Le vieillissement démographique : une réalité incontournable

En 2010, l'espérance de vie a augmenté de quatre mois, tant pour les hommes (78,1 ans) que pour les femmes (84,8 ans) et cette hausse s'inscrit dans une tendance de long terme (source INSEE). Les personnes de 65 ans ou plus représentent 16,8% de la population et ce pourcentage augmentera fortement quand les premiers baby-boomers attiendront l'âge de 65 ans. La population française vieillit, mais qu'est-ce que vieillir veut dire ? On associe la vieillesse à l'apparition de nouvelles maladies dites « de vieux », à la diminution des capacités physiques et intellectuelles, à la perte d'autonomie, voire à la dépendance. La question peut donc se poser plus directement : vieillir est-ce en soit une maladie ? 

La vieillesse : une maladie ?

Pour le professeur Albert Jacquard, généticien, lui-même âgé de 86 ans : « la vieillesse n'est pas une maladie, c'est un état. » Pourtant, le nombre de personnes âgées présentes dans les structures médicales ne cesse d'augmenter. Traduction du désir de soigner les personnes âgées à tout prix, mais les soigner de quoi ? D'être vieilles ? Le professeur Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie à l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris) s'insurge « aujourd'hui, disons depuis dix ans, on cherche à transformer la vieillesse en la saucissonnant, en la faisant entrer dans des catégories médicales. Etre vieux serait la dernière des maladies. » Le sujet est délicat car il en soulève d'autres. Bien sûr, il faut soulager les personnes âgées de leurs maux et leur rendre leur dignité. Mais jusqu'où peut-on aller, sans aller trop loin... Pour le professeur Saint-jean, « On est arrivé à des absurdités, avec plus de 20% de personnes âgées de plus de 80 ans réanimation. Tout cela s'est fait sans recul, ni conscience, comme une évidence.»

Parfois trop loin dans la médecine « lourde » avec des personnes très âgées et paradoxalement parfois trop peu. Le constat est aussi fait qu'en raison de l'âge parfois avancé d'une personne, d'une certaine façon, tout ne sera pas tenté pour améliorer sa santé ou pour la sauver. Une pertinence incertaine dans l'accès aux soins. Sans compter que si l'avis est demandé à la personne avant d'avoir recours à telle ou telle technique, cet avis ne serait que rarement respecté, si tant est que la personne âgée exprime un souhait, ce qui n'est pas toujours le cas. 

Soigner ou ne pas soigner : telle est la question...

Autant de constats qui méritent une réflexion de fond sur le parcours de santé des personnes âgées.La difficulté que nous rencontrons aujourd'hui consiste à faire la part des choses entre ce qui ressort de la maladie et ce qui relève du vieillissement, un état naturel. Soigner pour restaurer la santé, ne pas soigner pour soigner, rendre leur dignité aux anciens et respecter leurs désirs. Dans notre société vieillissante confrontée de surcroît au coût de la prise en charge des ainés, l'enjeu est majeur. Mais au-delà de toute considération matérielle, c'est du respect de l'intégrité de l'homme dont il s'agit. L'être humain doit avoir le droit de vieillir et de mourir comme il le souhaite, avec ou sans la médecine.

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