Entre révision des certitudes démographiques et maintien des caps économiques, voici ce qu'il faut retenir des coulisses du rapport du COR.

Un séisme démographique : l'INSEE revoit sa copie

La principale nouveauté de l'édition 2026 réside dans l'intégration des nouvelles hypothèses démographiques de l'INSEE, qui seront publiées simultanément en juin 2026. Les projections de 2021, qui servaient jusqu'alors de référence, sont apparues en décalage flagrant avec la réalité observée ces dernières années, notamment en matière de natalité et de flux migratoires.  

Le bilan de l'année 2025 confirme une rupture historique pour la France :

  • Un solde naturel négatif : Pour la première fois depuis l'après-guerre, la France a enregistré plus de décès (651 000) que de naissances (645 000), soit un solde de -6 000 individus.
  • Une fécondité en chute libre : L'indice de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025. L'INSEE a donc abaissé son hypothèse centrale de long terme à 1,45 enfant par femme à partir de 2028 (contre 1,8 dans la projection précédente). Un chiffre encore plus bas que l'ancien scénario pessimiste.
  • L'allongement de l'espérance de vie ralentit : Bien qu'historiquement élevée (85,9 ans pour les femmes, 80,3 ans pour les hommes), la progression de l'espérance de vie marque le pas. Les projections à l'horizon 2070 sont revues légèrement à la baisse (89,5 ans pour les femmes, 86,7 ans pour les hommes).  
  • Le solde migratoire comme unique moteur : La population française a tout de même atteint 69,1 millions d'habitants au 1er janvier 2026 grâce à un solde migratoire positif de +176 000 personnes en 2025. L'INSEE double presque son hypothèse de référence à long terme, passant de 70 000 à 150 000 personnes par an.  

Quel impact sur le système financier ?

Ces ajustements ont des effets contradictoires sur les comptes des retraites. Si la hausse du solde migratoire gonfle temporairement la population active (et donc les cotisants), la baisse drastique de la natalité finira par contracter le nombre de travailleurs à partir de 2045.

De plus, le COR intègre dans ses calculs la suspension de la réforme des retraites de 2023 et de nouvelles règles pour l’Agirc-Arrco, deux facteurs qui devraient alourdir les dépenses en part de PIB. Face à ces bouleversements, un chapitre inédit sera exceptionnellement dédié aux écarts constatés entre les projections de 2025 et celles de 2026.  

Hypothèses économiques : le COR joue la continuité

Si la démographie vacille, l'économie reste ancrée sur ses bases de 2025. Le COR a choisi de maintenir son scénario de référence :  

  • Un chômage ciblé à 7,0 % à compter de 2032 (contre 7,7 % constatés en 2025). Le vieillissement de la population active et les tensions de recrutement devraient aider à contenir ce taux à un niveau historiquement bas.  
  • Des gains de productivité horaire de 0,7 % par an à partir de 2040. Bien que l'émergence des nouvelles technologies (comme l'IA) puisse soutenir l'investissement, le COR s'interroge sur le poids électoral grandissant des seniors, capable d'orienter les budgets publics vers la santé et les pensions au détriment de l'éducation ou de l'innovation.

De nouveaux outils pour mesurer l'équité

Le rapport 2026 ne se contentera pas de macroéconomie et enrichira ses indicateurs pour coller au plus près de la réalité des Français :  

1. Inclusion des non-salariés

À la demande de ses membres, le COR introduit deux nouveaux profils types dans ses simulations pour évaluer les taux de remplacement : un exploitant agricole (éleveur de bovins laitiers) et un médecin généraliste libéral conventionné de secteur 1.

2. Écarts de pension Femmes-Hommes : un changement de méthode

Jusqu'à présent, le calcul des écarts de pension se faisait de manière annuelle globale ("en coupe"). Or, l'espérance de vie supérieure des femmes biaisait les chiffres en les surreprésentant parmi les retraités très âgés issus de générations où les femmes travaillaient moins ou étaient moins bien payées. Le rapport 2026 adoptera une approche générationnelle, beaucoup plus pertinente pour isoler les évolutions structurelles et comparer des personnes ayant vécu dans le même contexte socio-économique.  

Cap sur la présidentielle de 2027

Pour donner des clés de pilotage aux futurs candidats, le COR introduira un tableau chiffré inédit mesurant les effets macroéconomiques de différents leviers (âge, cotisations, montant des pensions) utilisables pour équilibrer le système.  

Avec des projections de naissances historiquement basses et un système de répartition qui dépend intimement du renouvellement des générations, le rapport de juin 2026 agira à coup sûr comme un électrochoc politique. Les retraites s'imposent d'ores et déjà comme le dossier brûlant et incontournable de la campagne présidentielle de 2027 avec des changements prévisibles sur l'âge de départ, la durée de cotisation, la prise en compte de la pénibilité et l'introduction de retraite par capitalisation.

Selon France Télévision, le Conseil d'orientation des retraites préconise de faire évoluer l'âge de départ à la retraite à 67,6 ans d'ici 2070 afin d'équilibrer les finances publiques.