« Tout fout l'camp » chantait Piaf, c'est on ne peut plus vrai avec la politesse et l'éducation. Ringard ? Pas sûr. En 2011, un livre est paru sous le titre évocateur « Bonjour madame, merci monsieur » rédigé par Cécile Ernst, un professeur de lycée, agrégée de sciences économiques et sociales. Il ne s'agit pas d'un petit précis de bonnes manières désuètes à la façon de la baronne de Rothschild, mais d'une étude sur l'importance de l'éducation dans les relations entre les hommes. 

Au travers de son expérience de professeur au lycée et de ses recherches de sociologue, Cécile Ernst montre comment les incivilités du quotidien font écho à un monde qui semble ériger l'indifférence à l'autre et l'absence d'éducation en valeurs à la mode, voire même en nouvelle norme sociale. 

Seulement cette situation a un coût qui n'est pas négligeable pour la société, un coût humain et social. C'est la dégradation des rapports entre les gens par l'instauration de la loi du plus fort, et ce, dès le plus jeune âge. Pour Cécile Ernst, les bonnes manières ne sont pas inutiles, elles apprennent à vivre en collectivité en respectant les autres, le civisme somme toute. 

Dis bonjour au monsieur 

C'est sans doute ce qui a motivé le Ministère de l'Education pour son projet de cours à l'école primaire. En effet, le programme scolaire prévoit désormais de l'instruction morale. Ce n'est pas une révolution, à l'époque de l'instituteur très respecté des livres de Pagnol, les élèves avaient droit à des cours d'instruction civique. C'est juste un retour dans le passé. 

L'Etat a donc jugé que, faute d'avoir en classe des bambins bien éduqués par leurs parents, il lui revenait d'occuper la place. La circulaire du ministre remonte à août 2011, mais ce qui est nouveau, c'est l'édition prochaine d'un support pour aider les enseignants. On y trouvera des définitions, des explications, mais aussi des conseils pour organiser une séance autour d'une maxime, d'une fable, de situations concrètes ou encore de récits abordant des notions essentielles : la liberté, l'égalité, le bien et le mal, le respect de soi, les vertus individuelles (courage, franchise, mérite...), les vertus sociales (amitié, bienveillance, tolérance...).

Laisse ta place à la dame

Pas de « il faut faire ceci » et « il ne faut pas faire cela » commet autrefois. Les cours amèneront les enfants à réfléchir sur eux-mêmes en apprenant à argumenter. Des textes d'auteurs classiques comme Thomas d'Aquin ou Montaigne, mais aussi des écrits beaucoup plus récents comme le Seigneur des anneaux, des citations d'humoristes comme Francis Blanche ou encore le recours à des extraits de films.

Il n'est précisé nulle part si les professeurs seront testés et initiés aux règles de savoir-vivre qu'ils devront transmettre à leurs élèves. Souhaitons qu'il ne soit pas nécessaire d'en passer par là. En attendant, une pensée à méditer pour une première leçon en famille sur le vrai et le faux : « Ce qui, probablement fausse tout dans la vie, c'est qu'on est convaincu qu'on dit la vérité parce qu'on dit ce qu'on pense » Sacha Guitry.

Commentaires

Il n'y a pas de commentaires pour le moment