Erwan Le Noan est avocat et président d'une association qui prépare des lycéens de ZEP aux concours des Grandes écoles et à l'entrée dans l'enseignement supérieur. Sur le site Antlantico.fr, il s'exprime sur le besoin de repenser le mode de rémunération des professeurs et évoque l'intérêt de le rendre incitatif. A la veille du grand mouvement de grève annoncé dans le corps enseignant demain, voilà de quoi épicer un peu le débat. 

Décentraliser et individualiser la rémunération des professeurs

Selon Erwan Le Noan, on ne peut pas appliquer un même et unique mode de rémunération à l'ensemble des personnels de l'Education nationale. Décentralisation et individualisation des critères de rémunération devraient être sérieusement envisagés dans le cadre d'une refonte. D'autant que, toujours selon Erwan Le Noan, « les fonctionnaires sont globalement mieux payés, partent à la retraite plus tôt, ont plus de vacances et un emploi préservés ! Et c'est encore plus vrai des enseignants. » 

Pour les professeurs, à l'instar de l'OCDE, il préconise « une rémunération au mérite ». Une solution qui ne doit pas être uniforme eu égard aux différences qui existent sur le terrain entre le quotidien d'un professeur en milieu rural, celui d'un professeur dans un quartier chic de la capitale ou encore celui d'un enseignant en Zone d'éducation prioritaire (ZEP). 

Faire la distinction entre un prof du XVI ème arrondissement et un prof de ZEP 

Dans le système proposé par Erwan Le Noan, il faudrait donc décentraliser la gestion des rémunérations et attribuer « des « bonus » lié au lieu d'enseignement et une prime au mérite ». Dans le cas d'une rémunération gérée par l'école, les primes seraient attribuées par le chef d'établissement « selon des critères transparents et discutées avec les enseignants » qui pourraient également « intervenir dans la définition d'une partie de leurs objectifs ». 

Au-delà de ses propositions, Erwan le Noan convient que la rémunération des professeurs n'est qu'une partie du problème de la gestion des ressources humaines dans l'enseignement. « Leur vrai problème est une question de reconnaissance dans la société : autrefois, être enseignant, c'était très valorisé ; aujourd'hui, l'enseignant est dans la "moyenne" de la société française. » Là encore, la question de la gestion de carrière uniforme pour tout le corps enseignant pose problème. 

Réinventer le métier d'enseignant pour plus de flexibilité (entre autres...)

En conclusion, Erwan le Noan propose de « réinventer le métier d'enseignant », pour des professeurs auxquels on accorderait une plus grande confiance, mieux rémunérés, ayant la possibilité de faire des allers/retours vers le privé. Il leur conseille également d'accepter le fait que leur profession « bénéficie de beaucoup d'avantages, qu'on ne peut pas gagner plus si on ne travaille pas plus, que pour avoir plus de liberté il faut aussi plus de flexibilité. »

 

Et vous, pensez-vous qu'il faille introduire des bonus selon le lieu d'exercice des enseignants et une prime au mérite ?

Commentaires

L'idée de faire des aller/retour vers le secteur privé est bonne. Aujourd'hui, un professeur est professeur à vie et on se retrouve en général avec un corps enseignant qui ne connait absolument pas le monde du travail et qui trop souvent diabolise le secteur privé.
Peut-être une bonne idée pour attirer de jeunes professeurs souvent envoyées dans des zones désenchantées. Le métier d'enseignant n'attire plus assez de monde. Jusqu'en 2010, tous les postes offerts étaient pourvus. En 2011, 4 055 postes ont été pourvus sur 4 881, au CAPES externe. Au CAPES externe de lettres modernes en 2012, la troisième section du concours la plus importante, 681 postes ont été pourvus sur 733. En LC, 75 postes seulement ont été pourvus sur 170 (en 2011, 77 admis) ! En anglais, le jury n'a pas recruté plus de 659 certifiés sur 790 postes à pourvoir. En allemand, 184 sur 230. Le plus grand écart numérique se réitère en mathématiques, dont le jury n'a pris que 652 admis sur les 950 postes offerts (en 2011, 574 pour 950). L'enseignement national serait-il le seul monde de privilégiés auquel personne ne veut plus appartenir ?
Oui, oui, oui et oui ! & pas seulement par rapport au lieu d'exercice ! Parlons primeS pour la motivation, l'investissement, le suivi, la ponctualité, la présence, la pédagogie... bref, une prime pour une VERITABLE VOCATION ! Certains professeurs font un travail en or et doivent être doublement récompensés ! Challenge entre collègues ? Ca en boosterait d'autres !