Exploiter des clichés sexistes, c'est sexiste ?

Où en sommes-nous avec le sexisme ? La semaine dernière, le dauphine.com a publié un article signalant un site internet de services à domicile au nom pour le moins polémique : « The Rent a Wife », littéralement, « Loue une femme ». On apprend ainsi que ledit site américain propose des services de tâches ménagères assurées par des femmes. 

L'aide à domicile serait-elle par essence féminine ? Force est de constater à la lecture d'une étude de l'INSEE, que oui, effectivement, en France les emplois dans les services à la personne sont occupés à 90% par des femmes. Dans une autre étude, on apprend également (mais sans vraiment le découvrir) que 23% des femmes sans diplômes sont en temps partiel subi alors que les hommes dans le même cas ne sont que 9%. Y aurait-il une inégalité homme/femmes face à l'emploi ? (humour). 

De la difficulté à s'affranchir de l'expression "femme de ménage"

A la maison, les comportements n'évoluent guère non plus. L'étude de 2011 publiée par l'INSEE sur la répartition des tâches domestiques faisait apparaître une légère disparité (un euphémisme) entre hommes et femmes. Ainsi donc, les femmes consacrent trois heures par jour aux tâches domestiques (2010) contre une heure et dix-sept minutes pour les hommes. Des chiffres qui n'évoluent que très lentement puisqu'en 24 ans, le temps consacré par les hommes à ces tâches n'a augmenté que de 7 minutes. 

Alors forcément, les clichés ont la vie dure. Faut-il pour autant se fendre la poire quand un site internet surfe sur une forme de sexisme pour faire du business ? Quand un site affiche « Loue une femme » pour faire tes travaux ménagers, bof, très bof. 

Fort à parier que si ce même site avait eu pour nom « Loue un noir », il y aurait eu cris, indignation et attaque en justice pour racisme, à juste titre. Et pourtant, c'est exactement la même chose. « The rent a wife » persiste et signe avec une classification des intervenantes en « femme débutante », « femme exemplaire » et « Bon lot ». L'entreprise à l'origine du site n'est sans doute pas un vivier d'hommes à marier en tout cas. Bien que ce site soit américain, nul raison de se gargariser sous nos latitudes : « femme de ménage », « femme au foyer », « nounou », sont autant de termes que nous sommes quasiment incapables de séparer du sexe féminin. 

De l'exploitation du sexisme pour faire du business

Que penser en retour des noms « Adopte un mec » ou « Le mari à louer » ? Le premier est un site de rencontres, le deuxième un site qui propose les services d'hommes à tout faire (tient, on ne dit pas femme ?). Anecdotiques a-t-on envie de dire, quoique peu glorieux pour « le mari à louer ». A l'instar de « la femme à louer », il surfe sur le cliché du bricoleur, par essence masculin semble-t-il. 

La disproportion est telle entre le sexisme envers les femmes et les quelques blagounettes contre les hommes, que ces dernières font sourire alors que les sites qui exploitent les clichés des tâches ménagères par essence dévolues aux femmes désolent car ils renforcent indirectement les inégalités persistantes dans le travail (et il n'est pas besoin d'être féministe pour bondir). Reste à espérer que ceux qui ont exploité lesdits clichés l'ont fait par pure provocation pour un buzz réussi (à défaut d'un business peut-on espérer) et non parce qu'ils croyaient vraiment que c'était « rigolo », auquel cas, il y a des baffes qui se perdent...

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C'est combien une heure de location?