Un constat de départ simple, mais radical
Le principe des Territoires zéro chômeur de longue durée repose sur une idée fondatrice : personne n’est inemployable. Si des personnes restent durablement privées d’emploi, ce n’est pas par manque de volonté ou de compétences, mais parce que le marché du travail ne crée pas d’emplois adaptés à leurs réalités.
À partir de ce constat, le dispositif propose de faire l’inverse de ce qui est habituellement pratiqué : au lieu d’adapter les personnes aux emplois disponibles, il s’agit de créer des emplois utiles, non concurrentiels, à partir des besoins locaux non satisfaits.
Ces emplois sont proposés en CDI, à temps choisi, à des personnes privées d’emploi depuis plus d’un an, volontaires pour intégrer le projet.
Un territoire candidat est d’abord habilité par l’État. Il identifie ensuite les personnes concernées par le chômage de longue durée, ainsi que les besoins non couverts du territoire : services aux habitants, transition écologique, mobilité, lien social, entretien d’espaces, recyclage, etc.
Pour répondre à ces besoins, une ou plusieurs entreprises à but d’emploi (EBE) sont créées. Elles embauchent directement les personnes privées d’emploi, sans sélection sur CV ou diplôme.
Le financement repose sur une idée clé : le chômage de longue durée a un coût élevé pour la collectivité (allocations, soins, accompagnement social). Le dispositif redirige une partie de ces dépenses vers la création d’emplois utiles, sans surcoût global.
Des résultats encourageants sur le terrain
Plusieurs territoires engagés témoignent de résultats positifs. Dans les Landes, par exemple, la communauté de communes de Mimizan a accueilli d’autres territoires pour partager son expérience. Les élus locaux soulignent l’impact social du dispositif : retour à l’emploi durable, regain de confiance, amélioration du cadre de vie.
Dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, le territoire zéro chômeur a permis de créer des emplois de proximité, répondant à des besoins très concrets des habitants, tout en favorisant l’insertion de personnes durablement éloignées de l’emploi.
Un élu interrogé par Maires de France résume ainsi l’esprit du dispositif :
« On ne demande pas aux personnes de rentrer dans des cases. On part de ce qu’elles savent faire et de ce dont le territoire a besoin. »
Un impact humain majeur
Au-delà des chiffres, l’un des apports majeurs des Territoires zéro chômeur de longue durée est humain. Retrouver un emploi en CDI, même à temps partiel, change profondément le quotidien des personnes concernées.
Les témoignages recueillis par les acteurs de terrain évoquent une amélioration nette de la santé, une réduction de l’isolement social, une revalorisation de l’image de soi. Le travail redevient un espace de lien, de reconnaissance et de stabilité.
Ce changement de regard est également perceptible dans les territoires : les habitants voient émerger des services utiles, portés par des personnes qu’ils connaissent, ce qui renforce le tissu social local.
Si le dispositif affiche des résultats encourageants, il n’est pas exempt de difficultés. Le volet formation constitue l’un des points de fragilité régulièrement soulevés.
Selon une analyse du Céreq et des enquêtes relayées par ASH, les actions de formation proposées dans le cadre des TZCLD peinent parfois à trouver leur public. Plusieurs raisons sont avancées : fatigue après des années de chômage, appréhension vis-à-vis de la formation formelle, priorités immédiates liées à la reprise d’un emploi.
Cette question de la montée en compétences renvoie plus largement aux dispositifs de formation existants, notamment ceux proposés par France Travail (ex-Pôle emploi), que nous avions détaillés dans notre article consacré aux solutions pour se former grâce à Pôle emploi.
Pourtant, la montée en compétences est un enjeu clé pour sécuriser les parcours professionnels sur le long terme. Le défi consiste donc à proposer des formations adaptées, progressives, directement liées aux activités exercées, et intégrées au temps de travail.
Dans cette logique, l’accès à la formation reste un levier essentiel pour sécuriser les parcours professionnels, et Aladom recense également de nombreuses offres de formation dans les services à la personne pour accompagner les personnes vers un retour durable à l’emploi.
Un modèle qui interroge les politiques de l’emploi
Les Territoires zéro chômeur de longue durée questionnent en profondeur les politiques publiques de l’emploi. Ils remettent en cause une approche centrée sur l’employabilité individuelle, au profit d’une logique territoriale et collective.
Ce modèle invite à repenser le rôle des collectivités, des entreprises et de l’État dans la lutte contre le chômage. Il montre que des solutions locales, construites avec les habitants, peuvent produire des effets durables, à condition d’être accompagnées dans la durée.
Toutefois, son déploiement à grande échelle pose question : gouvernance, financement, capacité à maintenir le principe de non-concurrence, articulation avec les dispositifs existants… Autant de défis à relever pour pérenniser l’expérimentation.
Une expérimentation encore en construction
Aujourd’hui, les Territoires zéro chômeur de longue durée ne couvrent qu’une partie du territoire national. Leur extension progressive est encadrée par la loi, avec une attention particulière portée à l’évaluation des résultats.
Les retours des territoires pionniers sont précieux pour ajuster le dispositif, corriger ses failles et renforcer ses points forts. L’enjeu est désormais de consolider ce qui fonctionne, sans perdre l’esprit initial du projet : partir des personnes et des besoins locaux.
En conclusion
Les Territoires zéro chômeur de longue durée offrent une vision alternative et profondément humaine de la lutte contre le chômage. En misant sur la création d’emplois utiles, ancrés dans les territoires, ils redonnent une place à celles et ceux que le marché du travail a durablement laissés de côté.
S’ils ne constituent pas une solution miracle, ils ouvrent des pistes de réflexion essentielles pour repenser l’emploi, la formation et l’inclusion sociale. Une expérimentation à suivre de près, tant elle interroge notre rapport collectif au travail et à la solidarité.
Très bonne synthèse. TZCLD doit être pérenniser et proposer dans le cadre des municipales. C’est un vrai projet de société.