Un constat alarmant pour les finances publiques

La dynamique actuelle des arrêts de travail est jugée préoccupante : les dépenses d'indemnités journalières ont bondi de 45% entre 2019 et 2025, atteignant 17,9 milliards d'euros. Si des facteurs structurels comme le vieillissement de la population active (20% de la hausse) et l'augmentation des salaires (40%) expliquent une partie de cette progression, les 40% restants sont liés à une augmentation du taux de recours et de la durée moyenne des arrêts.

La France se distingue par un absentéisme particulièrement élevé, se classant au 5ème rang de l'OCDE avec une moyenne de 21 jours d'absence par an en 2024.

Focus : Le défi des services à la personne

Bien que le dossier de presse ne cite pas nommément les "services à la personne", les données présentées mettent en lumière les maux dont souffre particulièrement ce secteur :

  • L'omniprésence des Troubles Musculosquelettiques (TMS) : Les arrêts liés aux accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) sont plus longs et coûteux. Or, 30% des personnes en arrêt long pour TMS en 2022 n'auraient bénéficié d'aucun recours à la kinésithérapie, signe d'un manque de suivi médical adapté.
  • La santé mentale en première ligne : Les troubles psychiques sont un moteur majeur de la hausse des arrêts. Dans les métiers du lien et du soin, l'exposition aux risques psychosociaux est forte. Le plan note que 57% des arrêts pour troubles anxio-dépressifs mineurs dépassent la durée recommandée par la Haute Autorité de Santé (HAS).
  • Le poids pour les employeurs : Pour les structures de services à la personne, souvent des PME ou associations, l'absentéisme génère une désorganisation immédiate (remplacements difficiles, perte de productivité) estimée globalement à près de 100 milliards d'euros par an pour l'économie française.

La colère de la FNATH : un plan jugé « cynique »

Face à ces annonces, la FNATH (Association des accidentés de la vie) dénonce une politique du « deux poids, deux mesures ». L'organisation fustige l'instauration d'un « droit à la délation » via le futur bouton d'alerte permettant aux employeurs de signaler des arrêts jugés abusifs, tout en regrettant l'absence d'un outil similaire pour les salariés victimes d'épuisement professionnel. La FNATH critique également le fait que les entreprises en situation d'absentéisme atypique bénéficient d'un simple accompagnement pédagogique (kit d'auto-diagnostic ) et ne risquent un signalement au ministère du Travail qu'après plusieurs années de refus de coopérer. Selon l'association, ce plan privilégie la réduction des coûts sur le dos des malades et accidentés, via la limitation des durées d'indemnisation, plutôt que de s'attaquer aux conditions de travail dégradées qui génèrent l'absentéisme.

Un arsenal de mesures pour 2026

Pour inverser la tendance, plusieurs leviers sont activés :

  • Lutte contre le nomadisme médical : Un décret sera pris d'ici l'automne 2026 pour sanctionner les assurés multipliant les prescripteurs. En 2024, 13 000 assurés ont cumulé des arrêts prescrits par plus de 5 médecins différents. Un décret est attendu à l'automne 2026 pour sanctionner ces comportements.
  • Encadrement de la téléconsultation : La durée maximale des arrêts prescrits à distance est désormais limitée à 3 jours, sauf exceptions.
  • Évolutions législatives (LFSS 2026) : Dès le 1er septembre 2026, les arrêts seront limités à un mois pour une première prescription et deux mois pour une prolongation, sauf exceptions.
  • SOS IJ : Ce service d'appui expert pour les médecins, expérimenté avec succès en 2025, sera généralisé sur tout le territoire d'ici juin 2026 pour aider à la gestion des cas complexes. Ce point d'entrée unique permettra aux médecins généralistes d'obtenir un avis spécialisé (psychiatre, rhumatologue) pour mieux accompagner le retour à l'emploi et éviter l'isolement du prescripteur.
  • Ciblage des entreprises : Environ 1 100 entreprises présentant un absentéisme "atypique" (50% supérieur à la moyenne de leur secteur) feront l'objet d'un suivi renforcé.