Une hausse des salaires après deux années de baisse
En 2024, le salaire net moyen dans la fonction publique hospitalière est de 2 896 euros par mois en équivalent temps plein, une progression de 2,7 %, selon les données de l’Insee et de la DREES. Une fois l’inflation prise en compte, la hausse réelle atteint 0,7 %.
Ce rebond reste modeste, mais il marque une rupture après deux années de recul du pouvoir d’achat. Selon l’Insee, cette évolution s’explique principalement par plusieurs mesures générales appliquées à l’ensemble de la fonction publique :
- la revalorisation du point d’indice de 1,5 % ;
- l’ajout de cinq points d’indice majoré au 1er janvier 2024 ;
- certaines primes exceptionnelles, notamment liées aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Le salaire net moyen atteint désormais :
- 2 691 euros nets pour les fonctionnaires ;
- 2 192 euros pour les non-fonctionnaires ;
- 6 926 euros pour les personnels médicaux.
Derrière cette moyenne globale, les situations restent très contrastées selon les professions et les statuts. Les personnels médicaux conservent les rémunérations les plus élevées, avec un salaire net moyen supérieur à 6 900 euros mensuels. Pourtant, leur rémunération baisse légèrement en euros constants en 2024.
L’Insee explique ce phénomène par un « effet de noria » : les praticiens partant à la retraite, souvent mieux rémunérés, sont remplacés par des générations plus jeunes dont les salaires sont inférieurs. Du côté des soignants non médicaux, les écarts restent également marqués. Les infirmiers, aides-soignants et personnels des services de soins voient leurs rémunérations progresser plus rapidement que d’autres catégories. Les personnels des services de soins enregistrent ainsi une hausse moyenne de 1,3 % en euros constants.
Cette progression s’inscrit dans la continuité des revalorisations engagées depuis le Ségur de la santé. Nous revenions d’ailleurs récemment sur la réforme du métier infirmier, qui illustre l’évolution profonde des professions de santé et les enjeux d’attractivité auxquels le secteur fait face.
Des inégalités salariales encore fortes
L’étude met également en lumière des disparités salariales persistantes. En 2024, la moitié des agents hospitaliers gagnent moins de 2 474 euros nets par mois. Les 10 % les moins rémunérés perçoivent moins de 1 891 euros, tandis que les 10 % les mieux payés dépassent 4 014 euros nets mensuels.
Les écarts entre femmes et hommes restent particulièrement importants dans la fonction publique hospitalière. Les femmes, qui représentent près de 79 % des effectifs, perçoivent en moyenne un salaire inférieur de 19,1 % à celui des hommes. Même à profil identique, un écart de rémunération de 4,7 % subsiste encore.
Ces différences s’expliquent notamment par une sous-représentation des femmes dans les postes les mieux rémunérés.
L’hôpital public toujours sous tension
Si les salaires repartent légèrement à la hausse, cela ne suffit pas à effacer les difficultés structurelles du secteur hospitalier. Depuis plusieurs années, les établissements publics font face à des tensions de recrutement importantes, notamment parmi les infirmiers et les aides-soignants.
Les conditions de travail, la pénibilité des métiers, les horaires décalés ou encore le manque de personnel restent régulièrement pointés par les syndicats et les professionnels. Dans ce contexte, les questions salariales deviennent un enjeu central pour l’attractivité du secteur. La CGT Fonction publique estime notamment que les mesures actuelles restent insuffisantes face à l’inflation et aux besoins du terrain.
Cette situation pousse aussi certains professionnels à se tourner vers l’intérim, le secteur privé ou l’exercice libéral, souvent perçus comme plus flexibles ou mieux rémunérés. Une dynamique qui fragilise encore davantage certains hôpitaux publics déjà confrontés à des pénuries de personnel.
Les infirmiers toujours au cœur des enjeux
Parmi les professions les plus concernées par ces problématiques figurent les infirmiers. Ces dernières années, leur rôle s’est considérablement élargi, notamment avec le vieillissement de la population, le développement des soins à domicile et les difficultés d’accès aux médecins dans certains territoires.
Pourtant, les rémunérations restent souvent jugées insuffisantes au regard des responsabilités exercées. Aujourd’hui, le salaire d’un infirmier hospitalier varie fortement selon l’ancienneté, le grade ou les primes perçues. Les débuts de carrière restent particulièrement sensibles dans un contexte où les établissements peinent encore à fidéliser certains profils.
Cette tension se ressent aussi sur le marché de l’emploi, avec une forte demande dans de nombreux territoires. Les offres d’emploi infirmier restent particulièrement nombreuses, aussi bien dans les établissements hospitaliers que dans les structures médico-sociales.
Derrière les statistiques, beaucoup de soignants décrivent un sentiment de décalage persistant entre leurs responsabilités et leur rémunération. Travail de nuit, week-ends, surcharge des services, pénibilité physique et émotionnelle : malgré les revalorisations engagées depuis le Ségur de la santé, une partie du personnel hospitalier estime que les efforts consentis ne compensent pas pleinement les conditions de travail actuelles.
Dans plusieurs établissements, les difficultés de recrutement alimentent aussi un cercle vicieux : moins de personnel disponible signifie davantage de pression sur les équipes déjà en poste.
Une hausse réelle… mais encore fragile
Le principal enseignement de cette étude reste donc contrasté. Oui, les salaires de la fonction publique hospitalière augmentent de nouveau en 2024. Oui, l’inflation ralentit, permettant un léger gain de pouvoir d’achat. Mais dans le même temps, les écarts de rémunération persistent, les difficultés de recrutement restent fortes et les attentes des professionnels demeurent importantes.
L’Insee rappelle d’ailleurs que les agents présents toute l’année chez le même employeur ont bénéficié d’une progression moyenne de 1,4 % en euros constants, principalement grâce aux effets de carrière et aux mesures de revalorisation. Autrement dit, les hausses existent, mais elles restent encore insuffisantes pour répondre pleinement à la crise d’attractivité que traverse l’hôpital public.
Et dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation des besoins de soins, cette question pourrait devenir l’un des grands défis du système de santé français dans les années à venir. Le paradoxe est là : malgré les revalorisations successives, l’hôpital public continue de perdre en attractivité. Comme si la question salariale, bien qu’essentielle, ne suffisait plus à elle seule à résoudre la crise du système hospitalier.