655 € de plus qu'en 2020

L'indicateur du coût de la rentrée (ICDR) publié par la Fédération des associations générales étudiantes mesure chaque année ce que doit sortir un étudiant type : 19 ans, primo-arrivant en première année de licence à l'université, non boursier et décohabitant, c'est-à-dire ne vivant plus chez ses parents.

Pour septembre 2026, le total s'établit à 3 239,79 €. C'est 655,74 € de plus qu'en 2020, soit une progression de 25,38 % en six ans. La FAGE y voit moins un accident conjoncturel qu'une installation durable : « la précarité étudiante n'est plus une situation exceptionnelle », écrit l'organisation en avant-propos, qui refuse que cette trajectoire devienne « la nouvelle normalité ».

Le montant se décompose en deux blocs. D'un côté, 1 144,73 € de frais de vie courante, qui se répètent chaque mois de l'année. De l'autre, 2 095,06 € de frais spécifiques de rentrée, à payer une seule fois mais concentrés sur quelques semaines, au moment précis où l'étudiant n'a encore ni bourse versée, ni salaire, ni visibilité sur son budget.

Selon les profils, la facture varie fortement : 3 240 € pour un étudiant non boursier, 4 475 € pour un étudiant ultramarin venant étudier en métropole, et jusqu'à 7 023 € pour un étudiant extra-communautaire, dont les frais d'inscription ont été multipliés par seize à cette rentrée

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Le loyer, premier poste et premier verrou

Avec 637,12 € par mois de loyer et charges, le logement pèse à lui seul 56 % des frais de vie courante. Et son effet ne s'arrête pas là : le dépôt de garantie (637,12 €, soit un mois de loyer) et les frais d'agence (326,16 €, plafonnés selon la zone) représentent ensemble 963 € des 2 095 € de frais de rentrée. Autrement dit : 46 % des frais de rentrée sont directement liés à l'entrée dans un logement, et en cumulant le loyer du mois, le logement représente près de la moitié des 3 240 € de l'indicateur.

La conséquence est mécanique. 52 % des étudiants disposent de moins de 200 € par mois une fois leur loyer payé. Avec cette somme, il faut couvrir l'alimentation, les transports, les soins, les frais pédagogiques et l'ensemble des dépenses imprévues. Chaque achat devient un arbitrage, et le moindre accident de parcours (une caution non rendue, une panne, un déplacement en urgence) fait basculer le budget. 

5,3 % des étudiants occupent un emploi à temps partiel en dehors du cadre de leur formation.

L'offre publique ne joue pas son rôle d'amortisseur : le réseau des Crous compte un logement pour dix-sept étudiants. Le report vers le parc privé se paie en prix, mais aussi en qualité : un étudiant sur trois est en situation de mal-logement, avec des problèmes récurrents de moisissures, de nuisibles ou de dégradation du bâti. La proximité du campus, la desserte en transports ou la salubrité passent après le seul critère qui compte vraiment : trouver ce qu'on peut payer.

Deux dispositifs sont dans le viseur de la FAGE. L'encadrement des loyers, possible depuis 2018 dans les villes en zone tendue, n'est qu'une expérimentation courant jusqu'à novembre 2026 ; l'organisation demande sa pérennisation, son extension à toutes les zones tendues et un vrai contrôle de son application.

Les APL, ensuite : supprimées pour les étudiants extra-communautaires depuis le 1er juillet 2026, elles font l'objet d'un rapport préconisant d'en retirer le bénéfice à plus de 200 000 étudiants supplémentaires.

Alimentation, transports, loisirs : les variables d'ajustement

Quand le loyer est incompressible, ce sont les autres postes qui absorbent le choc. L'alimentation arrive en tête des sacrifices : 180,97 € par mois de courses, auxquels s'ajoutent 20 € de restauration universitaire (le ticket Crous étant passé de 3,30 € à 1 € pour l'année 2025-2026). Malgré cela, 20 % des étudiants déclarent ne pas manger à leur faim et la moitié d'entre eux travaillent en parallèle de leurs études, au détriment de leur réussite comme de leur santé.

Le filet de sécurité est en partie associatif : les 46 AGORAé, épiceries sociales et solidaires portées par le réseau de la FAGE depuis 2011, accueillent plus de 20 000 étudiants par an et proposent des produits alimentaires et de première nécessité jusqu'à 90 % moins cher que le prix du marché. La fédération le rappelle toutefois sans détour : la solidarité étudiante « pallie, à bout de bras, les carences d'un système social » et ne peut pas tenir lieu de politique publique.

Viennent ensuite les transports, 151,52 € par mois en moyenne, un poste qui pèse lourd dans les territoires mal desservis, où le coût de la mobilité peut à lui seul limiter l'accès aux cours et aux soins.

Puis les loisirs, 51,80 €, sport, cinéma et abonnements compris : le premier renoncement dès que le budget se tend, alors qu'il conditionne l'équilibre et le lien social pendant les études.

Les frais pédagogiques ferment la liste, avec 502,25 € de matériel de base (papeterie, ordinateur portable) et 213,73 € de dépenses spécifiques à la filière jusqu'à 800 € en moyenne en odontologie.

Ce que demande la FAGE

Au-delà du logement, l'organisation étudiante concentre ses revendications sur les bourses. Une proposition de loi adoptée par l'Assemblée nationale prévoit d'indexer les montants et barèmes sur l'inflation et de les annualiser, soit deux mensualités supplémentaires en juillet et août : la FAGE appelle le Sénat à l'adopter sans attendre. Elle demande également de porter à un million le nombre de boursiers, de pérenniser le repas à 1 € en l'élargissant au soir et au week-end dans le cadre du PLF 2027, la désindexation de la CVEC (105 € cette année) sur l'inflation, ainsi que la gratuité ou une tarification étudiante des transports dans les villes universitaires.

Méthodologie : l'indicateur additionne les frais de vie courante et les frais spécifiques de rentrée calculés pour le mois de septembre, puis en établit une moyenne régionale pondérée par les effectifs étudiants. Le loyer de référence correspond à un T1 meublé de 25 m². Certains frais dits « modulaires » — 11,56 € de protections périodiques et antalgiques par cycle menstruel, billets d'avion depuis les DROM-COM — sont mis en lumière sans être intégrés au total.