Une chute durable des naissances
La baisse de la natalité française n’est pas un simple accident conjoncturel. Depuis plusieurs années, le nombre de naissances diminue de façon continue, sous l’effet de facteurs multiples : recul de l’âge du premier enfant, précarité économique, difficulté à concilier vie professionnelle et familiale, inquiétudes liées à l’avenir.
En 2025, ce phénomène a atteint un seuil symbolique. Selon les chiffres de l’Insee, la France compte désormais plus de décès que de naissances, un basculement qui n’avait plus été observé depuis 1945. Les conséquences sont déjà visibles dans le système éducatif : fermetures de classes, regroupements d’écoles en zone rurale, baisse du nombre d’élèves dans de nombreux territoires.
Le ministère de l’Éducation nationale a d’ailleurs annoncé plusieurs mesures pour « ne pas subir la démographie », illustrant à quel point la question est devenue structurante pour les politiques publiques.
La petite enfance en première ligne
Cette chute démographique a un impact direct sur le secteur de la petite enfance. Moins de naissances signifie, mécaniquement, moins de demandes de garde d’enfants, comme en témoignent déjà certaines professionnelles sur le terrain. Des nounous et assistantes maternelles constatent une baisse des sollicitations, notamment dans les territoires déjà fragilisés.
Pour autant, le paradoxe est réel : malgré la baisse du nombre d’enfants, le secteur reste en tension. Les difficultés de recrutement, les conditions de travail exigeantes et le manque de reconnaissance continuent de peser lourdement sur l’attractivité des métiers de la garde d’enfants.
Face à la baisse des naissances, de nombreuses familles s’interrogent aussi sur le mode de garde le plus adapté, un choix qui dépend autant des contraintes locales que des besoins des parents, comme nous l’expliquions dans notre comparatif entre crèche et garde d’enfant à domicile.
Cette situation crée une instabilité préoccupante : moins d’enfants à garder, mais toujours autant de difficultés à structurer une offre de qualité et durable. Pour les services à la personne, l’enjeu est désormais de sécuriser les parcours professionnels, d’adapter l’offre aux nouveaux besoins et de renforcer la qualité de l’accompagnement proposé aux familles.
Cette évolution démographique interroge directement l’avenir du métier de garde d’enfants à domicile, confronté à la fois à une baisse du nombre d’enfants et à des attentes croissantes en matière de qualité d’accueil.
Vieillissement de la population, une demande qui explose
À l’autre extrémité de la pyramide des âges, la tendance est inverse. L’espérance de vie continue d’augmenter, et la part des seniors dans la population progresse rapidement. Ce vieillissement entraîne une hausse massive des besoins d’accompagnement, tant sur le plan médical que social.
Aides à domicile, aides-soignants, auxiliaires de vie, accompagnants des personnes âgées : ces métiers deviennent centraux pour permettre le maintien à domicile et préserver l’autonomie des seniors. La Cour des comptes alerte régulièrement sur les risques que fait peser le vieillissement démographique sur les finances publiques, mais aussi sur les capacités d’accompagnement humain.
Dans ce contexte, les services à la personne jouent un rôle clé pour éviter l’engorgement des établissements de santé et répondre au souhait majoritaire des Français de vieillir chez eux.
Un déséquilibre croissant entre besoins et main-d’œuvre
Le défi est double : les besoins augmentent du côté des seniors, tandis que le vivier de professionnels peine à suivre. Les métiers du soin et de l’accompagnement souffrent d’un manque d’attractivité chronique, lié à des conditions de travail difficiles, des rémunérations modestes et une reconnaissance sociale insuffisante.
Le décrochage démographique impacte aussi le marché du travail dans son ensemble. Moins d’actifs, plus de retraités : cette équation fragilise le financement des retraites, mais aussi la capacité à recruter dans des secteurs essentiels comme les services à la personne.
Les projections économiques montrent que, sans action forte, le risque est réel de voir se creuser un écart entre les besoins d’accompagnement et les ressources humaines disponibles.
À l’inverse, le vieillissement accéléré de la population renforce le rôle central du métier d’aide-soignante, devenu indispensable pour accompagner la perte d’autonomie et soulager un système de santé sous tension.
Quels leviers pour les services à la personne ?
Face à ces mutations, le secteur des services à la personne doit se réinventer. Plusieurs leviers apparaissent incontournables :
- améliorer les conditions de travail et la protection sociale des professionnels,
- renforcer la formation et la montée en compétences,
- valoriser l’utilité sociale de ces métiers,
- adapter l’offre aux évolutions démographiques territoriales.
La baisse de la natalité impose aussi de repenser l’organisation des services de garde d’enfants, en les articulant davantage avec les politiques familiales et les besoins spécifiques des territoires.
Un enjeu de cohésion sociale
Au-delà des chiffres, la démographie interroge le modèle social français. Petite enfance et grand âge ne sont pas des sujets séparés, mais les deux faces d’un même défi : accompagner les moments clés de la vie.
Les services à la personne occupent une place stratégique dans cette transition démographique. Ils assurent un lien humain indispensable, souvent invisible, mais fondamental pour le fonctionnement de la société.
Le tournant démographique que connaît la France redessine profondément les besoins, de la garde d’enfants à l’accompagnement des seniors. Si la baisse des naissances fragilise certains équilibres, le vieillissement de la population renforce, lui, la demande de services à la personne.
Pour répondre à ces enjeux, le secteur devra gagner en attractivité, en reconnaissance et en structuration. Plus qu’un simple ajustement, c’est une transformation de long terme qui s’impose, afin de garantir un accompagnement humain de qualité à chaque étape de la vie.
La Fepem reconnaît un progrès en matière d’équité, concernant la Réforme du Complément de libre choix du Mode de Garde (CMG) "emploi direct" mais appelle à la vigilance pour les foyers les plus vulnérables.
La Fédération des Particuliers Employeurs de France (Fepem) salue l’ambition affichée d’harmoniser les restes à charge entre les différents modes d’accueil, cause qu’elle porte auprès des pouvoirs publics depuis de nombreuses années. Pour autant, elle alerte sur les effets contrastés de cette réforme qui risque de pénaliser les foyers les plus vulnérables, en particulier les familles monoparentales.
La réforme du Complément de libre choix du Mode de Garde (CMG) « rémunération » en bref :
- La réforme vise à favoriser une plus grande équité entre l’accueil collectif et l’accueil individuel, en harmonisant les restes à charge des parents en cas de recours à l’accueil collectif ou à une assistante maternelle/une garde d’enfants, lorsque celle-ci est rémunérée au coût de référence.
- Pour refléter la diversité des situations familiales, un nouveau mode de calcul est introduit et prend en compte quatre critères : les revenus du foyer, le nombre d’enfants à charge, la rémunération effective du salarié et un coût horaire de référence revalorisé selon le Smic.
- Ainsi, le CMG qui était jusqu’à présent fixe chaque mois, sera désormais variable mensuellement selon les heures et montants déclarés.
- La majoration de 30 % auparavant accordée aux parents isolés, en situation de handicap ou ayant un enfant handicapé, est supprimée. Elle est remplacée par un ajustement partiel : chaque enfant en situation de handicap compte désormais pour deux enfants à charge dans le calcul du complément, et les familles monoparentales pourront bénéficier du CMG jusqu’aux 12 ans de l’enfant, soit pendant 6 années de plus.
- Le recours à une garde d’enfants à domicile à temps complet devrait également bénéficier de la réforme, puisque les restes à charge des familles sont significativement réduits.
- Si les couples et les familles nombreuses bénéficient en majorité du nouveau mode de calcul, la très grande majorité des parents isolés d’enfants de moins de 3 ans sera désavantagée.
- L’extension du bénéfice du CMG aux parents isolés d’enfants âgés de 6 à 12 ans - contre 6 ans auparavant - et la possibilité de partager l’aide entre les deux parents, en cas de garde alternée, contribuent également à une meilleure prise en compte de la diversité des situations familiales.
Une avancée majeure dans la politique de soutien à l’accueil individuel
La réforme du CMG « rémunération » constitue une avancée majeure pour de nombreux parents employeurs, en concourant à des améliorations concrètes et attendues dans le soutien à l’accueil individuel. Elle bénéficie en particulier aux couples ayant des revenus modestes, ceux ayant de forts besoins d’accueil, ou qui emploient un assistant maternel ou une garde d’enfant rémunéré au coût horaire de référence. Pour ces familles, le nouveau mode de calcul permet une diminution sensible du reste à charge, notamment en cas de volume d’heures d’accueil élevé.
La suppression du plancher de 15 % de reste à charge, en cohérence avec les propositions que porte la Fepem auprès des parlementaires, des cabinet ministériels et du Conseil économique social et environnemental, représente une avancée concrète pour les familles les plus modestes en réhaussant leur niveau de soutien financier.
Une alerte sur les effets pénalisants de la réforme pour les familles les plus vulnérables
La suppression des majorations de 30 % du montant du CMG dont bénéficiaient les parents isolés, les parents en situation de handicap et les parents d’enfants en situation de handicap entraîne une réduction sensible de leur soutien, au risque d’aggraver les inégalités d’accès à un mode d’accueil
choisi et adapté.
La Fepem renouvelle donc son alerte à ce sujet et exprime sa vive inquiétude face aux effets défavorables de la réforme pour ces familles parmi les plus vulnérables.
Si la fédération soutient de longue date le principe d’une harmonisation des restes à charge entre l’accueil individuel et collectif, elle a également alerté à plusieurs reprises sur les impacts négatifs potentiels de cette réforme. Cette vigilance a été relayée à travers des échanges réguliers avec les parlementaires et les cabinets ministériels, afin de faire entendre la voix des parents employeurs
concernés.
Une réforme qui mérite une concertation avec les acteurs de terrain
Parmi les paramètres nouveaux et déterminants du nouveau mode de calcul du CMG « emploi direct», le coût horaire de référence influe sensiblement sur le niveau d’aide perçu, or les particuliers employeurs rémunèrent les assistants maternels au-dessus de ce coût horaire de référence dans 8 régions sur 17. Ce coût horaire en particulier, gagnerait à l’avenir à être fixé en pleine concertation avec les partenaires sociaux du secteur de l’emploi à domicile.
Michèle Kerrad, Présidente du mouvement et des territoires de la Fepem a réagi : “La Fepem salue l’objectif de la réforme qui vise à favoriser une véritable liberté de choix pour les parents entre accueil collectif et accueil individuel. L’ambition d’harmoniser les restes à charge entre ces deux modes d’accueil constitue ainsi une avancée légitime et attendue.
Nous regrettons cependant des effets pénalisants pour les parents isolés, à rebours des objectifs
affichés de cette réforme.
La Fepem appelle les pouvoirs publics à suivre de manière très attentive les impacts de la réforme sur
les familles vulnérables, et à envisager des ajustements un an après l’entrée en vigueur de ces nouveaux critères, en concertation avec les partenaires sociaux. »