Une nouvelle méthode : "L'exposition observée"
Contrairement aux études précédentes qui se contentaient d'estimer ce que l'IA pourrait faire (exposition théorique), Anthropic a créé une mesure d'exposition observée. Ils ont croisé les capacités théoriques de l'IA avec les données d'utilisation réelle (via leur "Anthropic Economic Index").
Le constat est clair : il existe un fossé entre ce que l'IA peut faire sur le papier et ce qu'elle fait réellement en entreprise. Par exemple, si l'IA est théoriquement capable de réaliser 94 % des tâches informatiques, elle n'en couvre actuellement que 33 % en pratique.
Les métiers "hors de portée" : Le rempart de l'humain
L'étude confirme une excellente nouvelle pour les secteurs du soin et des services : 30 % des travailleurs n'ont aucune exposition à l'IA.
Les métiers basés sur l'interaction physique, l'empathie et les soins de santé de proximité (Personal Care, Healthcare Support) sont les plus protégés. L'étude cite également d'autres professions totalement préservées comme :
- Les cuisiniers et serveurs.
- Les mécaniciens.
- Les agents de sécurité et maîtres-nageurs.
- Les professions juridiques de terrain (comme représenter un client au tribunal).
Ces métiers exigent une présence physique ou une manipulation d'objets complexes dans le monde réel, des capacités que les LLM n'ont tout simplement pas.
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Qui sont les plus exposés ?
À l'autre bout du spectre, les professions les plus impactées sont celles qui traitent l'information de manière numérique :
- Programmeurs informatiques (75 % de couverture des tâches).
- Représentants du service client (69 %).
- Saisies de données et analystes financiers.
Les données montrent que les travailleurs les plus exposés sont généralement plus éduqués, plus âgés, plus souvent des femmes, et mieux rémunérés que la moyenne.
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Quel impact sur le chômage ?
C'est la conclusion la plus surprenante de l'étude : malgré une adoption rapide de l'IA, Anthropic ne trouve aucune preuve systématique d'une hausse du chômage dans les professions exposées depuis fin 2022.
Cependant, un signal d'alerte apparaît pour la jeune génération : le taux de recrutement des travailleurs de 22 à 25 ans a baissé d'environ 14 % dans les métiers très exposés à l'IA. Il semblerait que l'IA ne pousse pas encore les seniors vers la sortie, mais qu'elle commence à "aspirer" les postes de débutants. Le nombre de demandeurs d'emploi a diminué en France au premier trimstre 2026 : il y a 6 460 400 demandeurs d'emploi inscrits à France Travail.
Vers une économie à deux vitesses ?
L'étude d'Anthropic suggère que nous ne nous dirigeons pas vers un remplacement massif, mais vers une transformation. Les métiers de l'informatique et du bureau doivent apprendre à collaborer avec l'IA (augmentation), tandis que les métiers du "care" et des services physiques s'affirment comme le sanctuaire de l'irremplaçabilité humaine.
En résumé : si votre métier demande d'utiliser vos mains ou votre cœur pour interagir avec autrui, l'IA reste, pour l'instant, une spectatrice lointaine.