Un soutien sectoriel massif et de nouvelles mesures d'urgence

Le plan gouvernemental cible de manière chirurgicale les métiers dont l'activité dépend directement du carburant :

  • Agriculture : Hausse de l'aide sur le gazole non routier (GNR) à 15 centimes d'euro par litre.
  • Pêche : Soutien revalorisé, passant d'une aide fixe à une fourchette de 30 à 35 centimes d'euro par litre.
  • BTP : Intégration des entreprises de moins de 20 salariés avec une aide de 20 centimes par litre de GNR.
  • Aides-soignants, indépendants et aides à domicile : Revalorisation des dispositifs d'indemnisation pour compenser l'usage intensif du véhicule personnel à des fins professionnelles.

Mardi 21 avril 2026, le Gouvernement a tranché. Pour contrer une « inflation importée » liée à la volatilité des marchés mondiaux, la France ne reviendra pas sur la taxation globale des carburants. Une baisse généralisée aurait, selon le Premier ministre, un « effet épouvantable » sur les finances publiques et l’économie nationale. À la place, une réponse chirurgicale sera déployée dès le mois de mai avec un versement en juinpour faire suite aux 70 millions d'euros d'aide du mois d'avril.

Focus : Le plan de soutien exceptionnel pour les aides à domicile

Le 21 mai 2026, Camille Galliard-Minier, Ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, a réuni les représentants du secteur de l'aide à domicile pour leur présenter un pack de mesures spécifiques visant à répondre d'urgence à la crise de la mobilité :

  • Doublement de la prime « gros rouleurs » : L'aide forfaitaire est portée à 100 euros (contre 50 euros initialement prévus).
  • Doublement de la prime carburant employeur : La prime qui peut être versée directement par l'employeur est désormais défiscalisée jusqu'à 600 euros.
  • Revalorisation des indemnités kilométriques : Une mesure très attendue qui s'applique spécifiquement aux aides à domicile du secteur associatif (non lucratif).
  • 15 000 véhicules électriques en leasing social : Des véhicules propres sont désormais spécifiquement réservés et fléchés pour les professionnels de l'aide à domicile afin de réduire durablement leur dépendance aux énergies fossiles.

 

Bon à savoir
Retrouvez sur le site du ministère de l'économie la FAQ sur les mesures de soutien économique pour la crise au moyen Orient.

Le secteur professionnel : un soutien massif et élargi

Beaucoup de français sont impactés par la hausse du prix des carburants. Le nouveau dispositif renforce considérablement les aides existantes pour les métiers dont l'activité dépend directement du gazole :

  • Agriculture : L’aide sur le gazole non routier (GNR) franchit un nouveau palier pour atteindre 15 centimes d’euro par litre.
  • Pêche : Secteur particulièrement vulnérable, les pêcheurs bénéficieront d’un soutien revalorisé, passant de 20 centimes à une fourchette de 30 à 35 centimes par litre.
  • BTP : C’est la grande nouveauté de ce plan. Le secteur du bâtiment et des travaux publics intègre le dispositif. Les entreprises de moins de 20 salariés recevront une aide d'environ 20 centimes par litre dès début mai.
  • Aides soignants et aides à domicile : Travailleurs modestes ayant besoin de véhicule avec des aides qui pourraient être en moyenne à 0,20 € par litre. 

Des négociations doivent également s’ouvrir prochainement pour adapter ces mesures aux chauffeurs de taxis et VTC, confirmant la volonté du gouvernement de ne laisser aucun secteur clé sur le bord de la route.

Comment bénéficier de l'aide « Grands Rouleurs » révisée ?

Le gouvernement propose une aide « grands rouleurs » : une indemnité carburant de 50 €, équivalente à 0,20 €/L pour la consommation moyenne de carburants de trois mois, destinée à compenser la hausse des coûts de carburant résultat du conflit au Moyen-Orient supportés par les actifs utilisant un véhicule personnel à des fins professionnelles, sous conditions de ressources et d’un nombre minimum de kilomètres parcourus au titre de l’activité professionnelle. Cette compensation qui correspond à une baisse de 20 centimes par litre pour les mois d’avril, mai et juin. Pour en bénéficier, une personne seule devra gagner moins de 17 000 € par an. Ce revenu plafond monte à 50 000 € pour un couple avec deux enfants.

Le guichet en ligne sur le site impots.gouv.fr ouvre à partir du 27 mai 2026. Pour prétendre à cette indemnité, les actifs doivent respecter des critères stricts d'activité et de ressources.

Pour être éligible, il faudra faire au moins 30 kilomètres par jour ou utiliser son véhicule professionnel plus de 8 000 kilomètres par an.

L’aide sera versée en une seule fois pour le trimestre et la déclaration devra être faite sur le site impôts.gouv.fr dans un espace disponible « d’ici la fin du mois » selon le ministre de l’Économie Roland Lescure. 

Les conditions pour bénéficier de l'aide au carburant pour les grands rouleurs : 

  1. Condition de résidence et d’âge : être domicilié fiscalement en France et être âgé d’au moins seize ans au 31 décembre 2024.
  2. Condition d’activité : avoir déclaré, au titre des revenus de l’année 2024, un revenu d’activité relevant de l’une des catégories suivantes : traitements et salaires (hors chômage et préretraite), bénéfices industriels et commerciaux, bénéfices non commerciaux ou bénéfices agricoles. Sont ainsi concernés les salariés et les indépendants.
  3. Condition de ressources : foyer fiscal dont le revenu fiscal de référence par part, au titre de l’année 2024, est inférieur ou égal à 16 880 €. L’appréciation de cette condition s’effectue sur la base des données fiscales détenues par l’administration. Ce critère correspond aux ménages qui appartiennent aux cinq premiers déciles de revenus : 
    1. Pour une personne seule, à un salaire brut mensuel de 1 906 € et à un salaire net de 1 508 €,
    2. Pour couple avec un enfant, à un salaire brut mensuel de 4 764 € et à un salaire net de 3 771 €,
    3. Pour un couple avec deux enfants, à un salaire brut mensuel de 5 717 € et un salaire net de 4 525 €.
    4. Les salariés rémunérés au SMIC en 2024 bénéficieront bien de l’indemnité carburant. Le SMIC mensuel brut était de 1766,92 € du 1er janvier 2024 au 30 octobre 2024 puis de 1801,80 € du 1er novembre 2024 au 31 décembre 2025. Il est de 1823,03 € depuis le 1er janvier 2026.
  4. Condition d’usage du véhicule (critère de « gros rouleur »). Ce critère repose sur une déclaration du demandeur qui sera contrôlée a posteriori. Le demandeur doit fournir le numéro d’immatriculation du véhicule et son numéro de carte grise. Le demandeur doit utiliser un véhicule personnel à des fins professionnelles, y compris pour les trajets entre le domicile et le lieu de travail, et justifier de kilomètres parcourus dans ce cadre :
    1. soit une distance supérieure à 15 kilomètres par trajet domicile-lieu de travail,
    2. soit un kilométrage annuel supérieur à 8 000 kilomètres.

Véhicules éligibles à l'aide du grouvernement

Le véhicule doit répondre aux conditions suivantes :

  • véhicule terrestre à moteur à deux, trois ou quatre roues,
  • motorisation thermique,
  • utilisé à des fins professionnelles,
  • régulièrement assuré à la date de la demande.

Les véhicules électriques, à hydrogène, les quadricycles lourds à moteur, les véhicules agricoles, les poids lourds ainsi que les véhicules de fonction ou de service (la carte grise est au nom de l’entreprise pour un véhicule de fonction) et qui font l’objet de prises en charge spécifiques par l’employeur sont exclus du dispositif.

Une rigueur budgétaire assumée : l'objectif des 6 milliards

Cette stratégie d'aides ciblées s'inscrit dans un contexte de forte pression sur les comptes publics. Lors de la réunion du Comité d'alerte des finances publiques ce même mardi 21 avril, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de maintenir une trajectoire de désendettement stricte. 
Le Gouvernement réaffirme sa volonté de ne pas dévier de sa trajectoire de réduction du déficit (qui était de 5,1% du PIB en 2025).

  • Plan de secours : Si nécessaire, 6 milliards d'euros de dépenses seront stoppés (4 milliards sur l'État et ses opérateurs, 2 milliards sur la sphère sociale) pour compenser l'impact de la guerre.
  • Refus des hausses d'impôts : L'objectif est d'éviter toute augmentation de la fiscalité pour les ménages et les entreprises.
  • Appel à la responsabilité : Les collectivités locales, saluées pour leur gestion en 2025, ainsi que les partenaires sociaux, sont invités à participer à cet effort de rigueur.

Malgré une exposition moindre que d'autres pays grâce à son mix énergétique, la France adopte une gestion prudentielle stricte pour absorber le choc de la crise internationale sans dégrader davantage ses finances publiques.

Un coup de pouce pour 2,9 millions de travailleurs

Le volet social du plan d'aide annoncé le 21 avril 2026 s'attaque à la problématique des déplacements domicile-travail. Conscient que la voiture est souvent une nécessité et non un choix, l'exécutif met en place un soutien forfaitaire pour les « travailleurs modestes » et les « grands rouleurs ».

Sous conditions de ressources, cette aide représentera en moyenne l'équivalent de 20 centimes par litre. Ce sont près de 3 millions de Français qui devraient voir leur pouvoir d'achat ainsi préservé face à la pompe.

Pourquoi le « sur-mesure » ?

Interrogé sur cette stratégie, le premier ministre Sébastien Lecornu a insisté sur la nécessité d'un accompagnement spécifique. L'objectif est double : éviter de creuser le déficit public avec des mesures aveugles tout en offrant une bouffée d'oxygène concrète à ceux pour qui l'énergie est un outil de travail indispensable.

Ce virage vers une aide « mensualisée » et ciblée marque une nouvelle étape dans la gestion de la crise énergétique par l'État, privilégiant la réactivité technique à la subvention massive.

Les réactions du secteur : Entre urgence carburant et asphyxie tarifaire

Si les fédérations professionnelles accueillent positivement les aides à la mobilité, l'ensemble du secteur s'accorde à dire que le problème est plus profond, mêlant flambée des prix à la pompe et explosion des coûts de fonctionnement généraux.

L’UNA réclame du structurel

L'Union Nationale de l'Aide, des Soins et des Services aux Domiciles (UNA) s'est exprimée par la voix de sa directrice générale, Élodie Jung :

« Nous saluons l’annonce des mesures spécifiques pour les intervenantes à domicile en particulier pour celles du secteur non lucratif, mais restons en attente de mesures plus structurelles pour un secteur qui rencontre depuis plusieurs années des difficultés économiques et un déficit d’attractivité devenus insupportables. »

La FESP s'inquiète pour la pérennité des structures

De son côté, la Fédération des entreprises de services à la personne (FESP) rappelle que la mobilité est le cœur même de ce secteur : sans solutions viables pour les déplacements, la prise en charge des personnes âgées ou en situation de handicap est menacée. À ce titre, la FESP continue de réclamer une augmentation du taux directeur applicable aux établissements et services médico-sociaux (ESMS) pour absorber durablement l'inflation.

La Fédésap dénonce une situation intenable et exige une révision des prix

La Fédésap (Fédération des entreprises de Services à la Personne et de proximité), première fédération de chefs d'entreprise du secteur, tire également la sonnette d'alarme. Bien qu’elle soutienne la revalorisation nécessaire du SMIC de +2,41 % au 1er juin 2026 pour le pouvoir d’achat des intervenants , elle rappelle que cette hausse aggrave mécaniquement les charges des structures dans un contexte où les tarifs administrés restent figés.  

La fédération souligne une accumulation critique de coûts incompressibles qui fragilise le secteur:  

  • La hausse continue du prix des carburants;  
  • Le surcoût massif lié à la remise en cause des exonérations de charges pour les plus de 70 ans;
  • L'entrée en vigueur de la prévoyance obligatoire depuis le 1er mai 2026;  
  • Une inflation normative constante (évaluations HAS, garanties financières AICI).  

Face à ce qu’elle qualifie de « situation désormais intenable » , la Fédésap exige de l'État des réformes réglementaires immédiates pour éviter une rupture de l'accompagnement à domicile :  

  • La révision immédiate de l’arrêté fixant les prix des services autonomie à domicile, afin de l'indexer mécaniquement sur l'évolution du SMIC.  
  • La mise en place d'un mécanisme de contemporanéité pour aligner automatiquement le tarif national socle de l'APA (Allocation Personnalisée d'Autonomie) et de la PCH (Prestation de Compensation du Handicap) sur la révision annuelle de la MTP (Majoration pour tierce personne) au 1er avril.