Le Mans et Lausanne, 21 septembre 2026. Oui Care franchit pour la première fois la frontière suisse en acquérant quatre sociétés spécialisées dans l'accompagnement, les soins à domicile et le placement de personnel médical : AMAD Homecare, La Solution (Saraï), AMAD Homecare La Côte et Proxy Service. Implantées dans les cantons de Vaud, Genève, Neuchâtel et Fribourg, elles forment aujourd'hui l'un des principaux groupes privés de soins et services à domicile de Suisse romande.

Un ensemble déjà constitué, pas quatre dossiers isolés

C'est l'une des caractéristiques de l'opération : Oui Care ne rachète pas quatre PME dispersées, mais un ensemble qui a déjà fait son travail d'intégration. AMAD Homecare couvre le canton de Vaud avec une prise en charge à domicile 24 h/24 et 7 j/7. La Solution (Saraï) intervient sur les soins médicalisés ou non et l'assistance à la personne. AMAD Homecare La Côte, anciennement Qualis Vita, est implantée à Nyon et positionnée sur les soins généraux, les services premium et l'accompagnement en santé mentale. Proxy Service, enfin, fournit en personnel de santé les cliniques, établissements médico-sociaux et centres médicaux.

Le groupe s'est construit par étapes autour de l'entrepreneur Mourade Djaouti et du groupe lausannois Après-Demain (Impact Healthcare SA), entré au capital de La Solution en 2019, puis artisan du rapprochement des trois structures en 2023. Sept ans d'accompagnement, une remise à niveau opérationnelle, une intégration déjà menée : Oui Care acquiert une organisation mutualisée plutôt qu'un chantier. Mourade Djaouti réinvestit au capital et reste engagé aux côtés des équipes — un signal classique mais rarement anodin sur la continuité opérationnelle attendue.

La Suisse, un marché proche mais pas identique

Oui Care met en avant la convergence des modèles : place importante du domicile, articulation entre soins et accompagnement, rôle reconnu des proches aidants. Le rapprochement est réel, mais les différences structurelles le sont aussi. Le système suisse fonctionne sur une logique cantonale, avec des acteurs publics et parapublics historiquement dominants sur l'aide et les soins à domicile, et un financement adossé à l'assurance maladie obligatoire. C'est précisément dans cet interstice que se sont développés les opérateurs privés rachetés, souvent positionnés sur la réactivité, le service premium et le placement de personnel — un segment tendu par la pénurie de soignants.

L'opération renforce mécaniquement le positionnement de Oui Care sur le grand âge, la perte d'autonomie et le handicap, qui représentent déjà environ 35 % de son activité. C'est là que se joue la croissance du secteur, des deux côtés de la frontière.

La croissance externe comme méthode

Le groupe ne cache pas son intention : construire progressivement une présence nationale suisse à horizon quatre à cinq ans, par ouverture d'agences, croissance organique et nouvelles opérations de rapprochement. Il s'appuie sur une méthode éprouvée — plus de 70 opérations de croissance externe en huit ans, un réseau de plus de 1 000 agences dans six pays.

Les ordres de grandeur rappellent le poids de l'acquéreur : 25 000 collaborateurs, 900 agences en France, 13 marques BtoC (dont O2, APEF, France Présence, Autonomia) et 3 marques BtoB (Silver Alliance, ASAP, itSAP), plus de 160 000 familles accompagnées, 550 millions d'euros de volume d'affaires en 2025 pour un objectif de un milliard d'ici cinq à sept ans. Guillaume Richard, PDG fondateur, replace l'opération dans une trajectoire explicite : devenir « l'un des leaders européens des services à la personne », puis viser le rang mondial à horizon 2035.

Ce que l'opération dit du secteur

Trois enseignements se dégagent pour les professionnels français du secteur.

D'abord, la consolidation ne s'arrête plus aux frontières nationales. Après avoir absorbé une part significative du tissu français, les grands réseaux vont chercher la croissance sur des marchés voisins où la solvabilité de la demande est forte.

Ensuite, la frontière entre services à la personne et soins à domicile continue de s'effacer. Les quatre cibles combinent soins infirmiers, accompagnement privé et placement de personnel de santé : un périmètre plus médicalisé que le cœur historique du SAP français.

Enfin, le modèle de sortie se précise pour les dirigeants indépendants du secteur : adossement à un groupe, réinvestissement au capital, maintien opérationnel. Un schéma que beaucoup d'opérateurs français de taille intermédiaire verront comme un précédent.