernés
La question est particulièrement importante pour les services à la personne. Contrairement aux établissements de santé, les interventions à domicile se déroulent dans l'intimité des bénéficiaires, souvent âgés ou atteints de pathologies chroniques. Les contacts sont fréquents, rapprochés et répétés.
Une meilleure couverture vaccinale des professionnels pourrait ainsi contribuer à limiter la circulation du virus auprès de personnes particulièrement exposées.
Cette problématique avait déjà été évoquée par Aladom dans un précédent article consacré aux réflexions autour de la vaccination en EHPAD, où les enjeux de protection des résidents et des professionnels étaient déjà au cœur des discussions.
Une décision attendue dans les prochains mois
L'avis publié par la HAS constitue une étape importante, mais le processus n'est pas terminé. Le Gouvernement devra désormais décider s'il souhaite traduire cette recommandation dans la réglementation. Si tel est le cas, les modalités précises de cette éventuelle obligation devront encore être définies.
Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et la nécessité de mieux protéger les personnes les plus fragiles, cette recommandation pourrait toutefois marquer un tournant dans la politique vaccinale française.
Plus largement, elle rappelle que la prévention fait pleinement partie des missions des professionnels de santé, au même titre que les soins ou l'accompagnement quotidien des patients