Du retour du cathé quand on ne parle que de laïcité...

Parler du catéchisme qui fait son retour à l'heure où le ministre de l'éducation nationale vient de faire apposer une charte sur la laïcité sur tous les murs de toutes les écoles de la République a de quoi surprendre. Il n'y a aucun lien entre les deux, mais un simple concours de circonstances qui peut faire sourire. 

Ce lundi, Vincent Peillon a dévoilé la charte sur la laïcité, un texte de 15 articles qui doit servir de référence aux enseignants, aux élèves et aux parents pour définir ce qu'est la laïcité dans le milieu scolaire. La charte rappelle notamment l'obligation de neutralité des personnels, la proscription des signes ou tenues religieuses ostentatoires et l'interdiction de contestation d'une matière par les élèves au nom de leurs convictions religieuses. 

La religion doit rester dans la sphère privée et ne pas entrer à l'école publique

L'outil se veut pédagogique comme l'école se veut laïque. Place à la liberté d'expression mais sans prosélytisme, chacun étant libre de penser ou de croire ce qu'il veut tant que sa religion reste à la porte de l'établissement scolaire. Pour mémoire, le principe de la laïcité de l'Etat est posé par l'article 2 de la Constitution française de 1958. La croyance religieuse est considérée comme relevant de la sphère privée. Ainsi donc, l'Etat n'intervient pas dans la religion du citoyen et réciproquement. 

Dans le même temps, on apprend sur le site de Libération que le catéchisme recrute à nouveau, grâce à la mise en place de la réforme des rythmes scolaires. Il ne rentre toutefois pas à l'école publique, l'honneur est sauf... 

Et pourtant, le catéchisme fait son retour "grâce" à Vincent Peillon  

Quel est le lien entre les deux ? Une mobilisation des religieux et des bénévoles qui doivent s'adapter au nouveau planning. Traditionnellement, le catéchisme était dispensé aux enfants le mercredi matin, mais ceux qui sont scolarisés dans communes ayant adopté la semaine de 4,5 jours d'école par semaine ont désormais cours ce matin-là. Dans le même temps, il convient d'occuper ces enfants à partir de 15h30, heure de fin des cours. Alors, certaines paroisses, dont le diocèse de Paris ont « diversifié leur offre », une vraie stratégie marketing ! 

Sur le site de Libération, on apprend ainsi que la paroisse de Sanary-sur-Mer (Var) se propose désormais d'aller chercher les enfants à la fin des cours pour un goûter, puis une aide aux devoirs suivie d'un enseignement religieux. Fin du programme vers 18h30, tous les enfants sont les bienvenus, nul besoin d'être baptisés et tout cela est gratuit. A Paris, une campagne d'affiches annonce : « Nouveaux rythmes scolaires, le catéchisme s'adapte ». 

On attribue souvent à André Malraux la phrase célèbre « le siècle prochain sera religieux ou ne sera pas », ce qu'il a démenti à plusieurs reprises, mais peut-être formulé ainsi « le XXIème siècle sera mystique ou ne sera pas ». Quoi qu'il en soit, force est de constater qu'on a jamais autant parlé de religion dans un état qui s'est séparé des Eglises par une loi adoptée en 1905.

Commentaires

Pour moi, la personne humaine a une dimension spirituelle. Notamment elle nous distingue des autres espèces animales. On risque de rendre tout le monde schizophrène à vouloir à tout prix supprimer tout signe religieux de la sphère publique. Ce n'est pas forcément du prosélytisme que d'afficher - d'une manière non ostentatoire en général - son appartenance à telle ou telle religion... Décidément, cette laïcité très française est pleine de contradictions...