Moins de résidents en établissement, mais une dépendance toujours marquée

D’après la  DREES, 697 000 personnes vivaient en établissement fin 2023, soit 4,5 % de moins qu’en 2019. Cette baisse, observée dans presque toutes les structures, s’explique par la montée du « virage domiciliaire », c’est-à-dire la volonté de maintenir les aînés chez eux le plus longtemps possible.

Cette évolution démographique n’est pas appelée à ralentir : comme nous l’expliquions dans  notre article sur les projections de la DREES, la France comptera 700 000 seniors supplémentaires en perte d’autonomie d’ici 2050. Une perspective qui souligne l’urgence de repenser nos modes d’accompagnement.

Pour autant, le niveau de dépendance des résidents reste très élevé : 85 % sont en perte d’autonomie, et plus d’un tiers souffrent d’une maladie neurodégénérative telle qu’Alzheimer. L’âge médian des résidents s’élève à près de 88 ans, avec une majorité de femmes. Si les seniors entrent un peu plus tard en établissement, ils le font aussi dans des situations plus complexes. Camille Schweitzer, de la DREES, souligne que « la population accueillie en EHPAD est plus dépendante, mais aussi mieux accompagnée qu’auparavant, grâce aux efforts d’adaptation du secteur ».

Les EHPAD publics restent les plus sollicités, avec un taux d’occupation de 94 %, contre 90 % dans le privé lucratif. Une différence qui s’explique notamment par le coût moyen d’un hébergement, encore jugé trop élevé pour de nombreuses familles.

Le chèque énergie 2025 : une aide bienvenue pour les résidents d’EHPAD

Dans un contexte de hausse du coût de la vie, le chèque énergie 2025 représente une aide précieuse pour les foyers modestes. Destiné à couvrir les dépenses énergétiques (électricité, gaz, fioul, bois, etc.), il peut également être utilisé dans les établissements médico-sociaux. D’après  Pleine Vie, les résidents d’EHPAD sont éligibles, sous réserve que l’établissement facture séparément les frais d’énergie.

Le montant du chèque varie de 48 à 277 euros, selon les revenus du foyer fiscal et la composition du ménage. Les bénéficiaires recevront automatiquement leur chèque entre le 6 et le 25 novembre 2025, sans démarche à effectuer. En EHPAD, il peut être remis directement à la direction de l’établissement, qui le déduit ensuite du montant des charges.

« Pour certains de nos résidents, ces 200 euros font la différence », explique Nathalie Fournier, directrice d’un EHPAD public en Île-de-France, citée par Cap Retraite. « Cela permet d’alléger une facture souvent lourde pour les familles, surtout en hiver. »

Cette mesure s’inscrit dans un contexte de tension budgétaire pour les établissements, où le prix de l’énergie pèse de plus en plus lourd dans les coûts de fonctionnement.

Des seniors plus âgés, mais des séjours plus courts

L’étude de la DREES révèle aussi que les séjours en établissement se raccourcissent : la durée moyenne est désormais de 2 ans et 4 mois, contre 2 ans et 7 mois en 2019. Les entrées interviennent plus tard, souvent après un épisode hospitalier ou une perte d’autonomie brutale. La moitié des personnes intégrant un EHPAD ont plus de 85 ans, et 30 % y arrivent directement depuis leur domicile.

Cette évolution témoigne d’un changement de modèle : les établissements deviennent des lieux d’accompagnement de fin de vie plus que de long séjour. En parallèle, les résidences autonomie et les services d’aide à domicile se développent, illustrant la diversité des parcours de vieillissement.

Comme nous l’avions observé dans  notre étude sur les souhaits des Français face à la perte d’autonomie, trois quarts des personnes interrogées déclarent vouloir rester à domicile le plus longtemps possible. Cette aspiration influence directement la baisse du nombre de résidents en établissement observée par la DREES.

Un soutien encore insuffisant face à la dépendance croissante

Si le chèque énergie apporte un soulagement ponctuel, il ne compense pas les coûts croissants liés à la dépendance. Selon la DREES, près de 270 000 résidents présentent une pathologie neurodégénérative, ce qui implique des besoins accrus en personnel et en accompagnement. Or, le taux de vacance des postes reste élevé, et de nombreux établissements peinent à recruter.

Dans son rapport, la DREES souligne également la stagnation du taux de perte d’autonomie : la situation ne s’aggrave pas, mais ne s’améliore pas non plus. Une tendance qui rappelle la nécessité d’une réforme structurelle du grand âge, promise mais encore attendue.

« Le virage domiciliaire ne doit pas se faire au détriment des EHPAD », alerte Jean-Marc Duhamel, président d’une fédération associative. « Nous avons besoin de moyens supplémentaires pour accompagner dignement la dépendance. »

Cette transformation du secteur rejoint les orientations que nous défendons dans notre  Livre blanc EHPAD 2030, qui plaide pour un modèle de bien-être durable, à la fois plus humain, plus ouvert sur le territoire et mieux adapté aux nouveaux enjeux énergétiques et sociaux.

Mieux accompagner, c’est aussi mieux financer

L’étude de la DREES et la mise en place du chèque énergie 2025 offrent une photographie contrastée du vieillissement en France : moins de résidents en établissement, mais des profils plus âgés et plus dépendants, dans un contexte économique tendu.

Le chèque énergie constitue une bouffée d’air pour les familles et les établissements, mais il ne saurait suffire à résoudre les défis de long terme : financement des EHPAD, recrutement des soignants, rénovation énergétique et adaptation aux nouvelles générations de seniors.

Pour celles et ceux qui souhaitent trouver un accompagnement adapté sans passer par un établissement, nous proposons également un service complet d’aide aux personnes âgées, permettant de comparer les offres et de contacter directement des professionnels qualifiés à domicile.

À travers ces mesures, la société française semble amorcer une transition vers un modèle plus solidaire et plus équitable du grand âge. Reste à transformer ces signaux encourageants en réponses durables pour garantir un accompagnement digne et accessible à tous.