En Seine-Saint-Denis, le parquet vient de requérir un procès devant le tribunal correctionnel à l'encontre de Jean-Christophe Lagarde, ancien patron de l'UDI et actuel maire de Drancy. Les chefs d'inculpation retenus par le ministère public témoignent de la gravité de l'affaire : escroquerie en bande organisée et recels de biens provenant d’un vol. Le centriste est accusé d'avoir orchestré et alimenté une redoutable campagne de désinformation destinée à détruire la réputation de sa rivale politique, Raquel Garrido, alors qu’ils s’affrontaient dans la cinquième circonscription de la Seine-Saint-Denis lors des législatives de juin 2022.

Le parquet demande également le renvoi de deux complices présumés : l’ancien chauffeur de l’élu ainsi qu’un ex-fonctionnaire de police.

Une fausse exclusivité journalistique comme arme de destruction

Au cœur du dossier se trouve un article publié au format numérique en juin 2022 par l'hebdomadaire Le Point. Intitulé de manière percutante « L'employée sans papier de Raquel Garrido et Alexis Corbière », le papier, signé par le journaliste Aziz Zemouri, accusait le couple de députés d'exploiter clandestinement une ressortissante algérienne de 36 ans. Décrite comme une « bonne à tout faire », cette femme aurait été soumise à des cadences infernales et forcée de dormir sur un canapé, tout en s'occupant des enfants du couple.

La réaction des élus LFI fut immédiate. Contestant point par point des faits matériellement impossibles, ils dénoncent immédiatement une manipulation grossière. « Je suis en état de shock », confiait Raquel Garrido en 2024, soulignant l'absurdité du scénario monté : « Une personne sans papier d’origine algérienne aurait été interpellée par la police avec mon enfant. C’est quoi ça ? Si quelqu’un est interpellé avec votre enfant, on vous appelle. » L'article s'appuyait en réalité sur des captures d'écran de SMS entièrement falsifiées. Devant l'évidence de la supercherie, Le Point avait dépublié l’article dès le lendemain, licenciant le journaliste dans la foulée. Raquel Garrido et Alexis Corière avaient demandé le licenciement du journanliste du point. En mai 2025, la justice condamnait définitivement le journal et son ancien rédacteur pour diffamation. Mais l'enquête pénale, elle, ne faisait que commencer.

Les aveux du chauffeur et le rôle du policier

Une seconde information judiciaire a été ouverte pour identifier l'origine de cette infox. Saisis par les plaintes du couple de députés mais aussi par celle du journaliste Aziz Zemouri qui affirmait avoir été abusé par ses sources, les enquêteurs ont méthodiquement remonté la piste des faux documents. Celle-ci les a menés directement vers l'entourage de Jean-Christophe Lagarde, fraîchement battu par Raquel Garrido lors du scrutin de 2022.

Face aux preuves matérielles, l'ancien chauffeur de Jean-Christophe Lagarde a formulé des aveux complets. Il a reconnu devant les enquêteurs s’être fait passer pour la supposée femme de ménage auprès du journaliste du Point. Surtout, le chauffeur affirme avoir agi sous la pression « obsessionnelle » de son patron, motivé par une volonté de nuire à sa rivale politique.

Pour parfaire la supercherie, le dossier d’instruction révèle l’implication d’un troisième homme : un ancien policier. Ce dernier a avoué avoir fourni les pièces matérielles destinées à tromper la vigilance du journaliste, notamment un faux passeport au nom de la prétendue employée algérienne ainsi que des documents administratifs falsifiés ou volés.

Jean-Christophe Lagarde nie en bloc

Face à ce réquisitoire écrasant et aux déclarations concordantes de ses subordonnés, Jean-Christophe Lagarde maintient une ligne de défense de déni absolu. L’édile de Drancy conteste toute responsabilité dans la construction ou la transmission de cette affaire d'emploi fictif, se désolidarisant des initiatives de son ancien employé.

Il appartient désormais au juge d'instruction de trancher et de signer, ou non, l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. Si les réquisitions du parquet sont suivies, ce procès fera date en devenant l'un des premiers dossiers de déstabilisation électorale par fausses informations à être jugé sous la qualification criminelle et financière de bande organisée.