Ce que les étudiants reprochent à Parcoursup

Modifier ou supprimer Parcoursup fait partie des revendications des lycéens. La critique porte moins sur la plateforme que sur ce qu'elle a installé : une sélection à l'entrée de l'université, avec la loi ORE de 2018. Les reproches reviennent d'une année sur l'autre :

  • L'opacité. Les « algorithmes locaux » des formations ont longtemps été secrets. En avril 2020, le Conseil constitutionnel a imposé la publication des critères, mais seulement après les décisions (L'Étudiant).
  • Le stress. Des semaines d'attente, des listes d'attente mouvantes, une orientation jouée dès la terminale.
  • Les inégalités. La réputation du lycée d'origine, l'accompagnement familial ou la maîtrise des codes pèsent sur les dossiers.
  • Les recalés. Au 11 juillet 2026, 126 632 candidats n'avaient encore aucune proposition, soit environ 17 % des inscrits.

Avant Parcoursup : APB et le tirage au sort

On l'oublie vite, mais le système précédent, Admission post-bac (APB), avait atteint ses limites. En 2017, faute de critères légaux pour départager les candidats, 169 licences ont dû recourir au tirage au sort, contre 78 l'année précédente. STAPS était la filière la plus touchée.

Un bachelier motivé pouvait donc être écarté par le hasard, sans explication. Fin septembre 2017, environ 3 700 bacheliers restaient encore sans formation, dont 67 % issus de bac pro.

L'information était aussi plus pauvre. Les lycéens choisissaient souvent sans connaître les attendus des formations, leurs taux de réussite ou leurs débouchés. La hiérarchisation obligatoire des vœux rendait le choix stratégique et anxiogène.

Ce que fait Parcoursup : réguler l'offre et la demande

Parcoursup n'a pas créé la pénurie de places : il l'organise. En 2026, environ 866 000 candidats (660 000 lycéens et 206 000 étudiants en réorientation) ont formulé 14 millions de vœux. Face à ce volume, il faut une règle pour départager.

La plateforme remplace le hasard par l'examen des dossiers. Elle a aussi apporté :

  • Plus d'information : attendus, taux d'accès, effectifs et débouchés affichés pour chaque formation.
  • Des vœux non hiérarchisés : le candidat ne s'auto-censure plus en classant ses choix.
  • Une affectation rapide pour la majorité : 66 % des lycéens avaient une proposition dès le 2 juin 2026, 80 % une semaine plus tard (CIDJ).
  • Des filets de sécurité : phase complémentaire (83 000 places vacantes en 2026) et commissions d'accès à l'enseignement supérieur (CAES) pour les sans-proposition.

Le chiffre des 126 000 « sans proposition » est à nuancer : il compte aussi des candidats qui n'ont demandé que des filières très sélectives ou qui ont abandonné en cours de route, et plus de 162 000 lycéens déclaraient d'autres projets hors Parcoursup.

Les conséquences d'une suppression pure et simple

Supprimer Parcoursup sans rien changer d'autre ne créerait pas une seule place supplémentaire. Il faudrait toujours répartir les candidats, et les options de rechange ont chacune un coût :

  • Retour au tirage au sort. Dans les filières en tension (STAPS, psychologie, droit, santé), le hasard déciderait à nouveau. C'est précisément ce qui avait été jugé inacceptable en 2017.
  • Premier arrivé, premier servi, ou critère géographique. Ces règles avantagent ceux qui vivent près des bonnes universités, sans lien avec le projet ni le niveau.
  • Inscriptions directes établissement par établissement. Chaque école aurait son calendrier et ses dossiers. Les familles les mieux informées s'en sortiraient le mieux, et les places bloquées par des candidats multiples se libéreraient tard.
  • Un accès libre en licence, sélection reportée en fin de première année. Des amphis saturés, un taux d'échec en L1 déjà élevé qui grimperait, et une sélection par l'échec plutôt qu'à l'entrée.

Seule une suppression accompagnée d'un investissement massif (places, enseignants, locaux) répondrait à la demande étudiante sur le fond. Mais c'est alors la question des moyens, et non de la plateforme, qui est posée.

Réformer plutôt que supprimer

Les critiques étudiantes pointent de vrais défauts, que l'on peut corriger sans revenir au hasard :

  1. Ouvrir des places dans les filières en tension, en priorité BTS et BUT pour les bacheliers professionnels et technologiques.
  2. Publier les critères avant les vœux, pas après, avec leur poids réel dans le classement.
  3. Raccourcir l'attente en limitant les listes d'attente qui traînent jusqu'à l'été.
  4. Renforcer l'orientation au lycée, pour que l'information disponible soit vraiment utilisée par tous, pas seulement par les familles qui savent la lire.
  5. Neutraliser l'effet lycée d'origine, par exemple avec des quotas de boursiers ou d'élèves de lycées moins favorisés ou en anonymisant le lycée d'origine.

Conclusion

« Supprimer Parcoursup » est un slogan efficace, mais il vise l'outil plutôt que la cause : le manque de places.

Parcoursup a mis fin au tirage au sort et donné aux lycéens une information qu'ils n'avaient pas. Il reste opaque et anxiogène par endroits. Le vrai débat porte sur les moyens de l'enseignement supérieur et sur l'équité des critères, pas sur l'existence d'une plateforme.