Une pénibilité "invisible" dans les services et les soins

Le passage du C3P au C2P fin 2017 a supprimé quatre critères essentiels : les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux.

Pour les personnels des établissements (maisons de retraite) ou du domicile, cette réforme a été particulièrement impactante :

  • La disparition des postures et charges : Les métiers de l'aide à domicile et du soin en établissement sont pourtant au cœur de ces risques (levage de patients, positions inconfortables).
  • Un critère de "visibilité" : L'étude souligne que les critères actuels favorisent les risques "visibles et imminents", souvent associés aux métiers masculins, au détriment des troubles musculosquelettiques issus d'exigences physiques routinières et répétitives, typiques des services à la personne.

Des écarts de genre flagrants

L'étude est sans appel : le dispositif actuel est bien plus adapté pour compenser les pénibilités masculines que féminines.

  • Un accès restreint pour les femmes : Seuls 1,5 % des emplois occupés par des femmes génèrent des points, contre 3,9 % pour les hommes.
  • L'effet "établissement féminisé" : Plus un établissement compte de femmes, plus la propension à acquérir des points diminue, même pour les hommes qui y travaillent. Dans les structures de services à la personne, très largement féminisées, cette tendance fragilise l'accès aux droits.
  • Exigences émotionnelles oubliées : Les critères du C2P ignorent les tensions liées au contact avec le public ou les exigences émotionnelles, pourtant omniprésentes dans l'accompagnement des seniors.

Le poids du secteur d'activité et de la taille de la structure

Le secteur du Tertiaire, dont dépendent les services à la personne, affiche un taux d'acquisition de points de seulement 2,0 %, loin derrière l'industrie (9,4 %).

De plus, la structure de l'employeur joue un rôle déterminant :

  • Petites vs Grandes structures : Le taux d'acquisition est nettement plus bas dans les petits établissements (souvent le cas des agences d'aide à domicile) que dans les grands.
  • Rôle des élus du personnel : La présence de représentants du personnel triple presque les chances d'obtenir des points (8 % contre 2 %). Les salariés du secteur médico-social travaillant dans des structures sans représentation syndicale sont donc doublement pénalisés.

Quels leviers pour les professionnels du soin ?

Actuellement, les deux principaux facteurs permettant d'acquérir des points dans le secteur des services et des soins sont le travail de nuit (1,3 % des emplois au total) et le travail en équipes successives alternantes (1,1 %).

Pourtant, le décalage entre l'exposition réelle et l'acquisition de points reste fort. L'étude suggère qu'un abaissement des seuils d'exposition ou la réintégration de certains critères "féminins" (comme les postures pénibles) permettrait de réduire la surexposition des hommes par rapport aux femmes, qui passerait d'un rapport de 3 à un rapport de 2.

Note sur les données : Ces analyses s'appuient sur le croisement des déclarations sociales (DSN) de 2023 et de l'enquête Sumer, qui évalue à 9 % la part réelle des emplois exposés à une forme de pénibilité réglementaire.