Le macaron « S », une fausse bonne idée

Régulièrement, la rumeur refait surface : les conducteurs âgés devraient bientôt apposer un macaron « S » à l'arrière de leur véhicule, sur le modèle du « A » des jeunes conducteurs. Il n'en est rien : aucune obligation n'existe.

Selon Romain Ganneau, le projet vient d'une structure, a priori associative, « qui promeut le macaron senior comme un vecteur discutable d'une meilleure sécurité routière, et surtout qui en vend ».

Sur le fond, le directeur général de Silver Valley y voit « une fausse bonne idée ». Les seniors sont plus souvent victimes qu'auteurs d'accidents. Un autocollant ne réduirait donc les risques que de façon très marginale, en incitant au mieux les autres conducteurs à plus de prudence.

Surtout, il comporte un vrai risque de stigmatisation. « L'utilisation du terme générique “senior” laisse entendre qu'il existerait une catégorie homogène de personnes qui, de par leur âge, auraient les mêmes difficultés et besoins », souligne-t-il. Or entre un retraité de 66 ans et une personne de 90 ans, les situations n'ont souvent rien de comparable.

Plus souvent victimes que responsables

Les chiffres de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) confirment ce constat. Les 75 ans et plus représentent 17 % des personnes tuées sur la route, mais seulement 12 % des présumés responsables d'accidents mortels.

Pour Romain Ganneau, cet écart s'explique d'abord par les comportements : les seniors ont « sûrement moins de comportements à risque » au volant.

Leur exposition dépasse d'ailleurs largement la conduite. Près d'un piéton tué sur deux a 65 ans ou plus. La raison est physique : « Les seniors sont plus fragiles et sont donc davantage impactés lorsqu'ils sont victimes d'un accident. » À choc égal, les conséquences sont plus lourdes.

L'état de santé plutôt que l'âge

Faut-il alors un contrôle obligatoire à partir d'un certain âge ? Romain Ganneau ne le pense pas. Un cadre existe déjà : l'arrêté du 28 mars 2022 fixe la liste des affections médicales incompatibles avec la conduite, ou qui la soumettent à conditions.

« L'enjeu est de bien respecter ce cadre, quitte à le faire évoluer si nécessaire, plutôt que de stigmatiser les personnes en fonction de leur âge », explique-t-il. Il juge plus pertinent de raisonner selon la situation de vie et l'état de santé de chacun.

L'exemple de la Suisse invite d'ailleurs à la prudence. Une polémique y est en cours autour des tests imposés aux conducteurs de plus de 75 ans. Certaines méthodes sont jugées peu fiables, et les médecins généralistes chargés de les réaliser seraient insuffisamment formés.

Plutôt qu'un couperet lié à l'âge, Silver Valley défend un bilan de conduite après un problème de santé touchant l'autonomie ou les fonctions cognitives. Et lorsqu'un proche s'inquiète, le conseil est simple : aborder le sujet « de manière factuelle, en proposant des alternatives », pour ne pas braquer la personne concernée.

Les aides à la conduite, un potentiel mal exploité

Les rares chiffres disponibles le montrent : quand les aides à la conduite sont proposées en option, les seniors les choisissent moins souvent. Pour Romain Ganneau, deux raisons l'expliquent.

  • Un discours trop technologique. La proposition commerciale met en avant la technique, pas le bénéfice concret pour le conducteur âgé.
  • Une méfiance envers l'électronique. Ces générations ont surtout connu la fiabilité de la mécanique ; l'arrivée de nouvelles technologies peut être anxiogène.

Pourtant, plusieurs équipements peuvent apporter des réponses intéressantes : détecteurs de collision, systèmes de détection de l'endormissement, conduite assistée, voire à terme conduite autonome.

D'où une proposition : « Plutôt que de proposer systématiquement des bilans de conduite à partir d'un certain âge, pourquoi ne pas également tester et présenter aux seniors les différentes options d'aides à la conduite et leurs bénéfices concrets ? »

Arrêter de conduire sans s'isoler

Une perte de mobilité mène vite à l'isolement. Pour éviter que l'arrêt de la conduite ne coupe une personne âgée de sa vie sociale, la réponse passe par des alternatives, en matière de services comme de mobilité.

Les services à domicile peuvent y jouer « un rôle crucial » : aide aux courses, accompagnement aux rendez-vous, transport accompagné. Reste la question du financement. Des dispositifs existent déjà, comme Sortir Plus, proposé par les caisses de retraite complémentaires. Romain Ganneau suggère aussi que les plans d'aide prévoient davantage d'accompagnement véhiculé pour les personnes les plus fragiles.

La ville elle-même a un rôle à jouer, puisque les seniors sont très exposés en tant que piétons. Pour concevoir des espaces où l'on peut marcher en sécurité à tout âge, il recommande de s'appuyer sur les travaux du Réseau francophone des villes amies des aînés (RFVAA).

Les innovations à suivre, et un conseil aux familles

Parmi les projets repérés par Silver Valley, trois pistes paraissent les plus prometteuses pour la mobilité des seniors : le transport à la demande, la conduite assistée ou autonome et, à plus long terme, les exosquelettes.

Mais le levier le plus immédiat reste le dialogue. Le conseil de Romain Ganneau aux familles et aux aidants tient en une phrase : « Parlez du sujet de la mobilité le plus tôt possible, et pas uniquement lorsque l'accident est déjà arrivé. »