Le bisphénol A (BPA) et les phtalates, dangereux perturbateurs
endocriniens utilisés dans le plastique, ne se trouvent pas
exclusivement dans les biberons mais également dans du matériel médical.
Du Bisphénol dans les maternelles
Selon une étude publiée dans le bulletin épidémiologique
hebdomadaire (BEH), les femmes qui accouchent par césarienne ou à l'aide
de forceps auraient plus de risques de contamination par le bisphénol que les autres. Les résultats de l'étude pilote Elfe menée en octobre 2007 sur plus de 500 naissances révèlent que la cause serait due au matériel médical : "les concentrations élevées et les différences mises en évidence
selon le type d'accouchement suggèrent une exposition particulière en
maternité" écrivent les auteurs de cette enquête.
Le BPA et les phtalates sont des perturbateurs endocriniens, utilisés dans les plastiques, qui peuvent induire des effets sur le développement de l'enfant et sur la reproduction. Stéphanie Vandentoren, scientifique ayant participé au travail de recherche, explique : "Pour la première fois en France, nous disposons d'une estimation du
niveau d'imprégnation à ces substances auprès d'une population
vulnérable."
Les conséquences ne sont pas encore certifiées : "Pour des femmes qui restent peu de temps à la maternité, le niveau
d'exposition reste faible. En revanche, nous nous posons des questions
pour celles qui doivent recevoir des soins sur plusieurs jours."
Il faut rappeler que le BPA est couramment utilisé dans la fabrication des
bouteilles et des produits en plastique, dont certains dispositifs
médicaux. Depuis le 1er juin son utilisation est interdite pour la fabrication des biberons. Ce composé chimique de synthèse est néanmoins classé en tant que substance reprotoxique de catégorie 3, soit préoccupante pour la fertilité de l'espèce humaine. Quant aux phtalates, ils sont pour leur part accusés d'altérer le potentiel reproducteur masculin et, début mai, l'Assemblée Nationale a adopté une proposition de loi pour interdire leur utilisation.
Une enquête à approfondir
L'enquête menée Elfe est pour le moment une étude-pilote qui livre une première estimation de l'imprégnation maternelle à ces substances en maternité. Elle servira de modèle à la grande étude Elfe sur 20.000 enfants nés en 2011 qui seront suivis jusqu'à l'âge adulte. Etude pilote menée dans la région Rhône-Alpes et en Seine-Saint-Denis auprès de 279 femmes ; des échantillons d'urine ont donc été collectés chez les 279 mères en salle de naissance.
Le bisphénol A total a été détecté dans plus de 90% des échantillons
urinaires collectés. Les concentrations en BPA s'étalaient de 0,03 à 598
microgrammes par litre, avec une concentration médiane de 2,5
microgrammes par litre. Les auteurs affirment que "ces résultats mettent en évidence une voie d'exposition, via les dispositifs médicaux, des femmes enceintes et de leurs nouveau-nés lors de longs séjours hospitaliers (unité de soins intensifs en néonatalogie ou en gynécologie-obstétrique)".
Ils précisent néanmoins que cette étude "nécessite des
approfondissements", car "outre les risques déjà évoqués sur les
fonctions reproductrices, les phtalates et le BPA sont également
suspectés d'être des perturbateurs thyroïdiens, avec un possible
retentissement sur le développement cérébral".
Selon les experts de l'étude, la mise en évidence de ces problèmes de
contamination par des dispositifs médicaux devrait être prise en compte,
notamment pour donner de nouvelles consignes aux sages-femmes en
maternité.