Le mécanisme de la « double peine »

Cette tension budgétaire s'explique par un télescopage de calendrier. Au 1er juin 2026, le SMIC est revalorisé de 2,41 %. Si cette hausse est jugée légitime pour soutenir le pouvoir d'achat des salariés, elle coïncide cruellement avec le gel des dispositifs d'allègement de charges qui auraient dû l'accompagner.

Pour les employeurs, l'équation est simple : ils doivent assumer simultanément la hausse des salaires et l'augmentation nette de leurs charges sociales.

Une addition sévère pour les structures moyennes

Pour une entreprise de SAP de taille moyenne (environ 25 salariés à temps plein, réalisant 40 000 heures d'intervention par an pour 1,2 M€ de chiffre d'affaires et 55 K€ de résultat), l'impact financier annuel est immédiat :

  • + 11 600 € au titre de la revalorisation du SMIC.
  • + 6 800 € de charges supplémentaires dues au gel des allègements.
  • Total minimum : 18 400 € de surcoût par an.

Ce montant de 18 400 € ne représente pourtant qu'un plancher théorique. Dans la réalité, de nombreux professionnels du secteur touchent un salaire supérieur au SMIC grâce à leur ancienneté ou leurs qualifications. Pour une structure dont le taux horaire moyen s'élève à 13 €, la facture globale peut s'emballer et grimper jusqu'à 30 000 € par an.

Des conséquences directes sur l'emploi et les familles

Le timing de cette mesure interroge, alors que les services à la personne se positionnent comme le tout premier secteur pourvoyeur de recrutements en France en 2026 (selon l'enquête Besoins en Main-d'Œuvre de France Travail).

En amputant les marges déjà serrées des opérateurs, le gouvernement fait peser un risque lourd sur l'écosystème :

  • Gel des recrutements prévus.
  • Risques accrus de fermetures de services.
  • Perte de solutions d'accompagnement de proximité pour les familles à leur domicile.

Il est à noter que cette mesure épargne (cette fois) les activités auprès des personnes âgées et en situation de handicap. Ces dernières avaient cependant déjà été fortement mises à contribution en avril dernier lors du rabot des exonérations pour les interventions auprès des plus de 70 ans.

Face à cette situation qui menace l'équilibre économique du secteur, la Fédésap demande formellement au Gouvernement de faire marche arrière ou, a minima, d'intégrer d'urgence une clause de revoyure pour réévaluer l'impact de cette réforme.