Un archipel de pratiques "baroques"
Malgré l'existence d'un cadre national, la Fédésap (Fédération française des services à la personne et de proximité) dénonce une application à géométrie variable des textes de loi. Ce qui devrait être une aide universelle devient une loterie territoriale.
Le constat est sévère sur plusieurs points névralgiques :
- Tarif socle (APA/PCH) : Son application est hétérogène, voire différée dans certains territoires, brisant le principe d'équité pour les bénéficiaires.
- Heures de lien social : La mise en œuvre de ces dispositifs essentiels reste aléatoire, recréant des inégalités de traitement pour nos aînés.
- CPOM et Dotation Qualité : Censés harmoniser l'offre, les Contrats Pluriannuels d'Objectifs et de Moyens sont déployés selon des modalités qualifiées de « baroques » par les acteurs du secteur.
- La tyrannie de la seconde : Les pratiques de télégestion divergent tellement qu'elles imposent parfois une facturation à la minute, voire à la seconde, transformant l'humain en variable comptable.
« La norme ne peut pas être une météo des plages : elle doit être tangible, lisible et équitable pour tous les acteurs. »— Frank Nataf, Président de la Fédésap.
La décentralisation au risque de la rupture d'égalité
Si la décentralisation est un pilier de l'organisation territoriale française, elle ne saurait justifier, selon la fédération, un non-respect de la loi ou une fragilisation économique des opérateurs. Actuellement, les services sont pris en étau : on leur demande d'être performants et attractifs tout en les forçant à naviguer dans un « maquis réglementaire mouvant ».
Cette situation engendre trois conséquences majeures :
- Complexité administrative accrue pour les structures.
- Tensions contractuelles chroniques avec les financeurs.
- Fragilisation économique des services qui ne peuvent plus anticiper leur gestion.
L'appel à un garant républicain
Face à ce qu'elle considère comme un « art territorial de la complexité », la Fédésap réclame une reprise en main par les autorités nationales. L'accès à un service de qualité doit rester un principe républicain et non une option locale soumise au bon vouloir des départements.
Les trois revendications de la Fédésap :
- Clarification : Définir des règles nationales strictes sur la télégestion et la facturation.
- Loyauté : Assurer une application homogène des dispositions nationales par les conseils départementaux.
- Régulation : Renforcer le rôle de l'État et de la CNSA comme arbitres de l'équité territoriale.
Le message est clair : la simplification ne doit pas être un vain mot placardé sur des décrets parisiens, mais une réalité vécue par ceux qui accompagnent chaque jour l'autonomie de nos concitoyens.