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Le strip-teaseur de Long Island

Publiée le 29 avril 2014 16:18
Le 8 avril dernier, petit buzz sur le net : une maison de retraite de Long Island a reçu la visite d'un strip-teaseur. Le petit scandale qui en a suivi relance le grand débat du grand tabou : le sexe et les personnes âgées...

Les faits : un strip-teaseur dans une maison de retraite 

C'est pour mettre un peu de piquant dans la vie monotone de ses patients que l'Ehpad East Neck Nursing Center à West Babylon a fait venir un strip-teaseur dans la salle d'amusement de l'établissement. Seulement voilà, tout le monde n'a pas la même façon de penser le divertissement. Et si aucun pensionnaire ne s'est plaint de la sulfureuse « danse contact », le fils d'une des spectatrices a porté plainte, peu de temps après avoir découvert une photo de sa mère glissant un billet dans le caleçon de l'étalon à demi nu.

La controverse : perversion ou bonne intention ? 

Deux parties s'opposent donc sur l'affaire du strip-teaseur de Long Island : 

Le fils, M. Franklin Youngblood, affirme que sa mère aurait fait certains gestes contre son gré, et elle aurait été fort confuse lorsqu'il lui aurait demandé des explications. Il ajoute que Mme. Youngblood est atteinte de problèmes physiques et mentaux sérieux, ce qui l'aurait empêché de se défendre. D'ailleurs, la famille de l'octogénaire ne comprend pas comment cette dernière aurait eu accès à son argent (celui glissé dans le caleçon), puisque au vu de son état, il devait être gardé dans un coffre-fort. 

De l'autre côté nous avons le personnel d'East Neck Nursing Center, qui affirme que c'est à la demande des résidentes que le danseur a été invité, que les patients n'ont en rien été forcé d'assister au spectacle, et que tout cela partait uniquement d'une bonne intention. Ce à quoi la famille Youngblood répond qu'il s'agit à coup sûr d'une mise en scène perverse destinée à assouvir les fantasmes tordus du personnel de l'établissement.

Le tabou : Les pulsions sexuelles de nos aînés 

Qui a raison, qui a tort ? Seule la cour jugera. Mais en attendant, cette affaire relance un débat très sérieux et qui de tout temps fut tabou : la sexualité des personnes âgées. 

Un article publié dans l'Express l'an dernier avait remis à flot cette question avec des témoignages touchants et même choquants: Un couple de septuagénaire forcé de se marier en secret suite à l'opposition d'une des familles ; un médecin qui préfère y voir une sorte de sublimation liée à la démence excluant tout caractère médical et encore moins sérieux, une patiente rabaissée par les membres du personnel après leur avoir demandé un droit à la masturbation, ou encore des enfants qui menacent d'aller au tribunal si l'établissement n'empêche pas un patient d'avoir des relations sexuelles... 

Autant d'anecdotes sordides qui prouvent bien le manque de compétence, de formation et d'information sur la question. Inutile de préciser que dans la société qui est la nôtre, les personnes âgées sont rarement seules pour prendre les décisions concernant leur fin de vie. Ce n'est donc pas simplement le personnel des Ehpad qui doit être formé, mais aussi les familles. Ces dernières sont souvent extrêmement réticentes sur le sujet, que l'on parle d'amour au sens noble ou de relations sexuelles pures et simples, et laissent trop peu de liberté à leurs aînés (voire aucune dans beaucoup de cas). 

L'article de Delphine Saubaber nous renvoie d'ailleurs à Simone de Beauvoir qui écrivait déjà en 1970 : « La personne âgée se plie à l'idéal conventionnel qui lui est proposé. [...] Elle intériorise les consignes de décence, de chasteté imposée par la société. Ses désirs même lui font honte, elle les nie. »*  Or, il est évident que plus nous avançons dans le temps, plus les Ehpad vont être confrontées à des générations qui auront eu une vie beaucoup plus décomplexée ! Il y a donc un besoin urgent de changer les mentalités et d'adoucir la violence que provoque parfois ce tabou.

Les solutions : formations technologique ou psychologique ? 

De plus en plus de personnes âgées souhaitent rester à leur domicile, ce sera donc sans doute une des nombreuses solutions pour préserver l'intimité et la liberté de nos aînés. Les avancés spectaculaires que fait la technologie d'année en année aidera sans doute au processus de normalisation du maintien à domicile, bien qu'il ait encore du travail pour faire accepter ces nouvelles technologies dans les foyers. 

Ce tabou ne datant pas d'hier (Cf. Simone de Beauvoir), nombre de spécialistes se sont d'ores et déjà penchés sur la question et ont décidé de prendre le problème à bras le corps. Ainsi, l'Association Nationale de Formation en Gérontologie (ANFG) propose un stage destiné aux équipes soignantes des Ehpad ou SSIAD sur la sexualité des personnes âgées. Le programme comprend notamment les intitulés suivants : 

  • La sexualité des sujets âgés 
  • Les fausses croyances sur la sexualité des sujets âgés
  • Différencier le désir et l'expression du désir 
  • Analyse des cas de masturbation dans les lieux publics, érections au cours d'une toilette, etc...
  • Gérer les propositions de nature sexuelles émanant d'un(e) résident(e) vers un(e) résident(e) lorsque c'est nécessaire. 
  • Cas particulier : démence et sexualité 

Mais changer les mentalités ne passe pas uniquement par des formations qu'on pourrait qualifier de « scolaires », car, comme nous l'avons dit, c'est souvent aussi la famille qui s'oppose fortement à une vie sexuelle passé 70 ans. Dans certains cas également, le personnel des Ehpad, même s'il a suivi une formation, conserve un avis négatif sur la question. Stéphanie Bourhis, directrice d'Ehpad dans le Finistère l'a bien compris. Tous les premiers décembre (journée internationale de lutte contre le Sida), elle distribue des préservatifs à tous les résidents et travailleurs de son établissement ; et depuis quelques temps, elle a ajouté à ce petit présent un carton « Do not disturb », comme sur les portes des chambres d'hôtel...

La conclusion (ou pas...) 

Des strip-teaseurs dans les maisons de retraites au petit carton « Do not disturb », le problème reste le même : la sexualité après 70 ans est incomprise et souvent très mal reçue. Mais qu'on ne s'y trompe pas, les personnes âgées ne sont pas les seules victimes de ce manque de tolérance. Les personnes en situations de handicap sont elles aussi stigmatisées, à croire que pour s'épanouir sexuellement il faut être jeune, beau et en bonne santé... 

Bien sûr, il ne faut pas laisser de côté l'impact psychologique de l'acte sexuel lorsque les patients souffrent de troubles mentaux. Cela demande peut-être de la surveillance et du suivi, sans doute une formation médicale et psychologique, mais surtout beaucoup d'empathie et de tolérance, car nous parlons bien d'une population déjà mise à l'écart, et donc déjà en souffrance. 

Prochain bilan sur le sujet quand les soixante-huitard débarqueront dans les maisons de retraite !

 

*« La Vieillesse » Essai de Simone de Beauvoir, publié le 23 janvier 1970,  aux éditions Gallimard.

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