sorry we are closedDepuis 2006, on parle de l'eldorado des services à la personne : "un secteur prometteur dans lequel de nombreux entrepreneurs peuvent se lancer et qui permettra de créer des milliers d'emplois non délocalisables". Il y a effectivement un potentiel sur le secteur mais c'est avant tout un secteur compliqué. aladom vous propose le témoignage d'un entrepreneur qui y a cru et qui a malheureusement déchanté. Il a souhaité garder l'anonymat pour ne pas nuire à ceux qui font partie du même réseau de franchise que lui et qui essayent de s'en sortir. Nous l'appellerons JP dans cet article.

JP a travaillé 20 ans dans le secteur de la grande distribution, dont 8 années en tant que directeur d'un supermarché. Il était donc habitué à gérer des équipes. Souhaitant quitter un secteur stressant, et se rapprocher de sa famille dans le nord de la France, il a alors décidé de changer de métier et de créer sa société sur un marché porteur ne nécessitant pas d'investissement élevé et permettant de gérer du personnel. Le matraquage médiatique sur les services à la personne l'a orienté vers ce secteur, et comme il ne souhaitait pas être seul, il a choisi de rejoindre une franchise. Son choix s'est porté sur un réseau dont il était client à l'époque et qui disposait alors d'une vingtaine d'agences. Début 2009 il signe son contrat et obtient son agrément auprès de la DDETFP trois mois plus tard. Un peu plus d'un an après, le tribunal de commerce vient malheureusement de prononcer la liquidation immédiate de sa société.
Le contexte économique et la crise ont joués en sa défaveur, car quand il faut faire attention aux dépenses les gens préfèrent économiser sur les services à domicile et s'occuper eux même de leur ménage et de leur jardin pour garder de l'argent pour partir en vacances. Mais ce n'est pas la seule raison. Quand on demande à JP si le secteur des services à la personne est un eldorado, il répond qu'il ne faut pas espérer faire y fortune et qu'il faut s'attendre à rouler en Clio plutôt qu'en Mercedes. Ceux qui se sont lancés en 2005 peuvent s'en sortir mais il est selon lui trop tard pour se lancer aujourd'hui.
Il est très difficile pour les entreprises de se faire une place, en particulier face aux particuliers rémunérés en CESU et au travail au noir qui reste très présent. Pour chaque heure d'intervention, quand on retire les frais de la structure et les charges salariales, on peut espérer gagner entre 2 et 3 euros par heure. Il faut donc faire beaucoup d'heures et avoir de nombreux intervenants, mais il est alors nécessaire de recruter un chargé d'affaire qui ne sera pas facturé et qui augmentera les frais.
Une autre concurrence est apparu avec le développement des auto entrepreneurs qui proposent des tarifs moins élevés mais qui risquent de déchanter quand il réaliseront qu'ils travaillent pour un revenu inférieur au SMIC.
JP avait choisi de s'implanter dans une zone rurale avec une activité saisonnière, ce qui était une erreur selon lui. Il regrette que le réseau de sa franchise ne l'ait pas conseillé sur ce point. D'après lui, ce que cherchent les réseau c'est avant tout d'avoir des franchisés. Au niveau de l'implantation, il vaut mieux cibler de grosses agglomérations de plus de 200000 habitants, mais il y a alors en général de nombreux concurrents.
Autre problème pour le secteur : le manque de visibilité sur la pérennité des avantages fiscaux. Il se peut quand dans l'avenir les réductions diminuent et que les 50% proposés aujourd'hui passent à 30% par exemple. Ceci ferait d'énorme dégâts.
Enfin, dernier point noir pour les entreprises de services à la personne : le recrutement. Il est difficile de trouver du bon personnel et de le garder. Les entreprises sont encouragées à payer leurs intervenants au SMIC pour ne pas payer trop de charges (réduction Fillon...). Or, une femme de ménage travaillant directement pour des particulier gagnant plus que le SMIC, il est très difficile aux entreprises de trouver du bon personnel. De plus les salariés ne veulent pas faire trop de déplacement. Malgré les indemnités transports proposées, JP a pu entendre de la part d'une de ses intervenantes que si on l'obligeait à aller travailler chez un client éloigné de chez elle, elle se mettait en arrêt maladie.
En résumé, le tableau est un peu noir et pour JP, ceux qui s'en sorte le mieux sont les franchiseurs qui se sont rendu compte qu'il gagnerait plus d'argent avec les droits de leurs franchisés qu'avec les clients finaux. Les responsables des franchises se retrouvent eux à travailler énormément pour de faibles revenus.

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