Un « plan social » silencieux
Les chiffres dévoilés par la Capeb sont alarmants. En 2025, l'activité des artisans du bâtiment a enregistré un recul de 3,8 %. Cette baisse d'activité a un impact direct et brutal sur l'emploi, frappant de plein fouet les TPE (Très Petites Entreprises de moins de 10 salariés).
« Un vrai plan social ». C'est en ces termes que Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, qualifie la situation. Le bilan humain est lourd :
- Destruction d'emplois : Entre 30 000 et 40 000 postes ont disparu en deux ans.
- Recrutement en berne : Le recrutement d'apprentis en CAP a chuté de 6 %, laissant craindre une pénurie de main-d'œuvre qualifiée à moyen terme.
- Licenciements : Au second semestre 2025, 25 % des entreprises artisanales ont vu le nombre de licenciements augmenter.
Les causes de l'effondrement : « Stop and Go » et fin du Neuf
La crise actuelle résulte d'une convergence de facteurs défavorables qui touchent l'ensemble du territoire national (à l'exception notable de la région PACA).
1. L'instabilité de MaPrimeRénov'
Les artisans dénoncent la gestion erratique du dispositif phare d'aide à la rénovation énergétique. Les suspensions successives, notamment celle de début janvier faute de budget, et les changements constants de règles empêchent les particuliers de se projeter et les professionnels de planifier leurs chantiers. Ce phénomène de « Stop and Go » est pointé du doigt comme un frein majeur.
2. L'atonie de la construction neuve
Le segment du logement neuf est le plus touché, avec une baisse d'activité de 7 %. Cette chute est aggravée par :
- La suppression de la loi Pinel fin 2024.
- L'inflation des matières premières, que les entreprises peinent à absorber par manque de trésorerie.
Les propositions de la Capeb pour relancer la machine
Face à l'urgence, la Capeb est en négociation avec le ministère du Logement et avance plusieurs pistes pour redonner de la visibilité au secteur :
- Planification pluriannuelle : Sortir de la logique budgétaire annuelle pour offrir une vision sur 5 ans (un "parcours d'accompagnement"), permettant de réaliser des rénovations étape par étape.
- Maintien du rôle de l'Anah : La Capeb insiste pour que MaPrimeRénov' reste géré par l'Agence nationale de l'habitat (public) plutôt que par le privé, afin de limiter les fraudes.
- Mixité des financements : Mobiliser davantage d'argent privé via les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) ou le leasing bancaire. Une hausse de 27 % de l'enveloppe des CEE est d'ailleurs prévue pour 2026 (atteignant 8 milliards d'euros).
Pour Jean-Christophe Repon, l'objectif est clair : il faut « mixer les fonds publics et privés pour avoir de la visibilité » et sauver un secteur vital pour l'économie française avant l'échéance de 2027.