Un gouffre financier aggravé par les crises

La situation financière de la Sécurité sociale est particulièrement préoccupante. En l'espace de deux ans, son déficit a doublé pour atteindre 21,6 milliards d'euros en 2025. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis 2012, si l'on exclut les années exceptionnelles de la crise Covid.

Ce dérapage s'explique par un effet de ciseaux : les dépenses progressent plus vite (3,6 %) que les recettes (2,6 %). Si une légère amélioration est attendue pour 2026 avec un déficit projeté à 19,4 milliards d'euros (grâce à de nouvelles recettes et des transferts de l'État), la Cour prévient que les risques d’exécution sont majeurs. La crise géopolitique actuelle fait peser de lourdes incertitudes sur la croissance et l'inflation. La Cour estime ainsi que le déficit pourrait être sous-évalué d'au moins 3 milliards d'euros en 2026 et de 5 milliards d'euros en 2027.

Face à cette menace sur la soutenabilité de notre modèle social, la Cour appelle à engager dès maintenant un plan d'action rigoureux pour ramener les comptes à l'équilibre d'ici 2030.

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Transports, soins dentaires, lits occupés : les gisements d'économies identifiés

Pour redresser les comptes, les magistrats de la rue Cambon ciblent plusieurs secteurs clés où les dépenses dérapent ou s'avèrent inefficaces :

  • Les franchises médicales : Rapportant 2,3 milliards d'euros en 2025, leur rendement pourrait être augmenté de 1,1 milliard d'euros (500 M€ en améliorant le recouvrement et 600 M€ en supprimant des exemptions injustifiées). À terme, la Cour suggère de fusionner les franchises en prenant en compte les revenus des assurés.
  • Les hospitalisations inadéquates : C'est l'un des points noirs du rapport. Chaque jour, 30 000 lits d'hôpitaux sont occupés par des patients qui pourraient être pris en charge en médecine de ville ou qui subissent des séjours anormalement longs, pour un coût net de 4,2 milliards d'euros par an. Un plan territorialisé permettrait de réduire ces situations de 30 % en quatre ans, générant 1,3 milliard d'euros d'économies nettes.
  • Les transports sanitaires : Le coût des transports de patients hors urgence a dépassé les 6 milliards d'euros en 2025. La Cour préconise de resserrer les conditions de prise en charge et de développer le transport partagé, tout en luttant contre la fraude et les erreurs de facturation, estimées à 640 millions d'euros en 2024.
  • Les soins dentaires : Malgré les réformes récentes (100% santé), les dépenses continuent de grimper (15,7 milliards d'euros en 2024) sans corriger les inégalités territoriales d'accès aux soins. Une régulation des honoraires des spécialistes (orthodontistes notamment) et des restrictions à l'installation dans les zones sur-dotées sont recommandées.

Des réformes récentes jugées "difficiles" et mal calibrées

La Cour des comptes émet également de vives critiques sur la mise en œuvre pratique des réformes gouvernementales récentes, pointant du doigt la complexité administrative et le manque d'information des citoyens.

Les "petites pensions" de retraite : une promesse en demi-teinte

Annoncée lors de la réforme de 2023 comme une revalorisation de 100 € par mois pour les pensions inférieures à 1 200 €, cette mesure n'a finalement bénéficié qu'à 30 % des personnes éligibles en raison de critères d'accès trop stricts. De plus, le gain moyen n'a été que de 30 € par mois pour les nouveaux retraités (45 € pour les anciens), avec de nombreux retards et erreurs de versement liés aux systèmes d'information.

Pénibilité au travail : le compte C2P au cœur des critiques

Le Compte professionnel de prévention (C2P) est jugé "instable, complexe, peu contrôlé et coûteux à terme" (il pourrait coûter 1 milliard d'euros par an d'ici 2060). La Cour demande une réforme en profondeur pour le simplifier et le réorienter vers la prévention de l'usure professionnelle plutôt que vers la réparation (départs anticipés).

L'embolie des systèmes d'information

Entre 2014 et 2025, la CNAF (allocations familiales) a dû gérer 17 réformes et la CNAV (retraites) 2 réformes majeures. Cette accumulation à un coût d'implantation très élevé a lourdement freiné la modernisation informatique nécessaire et allongé les délais de traitement des prestations pour les usagers.

Un appel à un pilotage plus rigoureux

Enfin, la Cour des comptes constate que l'ONDAM (l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie) n'assure plus une régulation efficace depuis la crise sanitaire. Si l'objectif a été globalement respecté en 2025, c'est uniquement parce que les dépassements sur les soins de ville (médicaments, indemnités journalières) ont été compensés par 1,2 milliard d'euros d'économies imposées en gestion aux établissements de santé et médico-sociaux. Un déséquilibre que la Cour demande instamment de corriger pour redonner de la lisibilité et de la transparence au budget de la santé.

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