Un renoncement aux soins devenu massif
Le chiffre est sans appel : 73 % des Français déclarent avoir renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années. C’est une progression fulgurante de 10 points par rapport à 2024 (63 %), ce qui représente environ 7 millions de citoyens supplémentaires touchés par cette précarité sanitaire.
Cette situation frappe encore plus durement la jeune génération, puisque 85 % des moins de 35 ans indiquent avoir déjà dû renoncer à se soigner.
Les délais d’attente : premier facteur de découragement
L'allongement des délais pour obtenir un rendez-vous est la cause principale de ce renoncement pour 59 % des sondés.
Le baromètre révèle une dégradation spectaculaire par rapport à 2019 :
- Médecin généraliste : 12 jours d'attente en moyenne, contre 4 jours en 2019.
- Dermatologue : plus de 4 mois et demi (19 semaines), contre 2 mois en 2019.
- Cardiologue : plus de 3 mois, alors qu'il suffisait d'un mois et demi il y a sept ans.
La barrière financière reste également un frein majeur, citée par 40 % des Français ayant renoncé à des soins.
Les urgences : le dernier refuge face aux défaillances de la ville
Faute d’alternatives en médecine de ville, les Français se tournent vers l'hôpital. Aujourd'hui, un Français sur deux (49 %) admet s'être déjà rendu aux urgences pour une situation qui ne relevait pas d'une urgence médicale.
Les raisons invoquées sont révélatrices des failles du système:
- 29 % par méconnaissance des alternatives ou car ils ne savaient pas à qui s'adresser.
- 27 % en raison de l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous rapide à proximité.
- 18 % suite au refus d'un médecin de ville de les prendre en charge sans rendez-vous.
Malgré ce flux constant, l'hôpital public démontre une résilience remarquable avec une hausse d'activité de +4,3 % en 2024 et près de +5 % en 2025. Il assure à lui seul 81 % des 21 millions de passages aux urgences annuels.
Le climat social autour de la santé est lourd. 90 % des Français se disent en colère face au manque de moyens alloués à l'hôpital public. Plus inquiétant encore, 73 % craignent de ne pas pouvoir accéder à des soins de qualité en cas de besoin urgent.
Pourtant, l'attachement aux soignants reste intact : 95 % des citoyens expriment leur reconnaissance envers les professionnels de santé qui maintiennent la qualité des soins malgré un contexte dégradé.
L'appel à un sursaut politique
Face à ce "risque démocratique", la FHF appelle à des réformes structurelles urgentes :
- Une loi de programmation en santé pour offrir une visibilité financière et sortir de la gestion à courte vue.
- Une loi de programmation sur le grand âge pour anticiper le choc démographique.
- Un investissement massif dans la psychiatrie et la santé des femmes, secteurs particulièrement fragilisés.
"Il y a urgence à agir", martèle Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF. Le déficit des hôpitaux publics, bien qu'en légère réduction, s'établit encore à 2,7 milliards d'euros en 2025, un niveau jugé difficilement soutenable pour garantir l'avenir du pilier de notre système de santé.