L'agitation au Palais Bourbon aura finalement débouché sur un coup d'arrêt. Alors que la majorité avait voté une motion de rejet vendredi dernier pour court-circuiter l'obstruction parlementaire et envoyer le texte directement en Commission Mixte Paritaire (CMP), l'exécutif a choisi de calmer le jeu face à la fronde syndicale.
Un paradoxe législatif pour gagner du temps
Vendredi 10 avril 2026, l'image était inhabituelle : une majorité qui vote contre le texte qu'elle a elle-même inscrit à l'ordre du jour. Face au dépôt massif d'amendements par les groupes de gauche sur la proposition de loi visant à permettre aux salariés de certains services (boulangeries, fleuristes, boucheries) de travailler le 1er mai, le groupe Ensemble pour la République (EPR) a dégainé une motion de rejet préalable.
« Certains groupes ont fait le choix de l'obstruction, rendant impossible l'examen du texte dans un délai raisonnable », a justifié Nicole Dubré-Chirat (EPR). L'objectif est clair : éviter l'enlisement des débats dans l'hémicycle pour permettre au texte d'être définitivement adopté avant le 1er mai prochain.
Le texte ne devait pas être discuté davantage à l'Assemblée en première lecture mais être renvoyé la semaine suivane en Commission Mixte Paritaire (CMP). Cette instance, composée de 7 députés et 7 sénateurs, devait établir une version commune du texte. Si un accord était trouvé, le projet de loi pouvait être définitivement validé dans les jours suivants, juste à temps pour le 1er mai 2026.
La gauche crie au « déni de démocratie »
Dans l'hémicycle, l'ambiance est rapidement devenue électrique. Entre rappels au règlement et suspensions de séance, les députés du Nouveau Front Populaire ont dénoncé un « passage en force ».
- Stéphane Peu (GDR) a fustigé une « négation du Parlement ».
- Hadrien Clouet (LFI) a rappelé l'importance symbolique de cette date : « Vous voulez supprimer un jour chômé, férié depuis 1947, par des coups de force parlementaires. »
- Cyrielle Chatelain (Écologiste) a même comparé la manœuvre à un « 49.3 du groupe macroniste ».
Pour marquer leur désaccord, les bancs de gauche ont entonné La Marseillaise puis L'Internationale, transformant l'examen technique du texte en un affrontement idéologique frontal.
L'U2P défend une mesure « de bon sens »
Pourtant, hors des murs de l'Assemblée, le texte est très attendu par une partie du secteur de l'artisanat et du commerce de proximité. L’Union des entreprises de proximité (U2P) a réaffirmé son soutien total au projet. Pour son président, Michel Picon, il s'agit de sortir d'une situation « archaïque ».
Les trois arguments de l'U2P :
- Pouvoir d'achat : Les salariés volontaires pourraient doubler leur rémunération sur cette journée.
- Service public : Répondre à la demande des Français souhaitant accéder à leurs commerces de quartier.
- Équité : Permettre aux petites entreprises de lutter contre la concurrence déloyale de certains secteurs déjà dérogatoires.
Un renvoi sine die pour apaiser les tensions
À l'issue d'une rencontre tendue avec les organisations syndicales lundi 13 avril 2026 au soir, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé que la loi permettant d'élargir le travail le 1er-Mai en France était renvoyée « sine die » (sans date fixée).
Cette décision marque un recul net par rapport à la stratégie d'urgence adoptée la semaine dernière. Le gouvernement semble avoir pris la mesure de l'attachement symbolique des Français et des syndicats à cette date.
Le 1er-Mai reste « le seul jour férié, chômé et payé »
Le ministre a tenu à clarifier la position de l'État pour dissiper les inquiétudes :
« J'ai entendu les inquiétudes des organisations syndicales et je veux être clair, le 1er-Mai n'est pas une journée comme les autres. C'est la journée des travailleurs et des travailleuses, c'est le seul jour férié, chômé et payé. Ce principe général doit continuer à prévaloir même si certaines dérogations sont possibles. »
En l'état, le droit du travail ne sera donc pas modifié pour le 1er mai prochain. Les commerces de proximité (boulangeries, fleuristes, etc.) resteront soumis aux règles actuelles, au grand dam de l'U2P qui plaidait pour une ouverture facilitée au nom du « bon sens » et du pouvoir d'achat.
Un rendez-vous pris avant 2027
Si le projet est enterré pour cette année, il n'est pas définitivement mort. Le gouvernement a en effet promis de revenir sur le sujet avant mai 2027.
Cette échéance laisse entendre que l'exécutif compte engager une concertation plus approfondie avec les partenaires sociaux pour définir d'éventuelles nouvelles dérogations, loin de la précipitation législative observée ces derniers jours.
En résumé :
- Statu quo pour 2026 : Le 1er-Mai demeure chômé et payé pour la quasi-totalité des salariés.
- Report législatif : Le texte est retiré de l'agenda immédiat.
- Nouvelle échéance : Le débat est reporté à une date ultérieure, avec un horizon fixé à 2027.
Ce que cela change pour vous : Si vous travaillez dans le secteur des services à la personne ou du commerce de détail, les règles habituelles de fermeture et de majoration pour le 1er mai continuent de s'appliquer strictement cette année.
Des propositions visant à créer un jour férié supplémentaire le 8 mars refont surface.
Nous ne sommes évidemment pas opposés au 8 mars ni à l’objectif d’égalité entre les femmes et les hommes. Mais on ne combat pas les inégalités en fermant l’économie un jour de plus. Les indépendants demandent à pouvoir travailler, pas à s’arrêter davantage. C’est tout le sujet autour de l’ouverture du 1er mai… Aux pouvoirs publics comme à certaines organisations syndicales : les priorités sont connues et sont différentes : sécuriser immédiatement le 1er mai, sortir de dispositifs dépendants de discussions de branche inopérantes pour les TPE mais qui sont des usages pour faire vivre le paritarisme. Et regarder enfin la réalité des femmes entrepreneures, leur charge de travail et leurs contraintes. C’est sur ces sujets qu’il faut agir, maintenant.
L’U2P dénonce une politique de gribouille
L’U2P ne comprend pas que le Gouvernement se soit soumis aux injonctions des organisations syndicales de salariés, abandonnant en rase campagne le projet qui devait donner la possibilité à quelques professions limitativement signalées, dont les boulangers, de proposer aux salariés volontaires de travailler le 1er mai moyennant un doublement du salaire journalier.
Les syndicats qui appellent au dialogue social devraient savoir que celui-ci a déjà eu lieu dans les branches professionnelles de la boulangerie, de l’artisanat alimentaire de détail et des fleuristes. Il aurait suffi que la loi vienne entériner les accords intervenus entre représentants des salariés et des employeurs. Au lieu de valoriser ce dialogue social, les syndicats ont préféré agiter un chiffon rouge.
Il est particulièrement regrettable que le Gouvernement n’ait pas attendu de rencontrer les représentants des chefs d’entreprise avant de prendre sa décision, affichant aussi son mépris pour la représentation nationale (Sénat et Assemblée nationale).
Le Président de l’U2P, Michel Picon, se rendra au rendez-vous avec le ministre du Travail et des Solidarités, ce jour à 17h30, accompagné de deux Vice-Présidents, Dominique Anract, Président de la Confédération générale de l’alimentation en détail et Laurent Munerot, Président de la Confédération nationale de l’artisanat des métiers de services et de fabrication.
L’U2P statuera ensuite sur les conséquences qu’elle tirera de ce revirement gouvernemental.
Michel Picon a ajouté : « Les artisans et commerçants ne comprennent rien à cette politique de gribouille. Il n’a jamais été question d’imposer une généralisation du travail le 1er mai, mais juste de laisser la possibilité aux salariés de quelques commerces de proximité de travailler en vue d’améliorer leur pouvoir d’achat. »