L’annonce est tombée ce lundi 9 février sur les ondes d'ICI Nord : Charlotte Parmentier-Lecocq quittera ses fonctions d'ici le 22 février. Officiellement, la ministre invoque la loi sur le non-cumul des mandats. Officieusement, c’est une partie de billard à trois bandes dont l'enjeu se situe à Templeuve-en-Pévèle.
La stratégie de la "place chaude"
Le scénario est digne d'une série politique. Le suppléant de la ministre à l'Assemblée, Jean Moullière, brigue la mairie de
Templeuve en Pévèle, village du nord de 7202 habitants, en mars prochain. S'il l’emporte, il devra quitter son siège de député, provoquant une élection législative partielle risquée pour la majorité dans une circonscription où le Rassemblement National gagne du terrain.
Le Grand Âge : un éternel horizon qui s'éloigne
Pourtant, la ministre se veut rassurante, évoquant des amendements adoptés et une "volonté" parlementaire. Mais la réalité est plus brutale. Depuis des années, la "Grande Loi Grand Âge", promise à maintes reprises, est sans cesse repoussée, tronçonnée en mesures budgétaires éparses ou enterrée sous des rapports.
En quittant le navire en plein milieu du gué, Charlotte Parmentier-Lecocq laisse derrière elle :
- Un plan Grand Âge de nouveau reporté ces derniers jours.
- Un secteur médico-social (EHPAD, aide à domicile) en crise de financement profonde.
- Une transition démographique qui, elle, n'attend pas les résultats des municipales de Templeuve pour s'accélérer.
L'ambition personnelle avant l'urgence sociale ?
Au-delà de la survie électorale locale, la ministre ne cache pas ses ambitions pour 2027 aux côtés d'Édouard Philippe. Elle revendique une "liberté de parole" retrouvée. Une liberté qui servira sans doute la campagne présidentielle de son champion, mais qui laisse les acteurs du grand âge orphelins d'un portage politique fort au sommet de l'État.
Peut-on sérieusement prétendre traiter le vieillissement de la population comme une priorité nationale quand la ministre en charge préfère assurer ses arrières législatifs plutôt que de mener la bataille législative pour l'autonomie ?
À force de traiter le dossier de la dépendance comme une question secondaire face aux enjeux de tambouille électorale, le gouvernement prend un risque majeur : celui de se réveiller en 2030 face à un mur qu'il n'aura même pas essayé de franchir. À Templeuve, la politique locale sourit ; à l'échelle nationale, les seniors et leurs familles attendront, encore.
La FNADEPA alerte sur les nouvelles charges financières qui s’accumulent sur les établissements et services pour personnes âgées, pourtant déjà exsangues.
La dernière ? La suppression de l’exonération de la taxe d’apprentissage pour le secteur associatif, fixée par la loi de finances 2026 publiée ce jour. Une n-ième charge qui risque de faire chavirer nombre d’établissements et services pour personnes âgées.
Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour les établissements et services pour personnes âgées.
Après le report sine die du plan Grand âge annoncé le 5 février, la loi de finances 2026 publiée ce jour supprime l'exonération de la taxe d'apprentissage dont bénéficiaient jusqu’à présent les acteurs du secteur privé non lucratif. Cette taxe, qui s’élève à 0,68% de la masse salariale va donc faire peser près de 30 millions d’euros de charges supplémentaires sur le seul secteur associatif personnes âgées.
Cette mesure est une aberration. Taxer ainsi l’apprentissage, qui est l’un des rares leviers de recrutement et de fidélisation actuels dans les établissements médico-sociaux revient à demander à des structures déjà fragilisées de financer elles-mêmes l’avenir des métiers du soin et de l’accompagnement !
Par ailleurs, les ESMS pour personnes âgées – tous statuts confondus – font face à d’autres charges nouvelles qui les mettent en péril :
-l'augmentation des cotisations retraite (CNRACL) pour les structures de statut public, sur quatre ans, compensée à seulement 40 % par l’Etat ;
-le versement mobilité régional et rural (VMRR), créé en 2025 et appliqué sur décision des Régions, auquel sont assujettis tous les employeurs privés ou publics de 11 salariés et plus sur les territoires concernés ;
-des surcoûts non financés, liés notamment à la hausse du Smic, à l’inflation et à l’augmentation des charges patronales.
Une équation impossible alors que 2/3 d’entre eux étaient déjà déficitaires à hauteur de 209 000 € en moyenne en 2025[1] .
Ça suffit, les caisses sont vides ! Continuer à taxer le secteur du Grand âge, qui est un pilier de la solidarité nationale et de la cohésion sociale est un non-sens dont risquent de pâtir encore une fois les plus vulnérables.
La FNADEPA demande donc :
1) le rétablissement de l’exonération de la taxe d’apprentissage pour les secteurs d’intérêt général comme le médico-social et la santé,
2) la pleine compensation de la hausse de la CNRACL,
3) l’exonération ciblée du versement mobilité régional et rural pour le secteur médico-social.